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Changement de drapeau : l’effet « Fidji » touche la Nouvelle-Zélande



WELLINGTON, vendredi 6 février 2015 (Flash d’Océanie) – Quelques jours après que le Premier ministre des îles Fidji, Franck Bainimarama, ait annoncé la prochaine suppression de l’Union Jack britannique dans le drapeau national, c’est au tour du Premier ministre néo-zélandais, John Key (centre droite) de se positionner clairement en faveur d’une mesure similaire dans son pays.

Vendredi, dans un discours prononcé à l’occasion du 175ème anniversaire de la signature du Traité de Waitangi (qui scella la cession des terres Maori à la Couronne Britannique), M. Key a consacré une large part de son allocution à un projet qu’il défend depuis plusieurs années : le changement du drapeau de la Nouvelle-Zélande.

Selon lui, le moment est venu, là aussi, de faire table rase du passé.

« Notre drapeau actuel représente l’état d’esprit d’un jeune pays passant du 19ème au vingtième siècle. Notre rôle dans le monde était alors bien différent et nos relations avec le reste du monde ont depuis bien changé (…) Je pense, je crois même, que nombreux sont les Néo-zélandais qui ont le même sentiment, celui que ce drapeau reflète une ère coloniale et postcoloniale qui a fait son temps », a-t-il déclaré devant un parterre de dignitaires, chefs traditionnels Maori compris.

En 2014, M. Key avait annoncé la tenue d’un référendum national autour de la question de savoir si la population souhaitait ou pas conserver le drapeau actuel.
Une première consultation (sous forme de choix entre trois ou quatre projets de drapeaux) devrait avoir lieu avant la fin 2014, suivie d’une seconde, annoncée pour avril 2016, pour désigner les projets finalistes.

Cette année, M. Key s’est fixé comme objectif de voir se lever un nouveau drapeau lors des cérémonies du Waitangi Day de 2040, pour le deux centième anniversaire de la signature de ce traité historique.
Faisant référence au processus de consultation annoncé, et rebondissant sur le projet fidjien d’effectuer ce changement de drapeau dès mi-octobre 2015 (date du 45ème anniversaire de l’indépendance), M. Key a aussi glissé un trait d’humour.

« C’est un peu la méthode Franck Bainimarama (…) Pour lui, pas besoin de référendum. Il le fait, c’est tout », a-t-il ironisé en faisant référence au passé de dictateur militaire du chef de l’exécutif à Suva.
À Fidji, depuis cette annonce de changement de drapeau, mardi 3 février 2015, et l’ouverture de fait d’un concours de concepts, l’opposition parlementaire a accusé l’ancien Contre-amiral de ne pas respecter le processus démocratique.

Le chef de l’exécutif fidjien a expliqué ce choix par le fait que Fidji, après près de 45 années d’indépendance du Royaume-Uni, se devait de choisir un drapeau tourné non pas vers son passé colonial, mais vers son avenir pour donner l’image d’un État « moderne et véritablement indépendant ».
Depuis l’indépendance de Fidji, en octobre 1970, le drapeau fait figurer l’Union Jack britannique, entre autres symboles, dans le coin supérieur gauche, le tout sur un fond bleu ciel.

D’autres symboles, tels que la Croix de Saint Georges et un lion, là aussi des références directes à l’empire britannique, devraient eux aussi disparaître du drapeau qui, dans sa forme actuelle, contient par ailleurs les images de cannes à sucre, de bananes, de palmiers et une colombe de la paix.
« Il nous faut remplacer les symboles de notre drapeau actuel, qui sont dépassés et inadaptés (…) L’Union Jack appartient aux Britanniques, pas à nous. Qu’est-ce que ces symboles ont encore à voir avec le Fidji moderne d’aujourd’hui ? Ce sont les symboles du colonisateur - la Grande-Bretagne -, un pays avec lequel nous sommes et continuerons d’être amis. Mais ce ne sont pas des symboles pertinents pour le Fidjien du 21ème siècle. Ils doivent donc disparaître. Ce sont des symboles qui honorent notre passé, mais pas notre avenir », a lancé M. Bainimarama.

Le concours national qui devrait être lancé dans les prochains jours devrait déboucher, au bout de deux mois, sur le choix d’un nouveau drapeau, avec pour objectif de le faire adopter par un « groupe national de citoyens » avant de la hisser à l’occasion du 45ème anniversaire de l’indépendance, le 10 octobre 2015.

[***Document-ressource (en anglais) : le discours prononcé par Franck Bainimarama, Premier ministre des îles Fidji, mardi 3 février 2015.]url:
http://www.fiji.gov.fj/Media-Center/Speeches/HON--PM-BAINIMARAMA-SPEECH-AT-THE-OFFICIAL-OPENING.aspx


Nostalgie-fascination pour la Couronne britannique


Depuis son indépendance le 10 octobre 1970, Fidji fait toujours officiellement partie du Commonwealth, mais cet archipel a une nouvelle fois été suspendu de son statut de membre plein en septembre 2009, à la suite du putsch du 5 décembre 2013 et pour cause de non retour rapide à la démocratie.
Après la tenue des élections législative qui, le 17 septembre 2014 ont vu la large victoire (par près de soixante pour cent des suffrages) de M. Bainimarama, Fidji a été réintégré au sein de cette organisation internationale, qui rassemble la plupart des anciennes colonies de l’empire britannique.

Au plan des symboles persistants d’une certaine nostalgie-fascination de Fidji pour son ancienne puissance de tutelle, dans le centre-ville de la capitale Suva, faisant face aux immeubles du gouvernement, une horloge, souvent baptisée « Little Big Ben », rappelle aussi sa grande sœur londonienne.
Au centre de l’île principale, un petit village isolé a même toujours pour nom « Lodoni » (Londres en Fidjien).

La Reine disparaît des billets et pièces de Fidji

Toutefois, déjà, mi-décembre 2012, la Banque de Réserve des îles Fidji a dévoilé la nouvelle série de billets de banque et de pièces de monnaie pour remplacer progressivement les précédentes versions, encore frappées de l’effigie de la Reine Elizabeth II d’Angleterre.
Dans cette nouvelle série, le portrait de la reine d’Angleterre est désormais remplacé, après 78 ans d’usage pré et postcolonial, par des représentations de spécimens « emblématiques de la flore et de la faune fidjienne ».
En clair : des plantes, mais aussi des animaux endémiques à Fidji (comme l’iguane à crête, le perroquet huppé, le faucon pèlerin, le pétrel de Fidji, des poissons, des insectes, des roussettes [chauve-souris frugivore]), ou encore des objets forts en symboles identitaires nationaux, comme le Tanoa (plat à kava, symbolisant la culture et la transmission de la parole) et le Tabua (dent de cachalot, présent coutumier aux dignitaires de haut rang).
« Chacun doit apprécier notre environnement, tout ce qui contribue à la beauté de la nature de Fidji, notre patrimoine national qui peut être si facilement perdu si nous ne le protégeons pas assez (…) Plus les dessins de notre monnaie sont attractifs et pertinents pour notre patrimoine national, plus notre monnaie reflète notre nation », avait alors souligné le Président fidjien Ratu Epeli Nailatikau.
Dès fin novembre 2012, en annonçant l’arrivée de cette nouvelle série, le Gouverneur de la Banque de Réserve (centrale) fidjienne, Barry Whiteside, expliquait la logique de cette démarche.
« Les membres de la famille royale britannique figuraient sur la monnaie fidjienne depuis 1934 et nous sommes reconnaissants d’avoir ainsi eu le privilège de cette association au cours des 78 dernières années. Même s’il est triste de voir cette transition se produire, il est maintenant temps d’aller de l’avant et de promouvoir nos propres et uniques trésors nationaux, ainsi que la biodiversité qui nous entoure », avait-il déclaré.
La première annonce concernant cette « transition » avait été faite début mars 2011, rompant ainsi avec une tradition qui avait allègrement survécu à l’indépendance fidjienne du Royaume-Uni en 1970, au nom de l’appartenance au Commonwealth.
Lors d’une précédente rénovation de la monnaie fidjienne (une nouvelle série de billets de 2, 5, 10, 20 et 50 dollars qui avait aussi vu la création d’un billet de cent dollars), entrée en circulation en mars 2007, et bien que l’éventualité du retrait du portrait royal ait alors déjà été évoquée, la Reine Elizabeth II d'Angleterre avait finalement conservé son rôle central sur tous les billets et pièces.

Fidji ne fête plus l’anniversaire de Sa Majesté

Autre revers pour la couronne britannique : début août 2012, le gouvernement fidjien annonçait que désormais, le jour consacré à l’anniversaire de la Reine d’Angleterre, traditionnellement mi-juin, ne figurerait plus au calendrier des jours fériés.

En annonçant la liste des jours fériés pour l’année 2013, l’exécutif de Suva précisait que la raison principale de cet allègement de la liste des jours fériés (pas plus de neuf pour 2013, contre treize auparavant) avait pour but de privilégier la productivité et la croissance économique nationales.
« Chaque jour férié coûte au pays environ vingt millions de dollars (fidjiens, environ neuf millions d’euros) en perte de productivité », avait alors expliqué Jone Usamate, ministre du travail et de l’emploi.

Il avait aussi rappelé que Fidji, depuis 1987 (date du premier coup d’État, dix sept ans après son accession à l’indépendance en 1970,) possède son propre chef de l’État en la personne du Président de la République.
« Même si nous attachons de la valeur à notre appartenance au Commonwealth, et à notre passé commun avec la Grande-Bretagne, Fidji est maintenant une république et possède son propre chef de l’État ».

Dans la liste des jours fériés, d’autres ont aussi été abandonnés pour 2013 : il s’agit du jour marquant l’anniversaire du Prince Charles, mais aussi la journée nationale de la jeunesse et la journée dédiée à l’une des premières figures pré-indépendance de Fidji, Ratu Sir Lala Sukuna.
Dans la plupart des pays membres du Commonwealth, comme ce fut le cas pour Fidji jusqu’en 1987, la Reine Elizabeth II d’Angleterre occupe la fonction de Chef de l’État.

Cet archipel s’est officiellement proclamé république à la suite du premier coup d’État de son histoire, en 1987.
Fidji est devenu une colonie britannique en 1874, avant d’accéder à l’indépendance en octobre 1970.

pad

Rédigé par PAD le Jeudi 5 Février 2015 à 22:48 | Lu 900 fois




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