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Carnet de voyage - Ce palmier pourrait rendre son vrai visage à Rapa Nui



Un jeune palmier du Chili planté au centre de l’île de Pâques.
Un jeune palmier du Chili planté au centre de l’île de Pâques.
ILE DE PÂQUES, le 7 août 2017. Jadis, l’île de Pâques était pratiquement entièrement recouverte de forêts, essentiellement de palmiers endémiques, que divers facteurs ont contribué à entièrement détruire. Si, aujourd’hui, Paschalococos disperta a complètement disparu (l’espèce est considérée comme définitivement éteinte), un palmier chilien très proche de celui de l’île pourrait lui permettre de retrouver son aspect d’antan. Mais Jubaea chilensis était, lui aussi, en danger critique d’extinction ; avant de songer à en repeupler Rapa Nui, encore fallait-il le sauver sur le continent. C’est chose faite depuis peu.

C’est le quotidien chilien La Tercera qui l’a révélé il y a quelques jours : le palmier du Chili, Jubaea chilensis, semble aujourd’hui sauvé de l’extinction.

97,5 % d’arbres détruits

Lorsque les premiers conquistadores espagnols envahirent cette région australe de l’Amérique, la population totale de palmiers du Chili avoisinait cinq millions d’individus. Malheureusement, l’homme s’intéressa à cet arbre très impressionnant pour diverses raisons, et l’espèce fut presque totalement décimée : 97,5 % des palmiers du Chili furent coupés, au point que leur nombre tomba, à la fin du XXe siècle, à seulement 124 000, bien loin des cinq millions d’avant la Conquista.

Aujourd’hui, grâce à une initiative totalement privée, sans aucune aide gouvernementale, la population de Jubaea chilensis est remontée à 2,5 millions d’exemplaires, des jeunes arbres certes, mais dont la survie paraît acquise. D’où une première implantation de ces palmiers il y a une vingtaine d’années à l’île de Pâques ; d’où, actuellement, une réflexion plus approfondie de nombreuses personnalités pensant que l’on peut passer à l’étape supérieure, à savoir réellement repeupler Rapa Nui en palmiers.

Eliminer les eucalyptus

Alors, certes, il ne s’agira pas des fameux Paschalococos disperta d’origine, mais la similitude entre les deux arbres est plus que grande (le palmier pascuan était sans doute originaire du continent et serait arrivé sur l’île par hydrochorie, c’est-à-dire par transport des petites noix par la mer). Jubaea chilensis pourrait donc avantageusement remplacer le palmier disparu de l’île de Pâques et ainsi, massivement planté, redonner à Rapa Nui son aspect originel. Ce serait également une bonne occasion de couper les eucalyptus plantés au centre de Rapa Nui et qui ne font qu’appauvrir la terre sans être d’une très grande utilité.

Seul bémol à cette bonne nouvelle qu’est le sauvetage de Juabea chilensis, le fait que ce palmier peut vivre un millier d’années (le plus vieux aurait 1600 ans) et qu’il ne parvient pas à maturité sexuelle (à produire des graines) avant quarante à quatre-vingt ans (sa croissance est de huit centimètres par an seulement). Ce qui fait que la transformation des paysages de l’île de Pâques ne se fera pas en une génération seulement !

« La seule solution »

Du côté de la Furpach, Fundación para la Recuperación y Fomento de la Palma Chilena (l’organisme qui a sauvé le palmier du Chili), on est armé pour faire face à une forte demande pascuane, grâce à de nombreuses plantations et serres.

Pour Mauricio Moreno Sagredo, directeur exécutif de la fondation, « nous projetons la production à nouveau de 2,5 millions de palmiers au cours des deux prochaines décennies ».

Selon l’archéologue Claudio Cristino, à qui l’on doit, entre autres, des restaurations dans la vallée de la Papenoo et surtout la restauration du célèbre ahu Tongariki à Rapa Nui en 1993, il ne fait pas de doute que la possibilité d’implanter à grande échelle le palmier du Chili à Rapa Nui est la seule solution cohérente qui permettra de restituer à l’île ses paysages d’avant l’arrivée des Polynésiens.

Daniel Pardon
Photos D.P. et Furpach

Le palmier du chili, sauvé dans son pays, pourrit redonner à l’île de Pâques son véritable aspect antérieur à l’arrivée des Polynésiens.
Le palmier du chili, sauvé dans son pays, pourrit redonner à l’île de Pâques son véritable aspect antérieur à l’arrivée des Polynésiens.

Qui a tué la forêt pascuane ?

Plusieurs facteurs ont concouru à la disparition quasi totale du couvert végétal de l’île de Pâques, probablement au XVe ou au XVIe siècle, c’est-à-dire postérieurement à l’arrivée des premiers Polynésiens venus des Gambier.

Le rat et l’homme

La première cause est l’introduction, par ces Polynésiens, d’une espèce de rat qui n‘existait pas sur l’île. Ce rongeur a eu tôt fait de se régaler des petites noix produites par le palmier pascuan, contribuant à sa raréfaction.

Le second facteur est purement humain : les Pascuans n’ont probablement pas su gérer cette ressource qu’ils ont allègrement gaspillé de plusieurs façons : pour l’incinération des défunts et pour le transport des statues géantes (les moai), beaucoup de bois était consommé. Sans compter l’utilisation domestique de ce même bois pour cuisiner. En outre, lors des guerres tribales, les incendies de forêts ont, semble-t-il, été ravageurs pour la flore (il fallait affamer l’ennemi et détruire ses ressources).

Un environnement malmené

On présente souvent les anciens Polynésiens comme des modèles en termes de gestion des ressources naturelles, ce qui est partiellement faux : en Nouvelle-Zélande, les Maoris ont décimé les grands « moa », Dinornis maximus, oiseaux ressemblant à des autruches géantes mesurant au moins trois mètres de haut. A Hawaii, c’est l’oie « nene », la bernache néné (Branta sandvicensis), qui faillit bien disparaître victime de la chasse intensive (puis, plus tard, de l’introduction par les Européens des chats et des mangoustes).

Les Polynésiens géraient les « rahui » et respectaient des « tabu », certes, mais n’étaient pas meilleurs ou pires gestionnaires de leur environnement que n’importe quel autre peuple, et la désertification de Rapa Nui en est une illustration.

El Nino et les Européens

Autres facteurs ayant sans doute concouru à la disparition des palmiers de l’île, des phénomènes climatiques violents et longs (épisodes El Nino et La Nina) qui auraient entraîné de longues et fatales sécheresses.

Enfin l’arrivée du super prédateur qu’était l’homme blanc (destructeur de l’environnement comme de la culture) n’a rien arrangé, puisque la transformation de l’île de Pâques en un gigantesque élevage de moutons par Brander et Dutrou-Bornier, puis par la firme anglaise Williamson-Balfour, a achevé de littéralement tondre la végétation pascuane.

Selon certains scientifiques, quelques palmiers pascuans auraient survécu jusqu’au XVIIIe siècle, pour d’autres, les ultimes arbres auraient été vus au début du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, il n’en reste plus un seul, pas plus qu’il ne reste de graines susceptibles de germer. L’espèce est définitivement éteinte.

Les Pascuans, avant l’arrivée des Européens, n’ont, à l’évidence, pas su gérer leur première ressource naturelle, la forêt endémique. Cette reconstitution montre les arbres abattus au profit des moai.
Les Pascuans, avant l’arrivée des Européens, n’ont, à l’évidence, pas su gérer leur première ressource naturelle, la forêt endémique. Cette reconstitution montre les arbres abattus au profit des moai.

Un cousin si proche

Jubaea chilensis est un splendide palmier endémique des vallées centrales chiliennes. Appelé parfois le cocotier du Chili, ce palmier arbore le stipe (le tronc) le plus gros des Arécacées : parfois plus de cinq mètres de circonférences à sa base.

Une exploitation brutale

Rustique, il résiste aussi bien à la chaleur et à la sècheresse qu’au froid puisqu’il peut supporter le gel et même des températures de – 15°. Adulte, l’arbre atteint vingt-cinq mètres de hauteur (parfois trente !).

Si ce palmier a failli disparaître au Chili, c’est parce que les hommes l’exploitaient d’une manière extrêmement brutale : ils abattaient le stipe et brûlaient sa touffe sommitale. Ensuite, en le coupant chaque jour légèrement, ils récoltaient de 400 à 450 litres de sève ; celle-ci, une fois transformée, donnait le « miel de palme » extrêmement recherché. Cette exploitation était évidemment dévastatrice, dans la mesure où aucune politique de reboisement n’était conduite au fur et à mesure des abattages. Ce n’est véritablement qu’à la fin du XXe siècle que toutes les mesures de protection nécessaires à sa sauvegarde furent prises, mais ce sont bien des initiatives privées qui ont permis de multiplier leur nombre par vingt en quelques décennies seulement.

Deux palmiers « frères »

L’arbre produit des centaines de petites noix de trois centimètres environ, jaunâtres, enfermant une graine qui abrite elle-même une substance blanche, comestible, proche de l’amande de la noix de coco. La « coquito » comme on l’appelle, est une graine oléagineuse avec laquelle on peut fabriquer une huile de qualité.

A Rapa Nui, les traces du palmier qui recouvrait jadis l’île ont été mises au jour en 1983, sachant que le palmier était représenté sur les gravures des fameuses tablettes rongo rongo.

Le palmier de l’île, Paschalococos disperta, est si proche de Jubaea chilensis que certains botanistes ont longtemps considéré que c’était une seule et même espèce ; en réalité, ce palmier endémique disparu était sans doute issu de Jubaea chilensis et s’était modifié génétiquement en s‘adaptant au sol fertile de l’île de Pâques.

La Furpach au secours du cocotier du Chili

La fondation à qui l’on doit la renaissance du palmier du Chili a été créée à Santiago en 1997 seulement. La Furpach, « Fundación para la Recuperación y Fomento de la Palma Chilena » dispose de mille hectares protégés dans la réserve écologique de l’oasis de la Campana, à Ocoa (5e région).

Objectif de son fondateur, Mauricio Moreno Rojas, garantir aux générations futures chiliennes que le palmier endémique de cette région du monde ne disparaîtra pas du paysage, mais au contraire retrouvera la place qui était la sienne il y a un demi-millénaire.

La fondation collabore avec de nombreux autres organismes et participe activement au reboisement de régions autrefois riches en palmiers du Chili.
Bien entendu, l’île de Pâques et la restauration de son couvert végétal initial intéresse cette fondation qui est prête à fournir des arbres si le besoin est exprimé (en sachant que la croissance de ce palmier, sous le climat doux et humide de Rapa Nui, est deux fois plus rapide que sur le continent).

La fondation chilienne dispose de milliers de jeunes plants prêts à être amenés à l’île de Pâques si le besoin est clairement exprimé.
La fondation chilienne dispose de milliers de jeunes plants prêts à être amenés à l’île de Pâques si le besoin est clairement exprimé.

Détail est feuilles de Jubaea chilensis.
Détail est feuilles de Jubaea chilensis.

Des palmiers « tahitiens » à l’île de Pâques

L’île de Pâques abrite deux colonies de cocotiers, originaires de la Polynésie française ; la plus célèbre est celle qui forme la cocoteraie de la plage d’Anakena, la seconde, peu connue des touristes, se situe vers le centre de l’île, sur une ancienne route des moai, en contrebas de Vaitea. Enfin, dans le village de Hangaroa, de très nombreux cocotiers sont visibles, certains dans des lieux publics, d’autres, plus fréquents, dans des jardins privés où ils produisent des noix délicieuses, même si l’hiver austral, frais là-bas, ne favorise pas la croissance de Cocos nucifera.

Il y a quelques décennies, le gouvernement polynésien avait offert nombre de cocotiers à nos voisins pascuans, en fournissant même une assistance technique, puisqu’une serre avait été édifiée à proximité immédiate de la mairie, sous la surveillance d’un technicien de Tahiti, avant de replanter ces jeunes palmiers. Malheureusement, un grand nombre d’entre eux, sur des espaces publics, ont été saccagés par les Pascuans eux-mêmes, des jeunes venant nuitamment les déraciner pour en manger le « uto ».

Actuellement, la cocoteraie de Rapa Nui est mal en point à Anakena, plus encore vers Vaitea, et seuls les cocotiers plantés dans des espaces privés et surveillés se développent et produisent à leur tour des noix capables de germer.

Le cocotier est très recherché à Rapa Nui, car il symbolise, aux yeux de beaucoup de Pascuans, leur appartenance au monde polynésien ; les responsables du tourisme pour leur part apprécient l’image « tropicale » et exotique que les cocotiers donnent à la destination.

Le palmier du Chili, comme c’était le cas de celui de l’île de Pâques, peut dépasser vingt-cinq mètres de hauteur.
Le palmier du Chili, comme c’était le cas de celui de l’île de Pâques, peut dépasser vingt-cinq mètres de hauteur.

Le palmier du Chili, comme c’était le cas de celui de l’île de Pâques, peut dépasser vingt-cinq mètres de hauteur.
Le palmier du Chili, comme c’était le cas de celui de l’île de Pâques, peut dépasser vingt-cinq mètres de hauteur.

Une forêt de palmiers du Chili telle qu’il en existe aujourd’hui sur le continent.
Une forêt de palmiers du Chili telle qu’il en existe aujourd’hui sur le continent.

Les cocotiers de Tahiti peu connus du secteur de Vaitea ; malheureusement, ils sont bien malades…
Les cocotiers de Tahiti peu connus du secteur de Vaitea ; malheureusement, ils sont bien malades…

Rédigé par Daniel PARDON le Lundi 7 Août 2017 à 13:50 | Lu 3397 fois




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