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Covid-19 : A Moorea, la population est la solution



Moorea, le 30 novembre 2020 – Alors que l'île de Moorea a réussi à maîtriser l'épidémie de Covid-19, le responsable de l'hôpital de Afareaitu, le Dr Philippe Biarez, détaille les procédés mis en place sur l'île sœur pour lutter contre l'épidémie, avec notamment le plan de mobilisation communautaire de la commune. "Cette méthode de travail consiste à prendre ses savates, son panier ni'au et aller discuter avec les gens. C'est la Polynésie qui m'a appris cette méthode de travail", explique le médecin.
 
On dénombre 23 cas actifs à Moorea. Et selon vous c'est "très peu" ?

"Il faut tempérer ces chiffres, car nous avons 30 prélèvements en attente et si la moitié est positif, on aura environ 40 cas actifs à Moorea. C'est relativement modéré donc on maîtrise la situation. On s'est posé la question : est-ce qu'il y a des gens qu'on n'a pas testé ? Qui ne viennent pas nous voir ? C'est possible bien sûr. C'est pour cela qu'on a étendu nos capacités de tests à différents endroits, pour pouvoir permettre aux gens qui n'ont pas de moyen de transport de venir. Et on n'a plus besoin de voir le médecin pour avoir une ordonnance. On va vérifier si cette tendance est vraie".
 
La particularité de Moorea c'est son plan de mobilisation communautaire. Expliquez-nous.

"Nous essayons, avec la mairie, de donner envie à la population de Moorea de faire attention au Covid et de prendre des précautions. Bien sûr il y a la réglementation, avec tout ce qui est interdit et autorisé, mais il y a aussi le comportement de tout le monde. Et au-delà du fait de penser que les gens sont irresponsables, ici à Moorea on pense qu'il faut accompagner les gens et les aider pour leur donner envie. Dans toutes communautés, il y a des gens qui ne font pas attention délibérément. Il ne faut pas être naïf. Mais pour la plupart des gens c'est simplement qu'ils n'ont pas l'habitude, que cela leur fait peur, ou qu'ils ne savent pas comment faire. Je pars du principe que la majorité de la population a probablement envie, mais il faut les accompagner et surtout leur donner des petites solutions, discuter avec eux, échanger sur leurs problématiques, essayer de répondre à leurs difficultés et les accompagner vers ce qu'ils vont pouvoir faire eux-mêmes pour mieux prévenir cette maladie".
 
Ce plan communautaire existe depuis des années à Moorea ?

"Depuis longtemps, on travaille tous ensemble pour essayer d'améliorer la santé de la population de Moorea et pour accompagner les gens à changer leurs comportements vers une meilleure santé. Cette méthode de travail consiste à prendre ses savates, son panier ni'au et aller discuter avec les gens. C'est la Polynésie qui m'a appris cette méthode de travail, j'ai simplement regardé comment les gens fonctionnent dans ce Pays et utilisé ces méthodologies. Mon rôle est juste d'impulser des méthodologies, de coordonner mais quand les gens ont envie, ils le font bien tout seul ou ensemble et je pense qu'il y a un avenir pour cette méthode de travail".
 
Cette méthode peut-elle être déployée dans nos îles ?

"Moorea est plus favorable car on a une absence de quartier avec une grosse densité de personnes, comme cela pourrait être le cas dans certaines communes de la zone urbaine où les challenges sont beaucoup plus complexes (...). Dès que l'on s'éloigne de la zone urbaine, cela devient plus logique et plus possible. Plus on s'éloigne des îles du Vent, où l'entraide, la tradition polynésienne est plus présente, plus ces méthodes sont simples. En Polynésie il reste un petit peu de ces méthodes communautaires, il suffit de les réveiller un peu".
 

"Prendre ses savates, son panier et discuter avec les gens"

Vous avez réussi à cartographier les quartiers les plus touchés, est-ce plus facile pour sensibiliser les habitants ?

"C'est plus simple pour nous de cartographier. Nous avons une population de plus petite taille. Avec la collaboration de la commune, les données sont beaucoup plus faciles à récolter, à partager et à gérer. Dans les îles éloignées, ce sera plus facile à cartographier. Nous avons cette chance, dans les zones en dehors de Tahiti, de mieux connaitre notre population car nous sommes probablement plus nombreux comme professionnels de santé par rapport au nombre d'habitants. Tahiti c'est un autre challenge, pour localiser une personne, une maison (...). C'est beaucoup plus simple chez nous. Le service santé est actuellement en train de travailler dur à cette géo localisation, suite à cette demande pertinente des élus, et cela va bientôt se résoudre".
 
Moorea a plus d'habitants que certaines communes de Tahiti qui pourtant n'ont pas cette géolocalisation.

"Nous avons un avantage ici, car nous faisons partie, d'une certaine manière, de l'organisation sanitaire des îles. En fait nous avons une sorte d'autonomie pour gérer notre population en termes de santé. On rend compte à notre hiérarchie, mais on a la capacité de pouvoir agir nous-mêmes. C'est plus difficile pour nos collègues de Tahiti qui sont moins nombreux par rapport au nombre d'habitants, d'avoir une approche plus précise et plus proche des gens. Là il y a vraiment un problème de personnel. Ensuite, sur l'île de Tahiti, toutes les données sont centralisées donc c'est toujours plus complexe".
 
Vous avez augmenté le nombre de lits ici à Afareaitu ?

"Le nombre de cas se stabilise, mais il faut rester très prudent. La vie des microbes on ne la connait pas. Cette nuit, nous avons reçu un certain nombre de malades avec suspicion de Covid et quelques troubles respiratoires. L'hôpital s'est doté de neuf lits Covid supplémentaires dans une unité fermée, ce qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant, et c'était un peu compliqué. On peut demander au Taaone que les patients de Moorea non Covid, puissent être rapatriés chez nous car leur traitement complexe est terminé. Par ailleurs, on pourrait aussi récupérer des patients Covid de Moorea. Mais il y a le problème du transport sur le bateau. Il faut trouver des solutions pour qu'ils soient isolés sur le bateau car ils sont contagieux. Et puis enfin, s'il nous reste de la place, et que le Taaone est en difficulté, on pourrait recevoir des patients d'autres communes, pour pouvoir diminuer la tension à l'hôpital de Taaone".
 

"On pourrait recevoir des patients d'autres communes"

Certaines personnes ont un sentiment de honte quand ils ont le Covid. Que leur dites-vous ?

"C'est une réalité. Il y a des gens qui ne viennent pas se faire dépister ou qui ne vont pas voir leur docteur car ils ont peur du diagnostic. Hier, on a reçu une dame, qui est venue exprès la nuit car elle n'osait pas venir la journée. Elle est très inquiète et a peur d'avoir le Covid. On essaie de leur expliquer que c'est une maladie comme une autre. Il faut surtout venir au début, quand on a, comme cette dame, des maladies chroniques. Il vaut mieux prendre cela dès le départ et ne pas attendre. Après il y a des personnes qui ne viennent pas nous voir malgré les symptômes, non pas parce qu'ils ont honte ou peur, mais parce qu'ils se disent que cela va être tellement compliqué. On va me mettre en arrêt de travail, on va m'enfermer, je ne vais plus pouvoir travailler, je ne vais pas gagner d'argent, je ne vais plus pouvoir m'occuper de mes enfants, je ne vais plus pouvoir faire ma vie normalement, donc je n'y vais pas et je me débrouille tout seul. C'est beaucoup de complexité pour la personne qui a le Covid. Lors des visites de quartier, on discute avec les familles de tous ces aspects. Et les gens sont très contents de pouvoir échanger sur toutes ces inquiétudes qu'ils ont en permanence sur le sujet".
 
Comment avez-vous fait pour maîtriser les cas Covid à Moorea avec les navettes des bateaux ?

"En fait on n'a rien fait. Je pense qu'il faut rester très modeste, car on ne sait pas ce qui se passe exactement. Le résultat est pour le moment maîtrisé. Je rappelle maîtrisé veut dire qu'il y a quand même des cas et qu'il peut y avoir des cas graves et des décès, on n'est pas capable d'arrêter cela (...). On était très inquiet au début de par notre proximité avec Tahiti, et il paraissait évident qu'on aurait beaucoup de cas venant de Tahiti et contaminant ici. Cela l'a été au début (...). Il y a des parts de mystère encore. Je le redis, le virus a sa propre vie qu'on ne connait pas très bien. Il y a aussi cette caractéristique de l'habitat qui est très éparpillé à Moorea et on n'a pas de regroupement de maison avec beaucoup de gens dans un même quartier, c'est un énorme avantage. Ensuite les gens qui travaillent à Tahiti, n'ont pas beaucoup de vie sociale à Moorea, ils ont une vie sociale à Tahiti. Et donc leur virus restent dans leur propre maison en général. Et puis le travail qui a été fait a été probablement efficace aussi, mais on n'est pas encore capable de bien comprendre ce qui se passe".
 
Il n'y a pas que des personnes âgées qui sont hospitalisées ?

"Il n'y a pas que des personnes âgées qui sont hospitalisées (...). On a des gens beaucoup plus jeunes car ils sont en surcharge pondérale, et c'est un facteur de gravité. Les jeunes se sentent indestructibles, nous l'avons tous été quand nous étions jeunes, c'est un sentiment normal. Nous avons fait une enquête auprès de l'ensemble des élèves de 5ème et 4ème pour comprendre comment ils voyaient cette maladie, qu'est-ce qu'ils en attendent et comment ils réagissent? On s'est rendu compte qu'ils pensent beaucoup à eux, et ont du mal à imaginer que cette maladie puisse être grave. Cela est une réalité et on se dit qu'il faut faire quelque chose avec les jeunes, pour pouvoir non pas les sensibiliser mais leur donner envie de comprendre et de protéger leurs aînés. Ils sont tous très sensibles à leur matahiapo, mais à partir du moment où l'on parle spontanément cela ne leur vient pas à l'esprit. C'est un souci, il faut qu'on travaille avec ces jeunes".
 
Quel est le message que vous leur faites passer ?      

"Si quelqu'un a une idée, je suis preneur. Encore une fois, dans le travail de santé publique il n'y a pas de miracle. Il faut demander aux gens eux-mêmes comment eux pensent pouvoir faire. Ce n'est pas moi qui vais décider à la place des gens. Par contre aller les voir et leur demander de réfléchir et de nous aider, cette démarche est souvent plus efficace et c'est ce que nous allons faire. Nous allons aller voir les jeunes, discuter avec eux, leur demander de l'aide et nous donner des idées. On aura envie de parler de la protection de leur famille, mais il faut laisser le champ libre à leurs propres propositions. C'est comme ça qu'on arrivera peut-être à quelque chose. Ce sont les principes du changement de comportement. En fait, changer de comportement est une démarche complexe, cela a été très travaillé sur le plan scientifique, des sciences sociales, anthropologique, culturel, il y a des méthodologies, des techniques. Il faut qu'on utilise les mêmes méthodes qui consistent à travailler avec l'humain et à comprendre comment ça fonctionne pour essayer de changer les comportements".
 

"Les jeunes se sentent indestructibles"

Les fêtes de fin d'année approchent, comment allez-vous sensibiliser la population ?

"On peut effectivement être, non pas inquiet, mais raisonnable en se disant qu'il faut qu'on prépare cette phase-là. Depuis quelques jours à Moorea, il y a un relâchement des comportements, des mesures. Tout simplement parce que les gens sentent que ça va un peu mieux, et tout le monde a envie de relâcher toute cette pression et anxiété. Encore une fois c'est normal. Donc il faut qu'on prépare, qu'on réfléchisse aux fêtes de noël et au jour de l'an. Nous avons une réunion chaque semaine avec la commue pour élaborer les stratégies sur le plan de mobilisation communautaire et on doit aborder cette question. Encore une fois, maîtriser, c'est plusieurs outils, et il y a l'outil réglementaire avec des choses interdites, il faut le rappeler, et cela fait partie des choses qui fonctionnent aussi. Il y a l'accompagnement des populations pour changer leur comportement et il y a aussi une phase importante, c'est de trouver les malades pour les dépister et les isoler. Ces trois choses-là ensemble fonctionnent. Pour les fêtes, la partie réglementaire sera importante, s'il y a des choses interdites il va falloir faire respecter ces interdits. Il faut accompagner les gens, en discutant avec eux, en leur donnant des idées".
 
Le Covid a-t-il des conséquences sur le moral ?

"C'est une inquiétude que j'ai, qui est forte et que je partage avec les autorités de santé. La population de Polynésie est en moins bonne santé qu'avant, à cause, non pas que du Covid, mais de l'ensemble de tout ce qui se passe autour du Covid et notamment sur le plan mental. C'est une anxiété permanente, une sorte de gêne tous les jours, de souffrance qui impacte la santé générale de la population. Et nous devons commencer à réfléchir tout de suite à l'après Covid car nous allons avoir une population probablement en moins bonne santé qu'au départ. Il faut s'y préparer et accompagner et redonner envie, redonner les moyens au gens de leur bonne santé. Et ça c'est un vrai problème".
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 30 Novembre 2020 à 19:32 | Lu 4120 fois





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