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Charlie Ching toujours dans les starting-blocks pour les élections


Tahiti le 24 novembre 2022 – Charlie Ching, âgé aujourd'hui de 86 ans, ne lâche pas l'affaire. Son parti politique Te Taata Tahiti Ti'ama, qu'il a monté en 1976, continue à prôner l'indépendance de la Polynésie. Il précise qu'il a monté son parti politique “un an avant le Front de libération de la Polynésie” devenu aujourd'hui le Tavini du leader indépendantiste Oscar Temaru. Selon Charlie Ching, “Oscar ne veut pas que notre pays soit indépendant”.
 
Pendant combien de temps avez-vous prôné l'indépendance et pourquoi ?
“Pendant plus de 20 ans, l'État français m'a même fait un sale coup. Lors d'une élection, on m'a mis en prison et malgré cela, j'ai réussi à avoir 3 000 et quelques voix. Et depuis, à chaque fois qu'on se présente, on annule nos candidatures. Ils ont peur car le nombre de votants en notre faveur ne cesse d'augmenter. Lorsque j'étais en prison, on n'a pas pu faire de terrain et pourtant, on a quand même eu plus de 3 000 voix. C'est incroyable. J'ai été amené à prôner l'indépendance grâce à mon grand ami Yann Céléné Uregeï (fondateur du Front uni de libération kanak, NDLR), il m'a invité à l'accompagner à l'ONU et j'ai accepté (le 17 octobre 1990, Charlie Ching a participé à la quatrième commission à l'ONU en tant que pétitionnaire, NDLR). J'y suis allé pour parler de Tahiti. J'avais dit après la Seconde Guerre mondiale, la Calédonie et Tahiti ont été admis sur la liste des pays à décoloniser et ensuite, la Polynésie a été retirée de cette liste. Pourquoi Tahiti ? Est-ce que cette loi a deux poids deux mesures ?”
 
C'est vous qui avez demandé à réinscrire la Polynésie sur liste des pays à décoloniser ?
“Exactement, voilà la preuve (en montrant le document de l'ONU, NDLR). Quand Oscar Temaru est arrivé au pouvoir (lors du Taui en 2004, NDLR), il avait l'indépendance dans sa poche, il pouvait donc amener la Polynésie à l'indépendance puisqu'il était président du Pays. Mais il a déclaré que ce n'était pas urgent, cela pouvait attendre quinze à vingt ans. Il ne faut pas être étonné car il a été dans l'armée française, il a été douanier et aussi président du gouvernement. Donc il y a plein de billets qui entrent dans la poche et on ne pense plus à la population. Oscar ne veut pas que notre Pays soit indépendant (…).”
 
Pourquoi Oscar Temaru et vous n'avez jamais travaillé ensemble pour l'indépendance ?
“Il voulait que je me rapproche de lui. Je lui ai répondu que ce n'est pas au quai à s'approcher du bateau mais bien le bateau qui doit venir au quai. Il m'a dit que si j'acceptais sa proposition, il allait me donner un emploi. Je lui ai répondu : ‘Et les autres, ils auront quoi alors ?’ Il a rigolé (…).”
 
Les électeurs sont-ils prêts pour l'indépendance ?
“Il y a beaucoup de mensonges et aussi de soudoiements des électeurs par les élus et le gouvernement (…). Il y a des centaines de milliers de familles qui n'ont plus un seul mètre carré de leurs terres ancestrales détournées par le système colonial et sa justice (…). Des hommes élus par le système français ont acheté des terres à Papara à un homme d'affaires. Ces élus sont-ils aveugles, pourquoi avoir acheté des terres volées à la population ? (…) Aujourd'hui, beaucoup vendent leurs terres, c'est pour dire ‘je suis riche’. Ma mère nous a toujours dit de ne pas vendre nos terres. Si je gagne aux élections, je vais mettre en place une loi pour interdire la vente des terres aux personnes extérieures, par contre la location sera acceptée, pour ne pas que notre nūna'a soit en difficulté.”
 
Est-ce votre oncle, Pouvana'a a Oopa, qui vous a poussé à faire de la politique ?
“Non, pas du tout, mais Pouvana'a venait beaucoup avec moi lorsque j'allais au district et donc il me racontait les histoires. Et un jour, je lui ai dit qu'on voulait monter quelque chose pour contrer les essais nucléaires au fenua. Il m'a regardé et m'a encouragé. Mais il m'avait bien dit de rester dans la légalité. Avec les copains, on allait à Faa'a pour voler du matériel (…) comme des munitions d'exercice, des cartouches à canon et mitraillettes (…). On s'est dit qu'on allait amener tout cela en montagne pour les cacher (…). Mais on nous a dénoncé, on était alors dans la vallée de Hamuta, et lorsqu'on est descendu, on était entouré de gendarmes (…).”
 
Vous étiez à Manuhoe lorsqu'on a arrêté Pouvana'a ?
“Non, je n'y étais pas, on habitait à Auae au quartier Deane. Lorsqu'on l'a arrêté, il était député et il n'avait rien fait. Mais De Gaulle voulait faire les essais nucléaires ici. Pouvana'a a proposé de faire un référendum et de voter non à la bombe. Il est allé à Makatea, Maiao et Moorea et est allé chez John Teariki qui avait inscrit sur sa maison qu'ici, c'est pour le non et pas pour le oui. Et lorsqu'il est rentré à Papeete, il y avait les forces de l'ordre. On l'a amené dans sa maison et il a demandé à toutes les personnes de rentrer chez elles, et c'est là que les forces de l'ordre ont tout fouillé la maison et ont même ouvert son coffre-fort. À l'intérieur, il n'y avait pas d'argent, que des papiers du consul anglais. Ils ont fait un faux document pour avoir incité les gens à brûler la ville de Papeete. Et à l'Assemblée nationale, ils ont écrit que le député Pouvana'a a Oopa était absent pour cause de maladie, c'est un mensonge (…).
 
Vous disiez que vous êtes allé à Nuutania, c'était pour le meurtre de d'Anglejean en août 1977 ?
“On m'avait accusé d'être l'instigateur de ce meurtre, mais c'était un mensonge, je n'étais au courant de rien du tout. Je l'ai dit à plusieurs reprises, à quel moment aurais-je pu donner cet ordre ? (…) Nous sommes des chrétiens et nous ne faisons pas cela. Par contre, on brûlait le drapeau français ou on mettait le feu aux voitures, mais on ne fait de mal à personne. Marie-Thérèse et Bengt Danielson ont écrit cela dans un de leurs livres. Les gendarmes avaient même demandé à certains de faire un faux témoignage et de dire que c'était moi qui étais à l'initiative de cela, ainsi ils sortiraient de prison alors que moi, j'allais y rester. Mais ils ne l'ont pas fait.”
 
On a su qui était à l'initiative de ce meurtre et quelles ont été les motivations ?
“On va dire que c'est un hasard, cela ne faisait pas partie de leur plan. Quand on est allé à Versailles en cassation, mon avocat a demandé au juge si Francis Sanford et Félix Urima ont été appelés en cause dans cette affaire ? On lui a répondu que pendant 15 ans, les gendarmes ont recherché ces deux personnes et sont introuvables. Et c'est ainsi que ma peine de cinq ans de prison a été annulée et qu'on est revenu au fenua.”
 
Êtes-vous à l'origine de la création du groupe Toto tupuna?
“C'est ce groupe Te toto tupuna qui a dynamité la poste, ce n'est pas Te Taata Tahiti Ti'ama. Il y avait dans ce groupe les deux frères Tahutini – Marcel et Jonas –, Robert Cam, William Sam You, Pahua et Tema. Jonas était le chef d'équipe. Au départ, ils voulaient dynamiter les bateaux et les avions, mais changement de plan. Ils sont donc allés à Mahina en montagne et en redescendant, ils se sont arrêtés devant la maison de d'Anglejean. Marcel Tahutini est descendu de la voiture armé de son révolver et a tiré deux fois et puis ils sont partis. C'est un fait du hasard, ce n'était pas du tout prévu au programme. On lui a même reproché d'avoir fait cela car ce gars-là n'avait rien fait.”


Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 24 Novembre 2022 à 20:19 | Lu 1766 fois