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“C’est le moment de réagir au risque de saturer le service de réanimation”



Tahiti, le 20 octobre 2020 -“Réduire les mouvements et les contacts à tout prix”, “s’isoler dès qu’on sait qu’on a été en contact avec un Covid+” : Sean Casey, épidémiologiste de l'OMS estime qu’il est encore temps d’adopter ces réflexes pour freiner la propagation et venir en aide au CHPF, dont le service de réanimation risque une saturation d’ici trois semaines.

Au regard des derniers indicateurs de l’épidémie, à quoi faut-il s’attendre ?

"C’est difficile à dire, mais les indicateurs illustrent une transmission communautaire à grande échelle. La majorité des communes de Tahiti et Moorea sont touchées, aucune tranche d’âge ou catégorie sociale n’est épargnée. Le Covid circule activement. Le moyen le plus efficace d’y répondre c’est de réduire les mouvements et les contacts, de continuer à tester, d’identifier les cas et leurs sujets contacts. Mais vu la rapidité de la propagation ça devient difficile de les retrouver et de mener l’enquête."
 
En tant que représentant de l'OMS, quel regard portez-vous sur notre situation sanitaire ?

"Les frontières sont ouvertes, les commerces et les écoles aussi, à moins que les gens décident de réduire leur mouvement, ou que le Pays et l’État prennent des mesures pour réduire les mouvements, on peut imaginer avoir des difficultés de prise en charge à l’hôpital. Aujourd’hui les services d’hospitalisation et de réanimation sont très occupés, il y a du monde. On le voit dans beaucoup d’autres pays, quand les chiffres des contaminations explosent, les capacités des hôpitaux sont saturées dans les semaines qui suivent. On parle souvent d’un délai de trois semaines. C’est donc le moment de réagir, sinon on peut imaginer dépasser les capacités du service de réanimation dans quelques semaines. Le problème ici, c’est qu’on n’a pas d’autres hôpitaux où l’on peut transférer facilement les patients. La réanimation, elle n'est qu’au CHPF, il n’y en a pas d’autres. Ce n’est pas comme en France, où l’on peut transférer des patients de Strasbourg sur Paris. Il faut vraiment préserver les capacités de l’hôpital pour les cas Covid certes, mais aussi pour tous les autres patients qui seront affectés si les ressources de l’hôpital sont vampirisées par les Covid+." 
 
La situation est donc très préoccupante.

"Oui, c’est sûr. On peut la comparer avec celle des autres pays où le taux d’occupation de l’hôpital et le taux d’incidence sont tous les deux élevés. On a des signaux qui montrent que la situation est sérieuse, ce que le Pays et l’État ont confirmé la semaine dernière avec l’annonce du passage en stade 4."
 
Un couvre-feu serait donc pertinent par les temps qui courent ?

"Il n’y a pas de mesure miracle, c’est une combinaison d’actions qui va fonctionner, dont la plus importante de toute consiste à réduire les contacts et les déplacements. Un couvre-feu ça peut aider, mais si les gens circulent toujours autant le reste de la journée, ça ne va pas régler le problème. Il faut vraiment plusieurs mesures pour espérer stabiliser la situation. Il faut absolument réduire les contacts et les mouvements, si vous pouvez faire vos courses en une fois faites-le. C’est le moment par exemple de cuisiner à la maison plutôt que d’aller au restaurant, et ce n’est pas le moment de faire du shopping le week-end."
 
C’est le seul moyen d’inverser la tendance à ce stade ?

"Oui. Et si quelqu’un pense avoir des symptômes, il faut tout de suite qu’il s’isole, qu’il appelle le médecin, qu’il essaye de faire le test et qu’il contacte tous ceux avec qui il a été en contact, il doit leur dire de s’isoler, et si ces personnes-là ont des symptômes elles doivent se faire tester aussi. C’est une question de responsabilité individuelle pour le bien de la collectivité."
 
Il n’y a pas de prescription quand on est asymptomatique, dans ces cas-là ce n’est pas évident de savoir quoi faire.

"La majorité des personnes diagnostiquées positives ont des symptômes, mais c’est sûr que nous n’avons pas assez de tests pour dépister tout le monde. Même s’ils n’ont pas encore de symptômes, si les gens savent qu’ils ont eu des contacts avec des Covid+, même pour un simple déjeuner, c’est à eux de se dire “je dois m’isoler”, y compris au sein du domicile. On ne s’isole pas seulement à la maison, mais dans la maison pour éviter de contaminer l’ensemble de la cellule familiale."
 
Ce qui est plus difficile à mettre en œuvre dans les grandes familles ?

"C’est plus difficile mais c’est toujours possible de porter le masque et d’éviter les espaces de vie commune. Il faut faire tout son possible pour éviter le contact avec les autres, c’est comme ça qu’on pourra briser la chaîne de transmission."
 
C’est donc vivement déconseillé de faire le pari de l’attraper en famille ?

"C’est dangereux. On parle beaucoup des personnes vulnérables comme les gens âgés. Mais même si la majorité des cas en réanimation sont des personnes qui cumulent des facteurs de risque, on dispose des données de 40 millions de cas dans le monde. Et on sait que ce ne sont pas seulement les vieux et les malades chroniques qui développent des formes sévères, il y a aussi des jeunes et des gens en bonne santé. Ce n’est pas une grippe, ou un simple rhume : il faut essayer de protéger les membres d’un même foyer qui n’ont pas été infectés."

Les tests antigéniques ont-ils permis de désengorger les laboratoires ? Est-ce qu’il y a des consignes particulières de l’OMS là-dessus ?

"Dans les populations à prévalence basse –où il n’y a pas de cas de Covid jusqu’à aujourd’hui– on peut avoir des problèmes de “valeur prédictive positive”, (ce qui veut dire que c'est surtout quand son résultat est positif qu'il est fiable, Ndlr). On sait aussi qu’ils n’amplifient pas le génome viral comme le font les PCR. Si la charge virale est petite, le risque est donc de passer à côté. C’est pourquoi les consignes de l’OMS c’est d’utiliser ces tests-là uniquement dans les zones où il y a beaucoup de transmission, sur les personnes symptomatiques et dans les sept premiers jours des symptômes. Si le test s’avère négatif sur eux, on refait systématiquement derrière un RT-PCR pour vérifier. Comme ça, les tests antigéniques positifs sont toujours des vrais positifs. On peut donc les utiliser comme des filtres pour réduire la demande sur les PCR qui sont limités, plus compliqués et plus longs à traiter. C’est très pratique pour avoir les résultats le même jour, ce qui nous permet de tester plus de monde, de tracer plus vite les cas contacts. Plus vite on donne les résultats, plus vite la personne peut s’isoler."
 
Les clusters se multiplient très rapidement, aujourd’hui on en compte 32, comment sont-ils pris en charge ?

"On utilise le terme cluster pour identifier les lieux où il peut y avoir beaucoup de personnes infectées au même endroit en même temps : c’est-à-dire une transmission à grande échelle. En revanche, si les gens gardent le masque, que les bureaux sont espacés, que les gens ne mangent pas ensemble, contrairement à une école où les enfants font tout ensemble, c’est peu probable qu’on ait à faire à un vrai cluster. Je m’explique : on sait aujourd’hui qu’il y a des cas un peu partout, si par exemple il y a trois ou quatre cas identifiés dans une grande entreprise, ils ne l’ont pas forcément attrapé sur leur lieu de travail, ils ont pu être contaminés par hasard au contact de l’extérieur. Ce n’est pas tout à fait un cluster. Mais quand il s’agit d’un cluster, des équipes épidémiologiques et des brigades sanitaires sont envoyées dans l’établissement pour identifier les cas, dépister, et donner des messages de prévention."
 

Rédigé par Esther Cunéo le Mardi 20 Octobre 2020 à 20:43 | Lu 6959 fois






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