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Carnet de voyage - Pautu et Tetuanui, premiers Mao’hi baptisés à Lima en 1773



Au cœur de la cathédrale de Lima, là même où les deux premiers Polynésiens de l’histoire furent baptisés. Ils reçurent leur confirmation le même jour, mais renièrent leur foi une fois rentrés à Tahiti.
Au cœur de la cathédrale de Lima, là même où les deux premiers Polynésiens de l’histoire furent baptisés. Ils reçurent leur confirmation le même jour, mais renièrent leur foi une fois rentrés à Tahiti.
PAPEETE, le 30 novembre 2017. L’histoire officielle nous répète chaque année que l’évangélisation de Tahiti et de ses îles commença le 5 mars 1797 grâce à l’arrivée du « Duff », ayant à son bord des protestants de la London Missionnary Society. C’est eux qui, officiellement, convertirent les premiers Mao’hi pour en faire de bons chrétiens. En réalité, les premiers Tahitiens baptisés le furent quelques années plus tôt, à Lima, le 11 octobre 1773. Il s’agit de Pautu, alias Tomas et de Tetuanui, alias Manuel.

1770 : il n’y a pas le feu au Pacifique, mais c’est presque tout comme. Dans son palais de Lima, le vice-roi Manuel de Amat y Junyent (de son nom complet Manuel de Amat y Junyent Planella Aymerich y Santa Pau) se désespère de voir « son » océan, celui qui borde les côtes de l’Amérique du sud, envahi par des Anglais et des Français qui découvrent des terres nouvelles : Samuel Wallis arrive à Tahiti le 17 juin 1767, Louis-Antoine de Bougainville le 6 avril 1768, James Cook le 13 avril 1769. Sans parler de Jacob Roggeveen, découvreur de l’île de Pâques en 1722 et de bien d’autres encore.

C’en est trop pour ce vice-roi dont les troupes ont mis en coupe réglée l’ancien empire inca depuis 1533. Son pouvoir s’étend certes sur toutes les Andes (notamment les mines d’argent de Potosi, dans l’actuelle Bolivie), mais l’avenir, c’est ce grand océan encore vierge que ces damnés Français et Anglais explorent et annoncent vouloir coloniser.

Quatre expéditions espagnoles

De Amat avait d’abord été capitaine général du Chili, du 28 décembre 1755 au 9 septembre 1761 avant d’être nommé vice-roi du Pérou le 12 octobre 1761 (poste qu’il occupa jusqu’au 17 juillet 1776). De famille noble, il fut d’abord militaire avant d’être un organisateur et un bâtisseur de premier ordre, tant au Chili qu’au Pérou, à Lima en particulier. Homme d’action, il redoutait de voir le Pacifique se peupler d’ennemis potentiels ou réels, susceptibles d’envoyer leurs flottes fondre sur les ports et les côtes sud-américaines. A ce titre, il organisa quatre expéditions en Polynésie, l’une à l’île de Pâques, les trois autres à Tahiti (entre autres îles, puisque beaucoup d’atolls des Tuamotu furent alors découverts), dans le but de prendre possession de ces terres au nom de la couronne espagnole.

L’épée, à cette époque, n’était jamais loin du goupillon. S’il demanda à ses capitaines d’éviter autant que faire se pouvait toute violence envers les indigènes, c’est lui qui tenta de coloniser Tahiti à travers une mission franciscaine, espérant qu’en se convertissant, les Tahitiens deviendraient de bons sujets du roi. Cette tentative d’évangélisation fut un échec cuisant, alors que les deux pères installés à Tautira étaient encadrés par deux aides espagnols (dont le traducteur Maximo Rodriguez) et surtout deux Tahitiens catholiques, Pautu et Tetuanui. Ils ne parvinrent à convertir personne : la division régnait entre les quatre Espagnols et l’hostilité des indigènes se fit grandissante ; de janvier à novembre 1775, les franciscains ne réussirent, en définitive et non sans mal, qu’à rester en vie.

Mais dans cette étrange aventure, deux personnages méritent un éclairage particulier : Pautu et Tetuanui, nos premiers Mao’hi catholiques.

Quatre Tahitiens embarqués

Petit retour en arrière ; du 12 novembre au 20 décembre 1772, les Espagnols effectuent leur tout premier séjour à Tahiti. Ils savent qu’ils ne sont pas les premiers et que Wallis, Bougainville et Cook les ont précédés, mais que leur importe ; comme ils l’ont fait à l’île de Pâques deux ans plus tôt, ils ont dans l’idée, à terme, de prendre possession de cette île. Mais avant cela, un voyage de reconnaissance s’impose et ce sera l’objet du premier séjour des Espagnols ; outre une reconnaissance géographique précise de cette terre, juste avant de rentrer en Amérique du sud, ils prennent le temps de vérifier qu’aucun colon anglais n’est installé à Moorea, rebaptisée Santo Domingo.

Boenechea, qui commande cette expédition, est d’autant plus satisfait de ce qu’il a appris et découvert qu’il est parvenu à convaincre quatre Tahitiens d’embarquer avec lui : Tipitipia, Heiao, Pautu et Tetuanui. Fort de ces quatre hommes, Boenechea est certain d’en apprendre encore plus sur cette région du monde et surtout de se donner les moyens d’avoir un ou des hommes maîtrisant suffisamment espagnol et reo mao’hi pour pouvoir communiquer de manière efficace au retour. Car Boenechea le sait, il reviendra, et cette fois-ci, ce sera pour prendre possession de Tahiti.

Qui sont ces quatre garçons ? On ne sait que peu de choses sur la vie de ces hommes avant leur embarquement sinon qu’ils n’avaient pas de statut de chef mais que leur ouverture d’esprit les fit choisir par Boenechea.

Un décès à Valparaiso, un autre à Lima

En revanche, peu après leur embarquement, les choses se gâtèrent très vite pour ces hommes peu habitués à la promiscuité d’un navire du XVIIIe siècle et au manque d’hygiène à bord. Qui plus est, en gagnant le port de Valparaiso parce que les vents les portaient vers le sud, le climat changea et Tipitipia attrapa un coup de froid à bord. Arrivé bien mal en point à « Valpa », il y décéda de ce que les Espagnols appelèrent alors un « garrotillo », une sorte de forte grippe. Avant de mourir, alors qu’il n’était plus en état d’accepter ou de refuser, Tipitipia fut baptisé et reçut le prénom catholique de José. Les médecins du port firent tout ce qui était en leur pouvoir mais ne parvinrent pas à sauver le malheureux.

Après avoir quitté Valparaiso, Boenechea tenta de retrouver l’île de Pâques (qu’il manqua de peu) et ne fut de retour au port de El Callao (au Pérou) que le 31 mai. L’accueil réservé aux trois Tahitiens fut extrêmement chaleureux, mais Heiao déchanta rapidement : certes, la vie était belle dans le palais du vice-roi où étaient logés les trois Polynésiens, mais au mois d’août, Heiao avait de la fièvre. Petit à petit son corps se couvrit de macules, qui devinrent des pustules : il avait contracté la variole, alors appelée petite vérole. On n’en mourrait pas toujours certes, mais face à cette maladie inconnue dans l’Océanie, fatigué par plusieurs mois de navigation, Heiao n’avait aucune chance de survivre.

Fin août, le 28 précisément, le vice-roi demandait à ce qu’il reçoive les sacrements du baptême pour être inhumé en terre chrétienne. Il reçut à cette occasion le nom de Francisco José Amat.

Objectif : prendre possession de Tahiti

Ne restait donc plus, neuf mois après leur départ de Tahiti, que deux survivants, Pautu et Tetuanui. Les deux hommes étaient soignés comme des coqs en pâte : réception, beaux vêtements, vie à la cour, cadeaux innombrables (même des armes !), leçons diverses pour s’adapter au mieux au monde dans lequel ils évoluaient, rien ne manquait à leur bonheur.

L’homme qui servit d’interprète lors du premier voyage de Boenechea, Maximo Rodriguez, fut très probablement en contact régulier avec les Tahitiens, car les Espagnols souhaitaient vivement maîtriser leur langue. Boenechea avait dans l’idée de ne tenir aucun compte des prétentions françaises et anglaises sur l’île et de l’accaparer au plus vite, avec la bénédiction des indigènes.

Ceux-ci, c’est à noter, respectèrent alors ces visiteurs au comportement plutôt irréprochable comparé à la débauche dont avait fait preuve les marins de Wallis (qui apportèrent la syphilis) comme de Bougainville : les relations sexuelles avec des femmes étaient en effet strictement et rigoureusement interdites sous peine de châtiment exemplaire.

Fastueux baptêmes et confirmations le même jour

Apothéose du séjour de Pautu et de Tetuanui, leur baptême, après une formation religieuse de base, leur fut donné en grande pompe à la cathédrale Saint-Jean de Lima (restaurée après le tremblement de terre de 1746), le 11 octobre 1773 ; c’est donc ce jour-là qu’eurent lieu les deux premières conversions de Polynésiens, les deux amis, rebaptisés Tomas (Pautu) et Manuel (Tetuanui) étant donc devenus les deux premiers chrétiens du triangle polynésien.

Le baptême consacrait leur appartenance au monde espagnol, et d’ailleurs, leurs parrains sur les fonts baptismaux furent parmi les plus prestigieux que l’on puisse avoir : Don Antonio Amat y Rocaberti, lieutenant-colonel des fortifications de Lima, Don José Amat de Rocaberti, commandant du bataillon des dragons de sa Majesté et Don José de Herrera, recteur de la paroisse de Lima.

La fête, car c’en fut une, ne s’arrêta pas là, puisque ce même 11 octobre 1773, les deux hommes firent leur confirmation devant l’archevêque de Lima, Don Diego Antonio Parada, dans cette même cathédrale, là encore avec des parrains de tout premier ordre : Don Balerio Gasols, capitaine de la garde du vice-roi et Don José Aramburu y Morales, recteur de la cathédrale.

Mais les Tahitiens étaient-ils si bons catholiques que cela. L’avenir montrera que non…

Daniel Pardon

Domingo de Boenechea, premier Espagnol à avoir foulé le sol tahitien. Il y mourra subitement lors de sa deuxième expédition, le 20 janvier 1775. C’est lui qui emmena quatre Tahitiens en Amérique du Sud en décembre 1772.
Domingo de Boenechea, premier Espagnol à avoir foulé le sol tahitien. Il y mourra subitement lors de sa deuxième expédition, le 20 janvier 1775. C’est lui qui emmena quatre Tahitiens en Amérique du Sud en décembre 1772.

C’est le vice-roi du Pérou, Manuel de Amat y Junyent, qui décida d’organiser des expéditions espagnols dans ce qui s’appelait alors la « Mar del Sur ».
C’est le vice-roi du Pérou, Manuel de Amat y Junyent, qui décida d’organiser des expéditions espagnols dans ce qui s’appelait alors la « Mar del Sur ».

Retour à Tahiti et « trahison »

Pour qui connaît la cathédrale de Lima, avec ses peintures exceptionnelles de la Via Crucis (le chemin de croix), ses stalles de chaque côté du chœur, ses voûtes aux motifs dorés à l’or fin, ses somptueux retables (à Sainte Rose de Lima ou à Notre-Dame de la Candelaria) et son autel en argent massif, il y avait de quoi impressionner Pautu et Tetuanui lors de leur double baptême.
Mais il faut croire que le charme n’agit pas autant que le souhaitaient les Espagnols ; Manuel et Tomas agissaient à Lima en bons chrétiens. Mais lors de la seconde expédition de Boenechea à Tahiti, pour cette fois y installer une mission catholique, avec deux prêtres franciscains (Jeronimo Clota et Narciso Gonzalez), passés les premiers jours de retrouvailles à la Presqu’île, il fallut vite déchanter : fin décembre 1774, moins de deux mois après l’arrivée des Espagnols à Tahiti (le 6 novembre), Pautu avait définitivement renoncé à tous ses vêtements occidentaux ; il vivait à nouveau avec son seul pagne et se montrait résolument hostile envers ses bienfaiteurs et envers sa foi vite oubliée. Le 10 janvier 1775, il fit mine de revenir à de bons sentiments, mais le 11, il vint chez les Franciscains alors installés à terre pour récupérer sa malle ; les missionnaires avaient pris soin d’en enlever tous les objets chrétiens, de peur qu’ils ne soit profanés par celui qui était redevenu « païen » à leurs yeux.
Renégat, apostat, traître, Pautu renia les Espagnols, tandis que Tetuanui, alias Manuel, coupable de vol avec son père, en vint même aux mains avec Maximo Rodriguez. Parti se réfugier à Tetiaroa, il en reviendra pour se faire pardonner par les pères de la mission, demandera même à repartir à Lima, mais ne rejoindra jamais les membres de l’expédition et ne se manifesta pas lorsqu’une nouvelle expédition vint rapatrier les quatre Espagnols.
Le 3 octobre 1775, Pautu refit une brève apparition, flanqué de sa femme, demandant subitement à être ramené à Lima. Bien accueilli, il ne reçut, en revanche, pas de réponse positive.
Le 12 novembre 1775, l’expédition conduite par Cayetano de Langara, arrivée pour relever les missionnaires, levait l’ancre en ramenant au Pérou les franciscains dégoûtés de leur séjour et leurs deux accompagnateurs espagnols, non sans avoir jeté à l’eau deux Tahitiens qui s’étaient cachés à bord pour aller à Lima.
De Pautu l’instable, on entendit encore parler par Cook, qui l’appela Paoodoo, et qui le jugeait quelque peu dérangé mentalement…

Cayetano de Langara, en 1775, mettra un terme aux rêves de domination espagnole en Polynésie. Il ramènera les franciscains à Lima ainsi que leurs accompagnateurs, mais jeta à l’eau deux Tahitiens qui voulaient à leur tour découvrir le Pérou de Pautu et de Tetuanui.
Cayetano de Langara, en 1775, mettra un terme aux rêves de domination espagnole en Polynésie. Il ramènera les franciscains à Lima ainsi que leurs accompagnateurs, mais jeta à l’eau deux Tahitiens qui voulaient à leur tour découvrir le Pérou de Pautu et de Tetuanui.

En 1995, l’Office des Postes de Polynésie fran !aise avait rendu hommage aux expéditions espagnoles à Tahiti, qui amenèrent le catholicisme dans notre îles bien avant les missionnaires protestants du « Duff » .
En 1995, l’Office des Postes de Polynésie fran !aise avait rendu hommage aux expéditions espagnoles à Tahiti, qui amenèrent le catholicisme dans notre îles bien avant les missionnaires protestants du « Duff » .

Quatre expéditions en Polynésie

1770 : île de Pâques
Felipe Gonzalez de Haedo, le 10 octobre 1770, débarque à l’île de Pâques, baptisée isla San Carlos. Il en prend possession le 20 novembre.

1772 : Tahiti
A bord de la frégate El Aguila, Don Domingo de Boenechea découvre Tahiti le 8 novembre, et débarque le 12. Il rentre au Pérou le 31 mai 1771 avec quatre Tahitiens à bord.

1774 : Tahiti
Boenechea revient à Tahiti, où il décède brutalement le 26 janvier 1775 à Tautira. Il installe une mission et ramène à Tahiti Pautu et Tetuanui.

27 septembre 1775 : Tahiti
Cayetano de Langara arrive à Tahiti et rembarque le 12 novembre les franciscains et leurs aides.

Le port de Callao, proche de Lima, à l’époque des explorations espagnols dans nos eaux.
Le port de Callao, proche de Lima, à l’époque des explorations espagnols dans nos eaux.

La première carte de Tahiti exécutée par l’expédition de Boenechea. C’est à cette époque que quatre Tahitiens embarquèrent pour l’Amérique du Sud ; deux seulement, devenus cathliques, rentrèrent vivants à Taiti.
La première carte de Tahiti exécutée par l’expédition de Boenechea. C’est à cette époque que quatre Tahitiens embarquèrent pour l’Amérique du Sud ; deux seulement, devenus cathliques, rentrèrent vivants à Taiti.

Rédigé par Daniel PARDON le Jeudi 30 Novembre 2017 à 11:55 | Lu 1419 fois





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