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Crash d’Air Moorea : la défense avance la thèse d'un malaise du pilote



PAPEETE, le 12 octobre 2018 -Au cinquième jour du procès du crash d’Air Moorea, le tribunal a abordé l’état de santé du pilote afin de déterminer si un malaise de ce dernier aurait pu être à l’origine de l’accident. Les parties civiles ont dû faire face à la diffusion de l’enregistrement du cockpit Voice recorder. La défense a, de son côté, affronté plusieurs difficultés quant aux deux témoins qu’elle a fait citer.

« Ah, putain ! », tels sont les derniers mots prononcés par Michel Santurenne le 9 août 2007 avant que le Twin Otter qu’il pilotait s’abîme en mer avec 19 passagers à son bord. L’enregistrement du Cockpit Voice Recorder (CVR) de l’avion a été diffusé ce jeudi en présence de nombreuses parties civiles. Sur cette bande, l’on entend le pilote accueillir les passagers en leur demandant d’attacher leurs ceintures. Un peu plus d’une minute après le décollage, plusieurs alarmes se déclenchent et émettent des avertissements : « sinkrate» (taux de chute), « pull up » (Tirez vers le haut.) Six secondes après les deux mots prononcés par le pilote, l’avion s’écrase sur l’océan dans un bruit sourd.

Possibilité d’un malaise vagal

Michel Santurenne aurait-il pu être victime d’un malaise le jour du crash ? Les auditions de médecins et les lectures de rapports d’expertise ce vendredi n’ont pas permis de déterminer si la cause médicale est à l’origine du crash mais elles ont apporté de précieux détails sur l’état de santé du pilote. Lorsque son corps est repêché deux jours après le drame, il présente de nombreuses fractures. Certaines lésions relevées sur son nez prouvent qu’il portait ses lunettes au moment de l’impact.

A la barre, le médecin légiste qui a autopsié le corps, le Docteur Beaumont, élimine la possibilité d’une embolie pulmonaire ou celle d’un anévrisme. Le spécialiste déclare qu’il est « possible » que le pilote ait fait un « malaise vagal » mais affirme que son cœur fonctionnait lorsque l’avion a touché l’eau : « le décès est dû à un très grave traumatisme. L’autopsie n’a pas permis de révéler une pathologie antérieure à l’accident. » « Aujourd’hui, quand vous entendez l’enregistrement du CVR, avez-vous des réflexions supplémentaires par rapport à vos hypothèses initiales ? » interroge le président du tribunal. « Sur cette bande, on entend le souffle de Michel Santurenne et son rythme respiratoire semble normal. Sa diction est forte. Son ton et son articulation sont ceux d’une personne consciente et surprise. »

Pour le professeur Lecomte, anapathologiste et expert judiciaire, le pilote est décédé en raison d’un « polytraumatisme en rapport avec l’accident technique. » Dans son rapport d’expertise lu par le tribunal, le spécialiste ne décèle aucun lien « permettant d’établir que la mort est due à un problème cardiaque. »

« Chute brutale du rythme cardiaque »

Ces affirmations vont à l’encontre de la thèse de la défense qui soutient que le pilote a pu être victime d’un malaise lié à son état de santé. En effet, les examens pratiqués sur le corps après le crash ont révélé que l’artère interventriculaire antérieure (IVA) du pilote, « l’artère la plus importante du cœur », était bouché à 90%. Fait qui, selon les avocats de la défense, ne laisse qu’une « seule hypothèse probable » : une crise d’angine de poitrine au moment du décollage qui aurait entraîné un trouble du rythme ventriculaire et une chute brutale du rythme cardiaque.

A l’appui de cette hypothèse, les avocats de la défense avaient fait citer deux cardiologues ce vendredi en qualité de témoins. Mais ils ont dû faire face à plusieurs incidents qui ont agité la salle d’audience. En l’absence du premier témoin, son rapport, écrit en 2009, a été lu par le tribunal. A l’issue de cette lecture, le procureur de la République a fait part d’un courrier de ce même témoin reçu en septembre dernier dans lequel le cardiologue indique qu’il ne « connaît personne impliqué dans cette affaire » et qu’il n’a jamais eu « connaissance d’un quelconque élément sur le crash. » « Soit ce médecin est amnésique, soit quelqu’un d’autre a rédigé cette attestation » observe l’un des avocats des parties civiles.

Le deuxième témoin, le Docteur Fontan, cardiologue au CHPF et créateur de la page Facebook Aviation Geeks Tahiti, est ensuite appelé à la barre où il va vivre ce que l’on appelle communément un « sale quart d’heure. » L’homme ignorait qu’en sa qualité de témoin, il ne devait pas assister aux débats et a donc suivi le procès depuis le début de la semaine. « Théoriquement, vous n’auriez rien dû entendre » note le président du tribunal. Ensuite interrogé, le cardiologue déclare qu’il y a un « seul élément tangible » pouvant expliquer un malaise : le rétrécissement de l’IVA du pilote à 90%. Alors que les magistrats le questionnent sur sa connaissance du dossier, l’homme indique qu’Air Tahiti lui a fourni le rapport d’autopsie du pilote. « Vous intervenez dans un contexte ric-rac d’un point de vue de la légalité Monsieur, cela va être compliqué » s'agace le président du tribunal.

Le Docteur Beaumont, rappelé à la barre avant la suspension d’audience, reste sur ses déclarations précédentes : « je peux affirmer que quand l’avion a impacté la mer, l’activité cardiaque de Michel Santurenne existait toujours. Sur le reste, je n’irai pas plus loin. »

Rédigé par Garance Colbert le Vendredi 12 Octobre 2018 à 20:05 | Lu 1674 fois





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