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Commerce: les ministres de l'Asie-Pacifique réunis sur fond de guerre douanière


YONHAP / AFP
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Jeju, Corée du Sud | AFP | jeudi 14/05/2025 - Les ministres du Commerce de l'Asie-Pacifique (APEC) ont entamé jeudi une réunion de deux jours en Corée du Sud, mis à l'épreuve de la guerre douanière, l'occasion d'une nouvelle rencontre bilatérale entre hauts responsables chinois et américain.

En marge de l'évènement dans l'île de Jeju (sud), le représentant américain au Commerce Jamieson Greer a rencontré jeudi le vice-ministre chinois du Commerce Li Chenggang, ont indiqué des responsables sud-coréens sans autres détails.

M. Greer était présent à Genève le week-end dernier, au côté du secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, pour la conclusion d'une trêve de 90 jours dans les lourdes surtaxes douanières que s'imposent Pékin et Washington.

D'autres rencontres bilatérales sont attendues, notamment vendredi entre M. Greer et le ministre sud-coréen du Commerce et de l'Industrie Ahn Duk-geun, pointant l'importance de l'APEC comme forum facilitant les communications entre ses membres.

A quoi sert l'APEC?
Etablie en 1989, l'Asia-Pacific Economic Cooperation est un forum regroupant 21 pays du pourtour Pacifique (Australie, Indonésie, Vietnam, Chine, Russie, Japon, Etats-Unis, Canada, Mexique, Chili...) promouvant l'intégration régionale.

L'ensemble pèse environ 37% de la population du globe, 60% du PIB mondial et la moitié du commerce planétaire.

Or, la guerre commerciale initiée par Washington, qui frappe durement les économies asiatiques, interroge la pertinence de cette organisation à l'impact politique incertain.

"L'APEC a toujours eu du mal à prouver son utilité, c'est un incubateur de mesures non contraignantes", reconnaît Deborah Elms, experte de la Heinrich Foundation, institut basé en Asie.

"Mais c'est précieux quand le système commercial mondial est contesté: elle offre des opportunités de communiquer de façon formelle et informelle", les responsables de tous pays pouvant s'y retrouver "et mieux se comprendre", indique-t-elle à l'AFP.

"La déclaration des dirigeants de l'APEC en sommet au Pérou fin 2024 rappelait leurs ambitions pour une intégration économique régionale accrue", abonde Christopher Findlay, professeur à l'Australian National University.

"Alors que des incertitudes croissantes pèsent sur l'économie et le paysage commercial mondiaux (...), le rôle de l'APEC est plus crucial que jamais", a insisté le ministre sud-coréen Cheong In-kyo en ouverture de la réunion.

Le commerce régional, bouclier dans la guerre commerciale?

Les pays d'Asie "sont de plus en plus attachés à la Chine, comme marché et via l'extension des chaînes de production", avec des industries relocalisées ces dernières années au Vietnam ou en Thaïlande pour échapper aux mesures américaines visant Pékin, indique à l'AFP Katrina Ell, économiste de Moody's Analytics.

Mais "les Etats-Unis restent une destination finale critique et majeure pour les biens qu'ils produisent. L'Asie demeure vulnérable à la politique commerciale chaotique" américaine, insiste-t-elle. 

Les exportations des pays de l'APEC devraient stagner (+0,4%) en 2025, contre un bond de 5,7% l'an dernier, selon des prévisions de l'organisation.

Si les membres de l'APEC, avec des poids économiques contrastés, ont des intérêts divergents, la plupart se rejoignent pour défendre leurs échanges.

"Le positionnement protectionniste américain fournit une puissante impulsion pour les négociations commerciales bilatérales ou multilatérales en-dehors des Etats-Unis", avec des pays "se précipitant pour tenter de solidifier leurs liens", confirme Mme Ell.

Mais "les Etats-Unis sont la plus grande économie du monde. Il sera difficile" de les remplacer avec des marchés alternatifs, avertit Carlos Kuriyama, directeur des politiques publiques à l'APEC, jugeant indispensable "une désescalade" impliquant Washington.

Qu'attendre de la réunion?

"J'espère que (Jeju) posera des bases solides pour le dialogue et la collaboration afin de surmonter les défis politiques et économiques ainsi que les incertitudes", a indiqué jeudi le ministre Cheong In-kyo.

Les rencontres bilatérales de M. Greer pourraient faire progresser les négociations commerciales engagées par Washington avec ses partenaires.

"Il ne faut pas méconnaître le rôle-clé de l'APEC comme opportunité pour organiser de telles rencontres bilatérales", confirme Deborah Elms.

Les Etats-Unis eux-mêmes "pourraient reconnaître à Jeju l'importance de l'expansion du commerce pour l'économie mondiale", indique à l'AFP Kim Dae-jong, professeur à Sejong University.

Mais les oppositions entre Chine, Etats-Unis et Russie devraient enrayer toute coopération substantielle à l'échelle de l'APEC dans son ensemble.

Kim Yong-jin, de Sogang University, ne croit guère à une déclaration commune tranchée: "C'est crucial que les ministres s'entendent pour adopter une attitude rationnelle, mais Washington ne semble pas adopter une approche rationnelle", concentré sur le seul déficit commercial, avertit-il.

le Jeudi 15 Mai 2025 à 06:33 | Lu 495 fois