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Confinement à petites doses


Tahiti, le 17 août 2021 – Un confinement est imposé les samedis et dimanches dès ce week-end à Tahiti, Moorea, Huahine, Raiatea et Taha'a ainsi que dans certains atolls des Tuamotu. Le pass vaccinal est mis en place dès vendredi pour les voyages au départ des îles du Vent vers les archipels. Les autorités du Pays et de l'Etat reportent en revanche une nouvelle fois le sujet d'un “confinement généralisé”, craignant ses conséquences sur l'économie du Pays.
 
“Le confinement, c'est l'épée de Damoclès qui pèse sur leur tête et qu'ils veulent éviter”, résumait vendredi l'un des conseillers présents à la résidence du haut-commissaire pour la troisième allocution Etat-Pays sur le renforcement des restrictions sanitaires en deux semaines et demie. Une nouvelle fois, le haut-commissaire Dominique Sorain et le président Edouard Fritch ont annoncé hier soir un renforcement des mesures sanitaires prises depuis le 30 juillet dernier pour tenter d'endiguer la vague aussi soudaine que violente liée à la propagation du variant Delta en Polynésie française. Mais une nouvelle fois également, la perspective d'un “confinement strict” n'a été évoquée par le représentant de l'Etat que sous l'angle d'une menace prochaine “si cette situation perdure encore quelques jours”.
 
Pour l'heure, les deux principales annonces des autorités de l'Etat et du Pays concernent le confinement total le week-end –qui, cumulé au couvre-feu, signifie une interdiction de quitter son domicile entre 21 heures le vendredi soir et 4 heures le lundi matin– et la mise en place du pass vaccinal pour les trajets de Tahiti vers les îles à compter de vendredi. La première mesure de confinement les samedis et dimanches est applicable à Tahiti, Moorea, Raiatea, Taha'a et Huahine, ainsi que dans certains atolls des Tuamotu comme Fakarava ou Manihi qui seront précisés par arrêtés dans les prochains jours. La seconde mesure met en place une interdiction de voyage, sauf motif impérieux, pour les personnes non-vaccinées “et” non détentrices d'un test Covid négatif récent. Le but étant d'endiguer la propagation du virus dans les îles les plus touchées et de limiter au maximum sa dissémination dans les archipels où l'offre de soin est encore complexe à mettre en action.
 
Equilibrer santé et économie
 
Mais alors pourquoi repousser à l'extrême la solution d'un confinement le plus strict pour bloquer les chaînes de contamination, malgré une situation sanitaire jamais connue jusqu'ici en Polynésie et un taux d'incidence record sur le territoire national ? La réponse est principalement économique, ont reconnu les représentants de l'Etat et du Pays. En effet, si le confinement total a déjà été décidé “à une époque où paradoxalement on avait moins de cas”, a concédé le haut-commissaire, la question se pose de “la capacité à durer sur un tel schéma d'organisation”.
 
“Il faut se servir de l'expérience que nous avons eu”, a défendu Edouard Fritch. “Le fait qu'on ait fermé nos frontières, le fait qu'au mois de mars dernier nous ayons tout interrompu, cela a coûté quand même des milliards au contribuable”. Et le président du Pays d'évoquer les questions non encore résolues sans le second prêt garanti par l'Etat de la situation de la CPS, d'Air Tahiti Nui ou encore du financement du plan de relance. “Il ne faut pas non plus précipiter ce pays dans le crash économique, parce que c'est ce qui nous attend. (…) Tout en pensant à protéger la santé, puisque c'est la première priorité, nous n'avons pas non plus le droit de plonger le peuple tahitien dans une pauvreté sans nom et qui n'offre pas, aujourd'hui si on y allait, de solution encore visible pour tous.”
 
Les protocoles sanitaires, planche de salut
 
“Nous avons supprimé toutes possibilité de rassemblement sur l'ensemble du territoire. Nous mettons un confinement fort le week-end, même plus fort que les Antilles”, a également défendu le représentant de l'Etat, qui a expliqué préférer miser sur le respect strict des protocoles sanitaires pour repousser d'encore “quelques jours” la perspective d'un “confinement généralisé”. Confinement qui serait synonyme “d’arrêt de toute vie économique et sociale sur le territoire”. Pour le haut-commissaire, les écoles, restaurants et commerces peuvent encore rester ouverts sans risque élevé de contamination “dans le respect des protocoles sanitaires”. Toute la question étant, pour encore combien de temps ?
 

​Les mesures annoncées

  • Confinement élargi les week-ends : Le confinement est renforcé ou instauré tous les samedis et dimanches dans cinq îles à Tahiti, Moorea, Raiatea, Huahine et Taha'a. Des mesures semblables sont envisagées dans d'autres îles fortement contaminées, notamment à Makemo et Fakarava, a annoncé le représentant de l'Etat. Les arrêtés doivent être pris avant la fin de semaine. Pour l’instant, aucune mesure ne concerne la fermeture des écoles, en dépit de la demande exprimée hier par la Fédération des associations de parents d’élèves. Les confessions religieuses sont invitées à suspendre les cultes pour un mois.
 
  • Pass vaccinal pour les îles : Un dispositif de limitation des déplacements intérieurs en Polynésie sera mis en place à compter de vendredi. Cette restriction de déplacement concernera les voyageurs par avion ou par bateau au départ de Tahiti ou de Moorea et en direction des archipels. Les déplacements entre Tahiti et Moorea ne sont pas concernés. Ainsi, les passagers de plus de 12 ans présentant un schéma vaccinal complet seront libres de circuler. Pour les autres, un motif impérieux devra être présenté au transporteur de même qu’un test antigénique de moins de 48 heures ou PCR de moins 72 heures. “S’agissant des déplacements entre les îles au sein d’un même archipel, nous appelons la population à ne plus faire de déplacements”, a demandé Edouard Fritch.
 
Le haut-commissaire a en outre annoncé le renforcement des capacités hospitalières. En plus des 15 infirmiers de la réserve sanitaire arrivés dimanche et des 14 infirmiers dépêchés en renfort de Nouvelle-Calédonie, une demande a été faite à Paris par le représentant de l'Etat pour un renfort en infirmiers et médecins auprès de la réserve sanitaire.

Enfin, Édouard Fritch a annoncé la présentation, vendredi en session extraordinaire à l'assemblée, du projet de loi du Pays imposant l’obligation vaccinale pour certaines professions et certaines personnes à risque.
 

Rédigé par Jean-Pierre Viatge et Antoine Samoyeau le Mardi 17 Août 2021 à 18:34 | Lu 7199 fois