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Chagos: Londres sommé par l'ONU de rendre l'archipel à l'île Maurice



Nations unies, Etats-Unis | AFP | mercredi 22/05/2019 - Le Royaume-Uni a subi mercredi un revers cinglant à l'Assemblée générale de l'ONU où une majorité de pays lui a demandé de rétrocéder sous six mois à l'île Maurice l'archipel des Chagos qui abrite une base britannico-américaine stratégique.

Initiée par Maurice, une résolution en ce sens, non contraignante mais à forte valeur politique, a été adoptée par 116 pays, six s'exprimant contre dont le Royaume Uni, les Etats-Unis, l'Australie et la Hongrie. 56 Etats ont choisi l'abstention.
Les pays africains ont voté massivement en faveur de la résolution, les Européens affichant des positions divergentes, partagés entre leur soutien à un pays de l'Union européenne et le respect du droit international. Paris, Berlin, Rome et Bruxelles ou Varsovie se sont abstenus, Madrid, Athènes et Vienne ont voté pour la résolution.
Les Chagos se trouvent au coeur d'un litige vieux de cinq décennies, depuis la décision britannique de séparer en 1965 cet archipel de l'île Maurice et d'y installer une base militaire commune avec les Etats-Unis sur l'île principale de Diego Garcia.
L'île Maurice a obtenu son indépendance en 1968. Le Royaume-Uni avait expulsé environ 2.000 Chagossiens vers Maurice et les Seychelles pour faire place à la base militaire. Depuis 1975, Maurice a multiplié les procédures judiciaires afin d'obtenir le retour des îles Chagos dans son giron.
"Le colonialisme ne peut plus être toléré", a lancé le Premier ministre mauricien Pravind Jugnauth, regrettant que Londres "n'ait pas fait amende honorable" après l'avis de la Cour internationale de justice (CIJ).
Cette instance a déclaré fin février dans un avis consultatif que Londres devait "dans les plus brefs délais" mettre fin à son administration des Chagos.
Cet avis étant resté sans suite, Maurice avait décidé de porter le dossier devant l'Assemblée générale des Nations unies, même si ses décisions n'ont pas force de loi internationale comme les décisions du Conseil de sécurité.
 

- "Dernière colonie britannique" -

 
L'ambassadrice britannique à l'ONU Karen Pierce a souligné que ce dossier était un problème bilatéral et a insisté sur le "rôle vital" de la base militaire pour la sécurité de la région, "dont Maurice".
Dans leur avis, les juges de la plus haute juridiction des Nations unies avaient estimé que le Royaume-Uni avait "illicitement" séparé l'archipel des Chagos de l'île Maurice.
En 2017, seulement quinze pays dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis avaient voté contre une demande par Maurice de saisie de la CIJ.
Coincés entre leur soutien à Londres et la nécessité de respecter la justice internationale, 65 pays s'étaient alors abstenus dont l'Allemagne, la France ou le Canada, tandis que 94 avaient voté en faveur de la demande de Maurice d'un avis juridique international.
Pravind Jugnauth avait déjà estimé en février que "le temps était arrivé pour le démantèlement de la dernière colonie britannique en Afrique". Il avait souligné dans le même temps que Port Louis ne réclamait pas le démantèlement de la base britannico-américaine de Diego Garcia.
Pour justifier le maintien de son contrôle, le Royaume-Uni avait alors insisté sur le rôle défensif de cette base qui permet de défendre le monde contre "les menaces terroristes, le crime organisé et la piraterie".
En 2016, le Royaume-Uni a prolongé jusqu'en 2036 un contrat sur l'utilisation de la base militaire avec les Etats-Unis. Celle-ci a joué un rôle stratégique clé lors de la Guerre froide avant d'être utilisée dans les années 2000 lors des conflits en Irak et en Afghanistan.

Les Chagos, litige international et drame humain de cinq décennies

L'archipel des Chagos, que la Grande-Bretagne a été sommée mercredi par l'ONU de rendre à l'île Maurice, est un territoire de l'océan Indien au coeur d'un litige international depuis son acquisition en 1965 par Londres, qui en a chassé les habitants pour installer une base militaire américaine.
 

- Les Chagos avant 1965 -

 
Situées au sud des Maldives, les Chagos sont découvertes par les Portugais au 16e siècle mais restent inhabitées jusqu'à leur colonisation par la France au 18e siècle. Des esclaves africains y sont alors amenés pour cultiver la noix de coco et le coprah.
Les Chagos sont cédées en 1814 au Royaume-Uni, qui les rattache en 1903 à la colonie de Maurice. Après l'abolition de l'esclavage en 1834, des travailleurs indiens arrivent dans l'archipel et se mêlent aux premiers habitants.
Seules trois des 55 îles Chagos sont habitées: l'île principale Diego Garcia, Salomon et Peros Banhos.
 

- L'expulsion des Chagossiens -

 
En 1965, Londres achète les Chagos pour trois millions de livres aux institutions semi-autonomes de Maurice. L'archipel restera sous contrôle britannique après l'indépendance de l'île Maurice trois ans plus tard.
En 1966, le Royaume-Uni signe un bail de 50 ans avec les Etats-Unis les autorisant à utiliser Diego Garcia à des fins militaires.
Entre 1968 et 1973, deux milliers de Chagossiens, décrits dans un câble britannique de l'époque comme "quelques Tarzans et Vendredis", sont progressivement expulsés. Ceux qui partent à Maurice en voyage ou pour des soins médicaux se voient interdire de rentrer chez eux, puis les autres sont expulsé sans ménagement vers Maurice ou les Seychelles entre 1971 et 1973.
Depuis, arguant des raisons de sécurité, les Britanniques interdisent toute visite aux Chagos sans autorisation spéciale, rendant impossible un retour des Chagossiens.
 

- La base de Diego Garcia -

 
La base de Diego Garcia revêt une importance stratégique considérable pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis pendant la guerre froide, alors que la chute de Saïgon et la victoire des Khmers rouges au Cambodge ont amoindri les capacités militaires de Washington en Asie du sud-est, et que la marine soviétique étend son influence dans l'océan Indien.
Après la révolution iranienne de 1979, les Etats-Unis agrandissent la base pour accueillir davantage de navires de guerre et des bombardiers lourds.
Diego Garcia joue un rôle majeur dans les deux guerres menées par les Etats-Unis en Irak (1990-1991 et 2003-2006) et dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001.
En 2016, l'accord permettant aux Etats-Unis d'utiliser Diego Garcia est prolongé jusqu'en 2036.
 

- Les procédures des Chagossiens -

 
Après leur expulsion, les Chagossiens engagent plusieurs procédures judiciaires. La première, introduite en 1975, aboutit en 1982 au paiement de 4 millions de livres par le Royaume-Uni et l'octroi de terres sur l'île Maurice d'une valeur d'un million de livres.
En 2007, une cour d'appel britannique autorise les Chagossiens à rentrer, décision annulée par la Chambre des Lords l'année suivante.
En novembre 2016, Londres confirme s'opposer à la réinstallation des Chagossiens "pour des raisons de faisabilité, d'intérêt en matière de défense et de sécurité, et de coût pour les contribuables britanniques".
Les Chagossiens et leurs descendants sont aujourd'hui près de 10.000, répartis à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni.
 

- Le fiasco de la réserve marine -

 
En 2010, les Britanniques présentent un projet de réserve marine impliquant que les îles Chagos soient inhabitées sauf Diego Garcia. Des câbles diplomatiques divulgués par WikiLeaks montrent qu'il s'agit surtout de mettre un terme aux velléités de retour des Chagossiens.
Le parc est déclaré illégal en 2015 par un tribunal d'arbitrage international.
 

- Les revendications de Maurice -

 
L'île Maurice estime que le processus de décolonisation du Royaume-Uni a violé le droit international. Elle revendique sa souveraineté sur l'archipel des Chagos et le droit d'y réinstaller ses anciens habitants.
En juin 2017, l'assemblée générale des Nations unies adopte une résolution présentée par Maurice réclamant que la Cour internationale de justice (CIJ) donne son opinion sur l'affaire. 
Le 25 février 2019, la CIJ demande à la Grande-Bretagne de mettre fin à son administration sur les Chagos, dans un avis consultatif rejeté par Londres, selon qui la base de Diego Garcia permet de défendre le monde contre les menaces terroristes.
L'Ile Maurice se tourne finalement vers l'ONU, où une résolution, non contraignante mais à forte valeur politique, a été votée mercredi par l'Assemblée générale, donnant à la Grande-Bretagne six mois pour rétrocéder l'archipel à Maurice. 

le Jeudi 23 Mai 2019 à 06:19 | Lu 497 fois




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