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Christopher Prenat, artiste multifacette


Tahiti, le 8 décembre 2021 - Il aimerait un jour se proclamer acteur. Il s’approche de son rêve, se donne les moyens d’y parvenir mais a peur de paraître encore un peu prétentieux. En attendant, il travaille sans relâche. Il remonte sur scène avec l’équipe de ‘O Morito Ta’u Vahine dans le rôle de Georges.

"Aujourd’hui, j’ai encore peur d’être prétentieux", explique Christopher Prenat. Il s’est autorisé à consacrer sa vie à la scène, il aimerait un jour se proclamer acteur, mais il n’ose pas encore. Comme il n’est pas du genre à se lamenter, il fonce. Il saisit les opportunités qui se présentent et qui, depuis sa victoire au Tahiti Comedy Show en 2019, ne manquent pas. Il travaille "pour jouer correctement" et, pourquoi pas, "me faire remarquer ?" Car selon lui, "ce n’est pas parce qu’on vient d’une petite île, que l’on n’a pas de talent."

Le goût du théâtre dès 10 ans

Christopher Prenat a, depuis petit, toujours été "ce gamin qui aime se montrer, aime être au-devant de la scène, frimer." Il ne ratait aucune occasion d’assurer le show. "D’ailleurs à la maison, quand mes parents recevaient des invités, il y avait toujours un petit moment de spectacle que nous donnions avec mes cousins." Son père, musicien, avait "la fibre artistique". Sa maman pratiquait l’artisanat, dansait, tout comme sa sœur. Lui a "le goût du théâtre" depuis qu’il a une dizaine d’années.

La pratique de cet art a démarré dans les centres de vacances et à l’école. "L’un de mes enseignants, Jacques Nars, qui d’ailleurs vient tout juste de partir à la retraite, nous avait fait jouer Cyrano de Bergerac", se rappelle Christopher Prenat. Un déclic, ou une confirmation. Encouragé par ses parents, il n’avait pas honte, ne ressentait pas de timidité. Jusqu’à aujourd’hui, il amuse tous les publics.

Au collège Anne-Marie Javouhey, il a intégré la section théâtre. Au lycée, il a "basculé" vers la dance et la performance. Il a ensuite enchaîné en intégrant le monde de la télévision en tant que chroniqueur et reporter. Mais sa fibre artistique ne pouvait s’exprimer.

Il a bifurqué vers le stylisme, la mode, est devenu coiffeur et maquilleur. Il a suivi une formation de quatre ans en métropole, décrochant un diplôme "métiers de la mode et de l’industrie connexe". Il détient un CAP de coiffeur et un brevet professionnel de coiffure. Ce qui lui plaisait ? Créer. Il a été invité un jour à travailler sur un défilé, développant ses talents de maquilleur artistique. Il a ajouté une formation à son CV. Il est allé en métropole au conservatoire du maquillage de Paris. En France, il a collaboré avec des magazines de mode et de grandes marques. Puis il est rentré au fenua, son pays, où il n’a cessé depuis de graviter autour de la scène.

Des Vilaines à ‘O Morito Ta’u Vahine

Un rêve n’a jamais quitté Christopher Prenat : être acteur. Pour faire ce métier, selon lui, pour entrer dans un rôle, il faut de l’émotion, de la sensibilité. Les comédiens sont des "cœurs blessés" qui prennent leur revanche dans "le travail" et "le talent". Il met en pratique sa définition.

En 2014, la productrice Marie-Ève Tefaatau lui a proposé d’intégrer une série télévisée. "Cela s’appelait Les Vilaines, les épisodes duraient six minutes et étaient diffusés tous les vendredis." Il avait les grandes lignes de chaque épisode et pouvait improviser devant la caméra. "On nous laissait beaucoup de liberté." La période a été très formatrice. "Marie-Ève m’a appris à me tenir et tout le vocabulaire qu’on utilise en plateau." Doucement mais surement, Christopher Prenant a gagné en notoriété, il a gagné le cœur des téléspectateurs et fidèles de la série. "On a commencé à reconnaître mon minois." Il a saisi la vague. "J’étais jeune, un peu foufou."

Pendant la saison des Vilaines, il a perdu son père. Un drame qu’il a refoulé le temps du tournage. "Mais, et je ne m’en cache pas, le contrecoup a été sévère l’année suivante". En tant que comédien, "tu dois être joyeux, sourire, mettre de côté tes problèmes, quand ils reviennent, c’est violent." Il n’est pas resté en haut de la vague, mais a connu une période creuse, "je dirais une dépression, pendant deux ou trois ans". Il a fait son deuil, seul.


Un beau jour, il s’est posé la question : "Quel est le métier qui me rendrait vraiment heureux ?" Il y a répondu, sans barrière et sans filtre. Il s’est inscrit au Tahiti Comedy Show en 2019. Il est sorti vainqueur du concours. Il a retiré sa caquette de coiffeur, maquilleur, styliste et s’est autorisé à embrasser une carrière d’acteur. "J’ai toujours eu beaucoup de choses sur le cœur." Il a levé le voile. En pensant au public il disait : "J’ai à vous parler". Il n’avait plus rien à perdre. Tout s’est ensuite enchaîné. Christopher Prenat a eu la sensation que toutes les portes s’ouvraient.

Il a notamment créé le fameux personnage de Vaimolomo, doublure officielle de Vaimalama Chaves lors de l’élection de Miss Tahiti 2019. "À partir de ce moment-là, j’ai eu une petite vie de star locale, star de village." Pourtant, Christopher Prenat ne cherche pas le succès. "C’est assez facile à Tahiti, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse." Il est allé prendre des cours à Paris et chez Léonore Caneri en Polynésie pour faire progresser son jeu. Il a signé des vidéos sur le réseau TikTok. Il y a deux ans, sa rencontre avec Raffy Shart, l’auteur et metteur en scène de Ma Femme s’appelle Maurice a été déterminante.

Progresser et s'exporter


‘O Morito Ta’u Vahine est la version en reo de Ma Femme s’appelle Maurice. Elle est mise en scène par Raffy Shart qui a choisi Christopher Prenat pour interpréter le rôle de Georges. L’équipe travaille dur pour présenter cette pièce qui a déjà été présentée dans 50 langues et dans de très nombreux pays. À Tahiti, plusieurs représentations ont déjà eu lieu. "Qui aurait cru qu’un jour je serais Georges ?" Raffy Shart le pousse dans ses retranchements, "mais sans jamais manquer de respect", insiste-t-il. Comme un sportif, il sort fatigué par les répétitions au niveau "émotionnel" et "mental". Cette pièce lui demande beaucoup d’énergie. Il progresse significativement.

Christopher Prenat a la sensation de "bien évoluer, enfin je pense", mais "rien n’est acquis". Il fait de son mieux "avec grande générosité". Il a bon espoir de pouvoir partir en tournée avec ‘O Morito Ta’u Vahine, et puis de percer ailleurs. Il a déjà des contacts en Nouvelle-Zélande. Les liens tissés perdurent, les professionnels contactés qui lui avaient proposé des rôles ne l’ont pas oublié. "Avant le Covid, on m’avait proposé de jouer des tueurs à gage", rapporte-t-il, amusé. Il repartira en terre maori dès que cela sera possible. S’exporter est un nouveau rêve. "Tout est possible, reste à trouver le bon chemin et à la suivre." Christopher Prenat tient à passer des messages, à encourager d’autres que lui à se dépasser. "N’ayez pas peur !" Il est la preuve que tout est possible, mais aussi que le travail et la persévérance payent.



Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 8 Décembre 2021 à 21:36 | Lu 2210 fois