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Cannabis thérapeutique : top départ imminent


crédit photo DR
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Tahiti, le 18 février 2026 - Après plusieurs mois de préparation et près d’un an de retard sur le calendrier initial, la phase pilote du cannabis thérapeutique est enfin sur le point de démarrer. Neuf producteurs ont été sélectionnés à travers les cinq archipels pour cette expérimentation inédite, placée sous la supervision de la Direction de l’agriculture et de l’institut Louis‑Malardé. Les premières graines devraient être plantées d’ici le “premier semestre 2026”.

 
Annoncée pour mi‑2025, la phase pilote de culture de cannabis thérapeutique débutera finalement au premier semestre 2026. La mise en route a pris du retard, le temps nécessaire pour former les agents, préparer les producteurs et sécuriser les sites. “Les conditions n’étaient simplement pas encore réunies”, reconnaît Roland Bopp, directeur de l’agriculture. “Il a fallu former nos équipes aux prélèvements, rédiger les protocoles de contrôle et aider les agriculteurs à se mettre aux normes.”
 
Parmi la soixantaine de candidatures déposées, neuf porteurs de projets ont été retenus dans presque tous les archipels, sauf aux Australes, où un seul candidat a franchi la sélection. “On voulait deux exploitants par archipel, mais certaines contraintes ont restreint les possibilités”, précise Tetia Peu, ingénieure agronome à la Direction de l’agriculture (DAG). “Malgré tout, il y a eu un vrai engouement, surtout du côté des îles du Vent et des îles Sous-le-Vent.”
 
Des critères exigeants, une motivation intacte
 
Il faut dire que les conditions imposées par la DAG sont pour le moins contraignantes. Rappelons d’abord que le dispositif ne s’adresse qu’à des agriculteurs déjà installés et devant apporter leur propre foncier, qu’ils en soient propriétaires ou locataires. Ensuite, que les parcelles dédiées doivent se situer à plus de 100 mètres des voies publiques, être proches d’une antenne de la DAG et d’une gendarmerie, tout en restant visuellement discrètes. Des critères qui ont filtré naturellement certaines candidatures, “notamment dans les Tuamotu, où nous n’avons pas toujours d’antenne”, souligne Tetia Peu.
 
Chaque porteur de projet disposera de 500 graines certifiées, pour une superficie limitée à 1 500 m², et les cultures se feront soit en plein air (“outdoor”), soit sous serre (“greenhouse”).

“Nos serres ne sont pas des structures industrielles hermétiques comme à l’étranger”, explique Tetia Peu. “Ici, on s’inspire des systèmes de vanilleraies, avec des ombrières semi‑ouvertes adaptées à notre climat. Mais certains producteurs ont opté pour des installations plus techniques. Cette diversité va nous permettre de comparer les résultats selon les conditions locales.”
 
La dernière ligne droite avant les premières graines
 
Les neuf exploitants finalisent leurs installations. Deux d’entre eux, situés dans les îles du Vent, seront opérationnels d’ici deux mois.
“Nous sommes dans la dernière ligne droite”, confirme Roland Bopp. “Les formations, les contrôles, les équipements : tout est presque prêt. Il ne restait qu’à attendre la bonne saison pour planter.”
 
Les premières graines devraient être semées d’ici juillet prochain, ce qui marquera le véritable démarrage de cette phase pilote attendue depuis plus d’un an. “On sera prêts pour le premier semestre 2026”, assure le directeur de la DAG. “Tout le monde avance à son rythme, mais les conditions sont désormais réunies pour commencer dans de bonnes conditions”, ajoute-t-il, précisant que l’expérimentation, initialement prévue pour s’étaler sur un an, sera sans doute un peu plus longue, le temps de “mettre tout le monde au même niveau”.

Des formations et une phase d’observation approfondie
 
La DAG accompagnera les producteurs via une formation de cinq jours, en deux temps : avant et pendant la culture, centrée sur les bonnes pratiques, la sécurité et la traçabilité. Les plantations feront l’objet de prélèvements réguliers envoyés à l’institut Louis‑Malardé (ILM), laboratoire référent en la matière. Un suivi qui se fera “au fil de l’eau” comme l’explique Roland Bopp : “Est-ce que la coupe a été bonne ? Est-ce que le séchage a été bon ? Est-ce que les prélèvements ont été faits de la bonne façon ? A-t-on rencontré des difficultés entre le prélèvement et leur envoi jusqu'ici ? Comment on l'améliore ? Ça permet tout ça en fait.”
 
“C’est l’ILM qui nous permettra de suivre précisément les ratios entre CBD et THC”, souligne de son côté le ministre de l’Agriculture, Taivini Teai. “On va avoir des teneurs intéressantes en CBD, mais surtout des teneurs en THC qui sont inférieures à 0,3. Ces variétés ont été testées en milieu contrôlé, et l’enjeu est désormais d’observer leur comportement et l'évolution de ces concentrations en fonction d’un environnement et d’un sol qui sont différents, qu'on soit des Marquises ou des Australes.”
 
L’institut, déjà moteur dans l’étude du cannabis thérapeutique, servira ainsi d’intermédiaire pour la distribution des semences agréées et l’analyse des prélèvements.
 
Un accompagnement qui va au-delà des champs
 
L’expérimentation ne vise pas seulement à produire, mais à mesurer l’adaptation du chanvre aux contextes climatiques polynésiens : humidité, salinité, nature des sols. “À terme, l’objectif est d’élaborer une filière locale du CBD ; une filière sérieuse, encadrée, capable d’alimenter le marché médical”, affirme Taivini Teai.
 
Si, pour l’heure, la culture reste limitée à cette phase pilote, les produits à base de CBD peuvent déjà être importés sous conditions.
“Les pharmacies peuvent s’approvisionner en produits de CBD en respectant les procédures douanières et sanitaires. Le cadre existe, mais il faut encore l’affiner”, note le ministre.
 
La justice en avance sur la loi
 
Fin 2025, un père de famille a comparu devant le tribunal pour avoir soigné son fils avec de l’huile de cannabis. Un acte illégal, mais motivé par la détresse et l’absence d’alternative thérapeutique en Polynésie.

Pour Taivini Teai, cette affaire illustre la nécessité d’un cadre clair : “Notre responsabilité est de permettre à terme un accès encadré et sécuritaire au CBD. La justice montre la limite du flou actuel ; le pilote, lui, doit poser les bases du cadre futur.”
 


Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 18 Février 2026 à 14:35 | Lu 868 fois