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« C’est en raison de son lien d’amitié avec Gaston Flosse que Jacques Chirac a été généreux avec la Polynésie »



Papeete, le 26 septembre 2019 - Le politologue Sémir Al Wardi revient sur l'origine du lien fort qui s'est créé entre la Polynésie et l'ancien Président Jacques Chirac, étroitement lié à la relation entre l'ex-chef de l'Etat et l'ancien président Gaston Flosse.

Quelle est l’origine du lien si particulier entre Jacques Chirac et la Polynésie française ?
 
« On peut tout d’abord dire que le parti gaulliste était bien implanté en Polynésie française avant même Jacques Chirac. Dans les personnes qui ont représenté ce parti ici, il y a notamment M. Bambridge qui est tout de même celui qui a formé Gaston Flosse. Chirac est devenu plusieurs fois ministre dans le gouvernement de Pompidou. Durant les élections de 1974, il a décidé de trahir le parti gaulliste qui présentait à l’époque Jacques Chaban-Delmas en soutenant Valéry Giscard d’Estaing, son collègue dans le gouvernement Pompidou. En tant que ministre de l’Intérieur, Jacques Chirac va lui donner le maximum de temps pour organiser les élections présidentielles alors que Jacques Chaban-Delmas avait demandé que l’on raccourcisse ce temps. Cela représente la première manifestation d’amitié publique entre Jacques Chirac et Gaston Flosse, puisque Gaston Flosse l’a soutenu contre les barons du parti gaulliste. Jacques Chirac est devenu Premier ministre du président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, puis il a claqué la porte deux ans plus tard pour diverses raisons. A ce moment, il n’était pas en odeur de sainteté au sein du parti gaulliste et il a donc réuni ses proches à Aigleton pour décider du futur. Il y avait là une dizaine de personnes, dont Gaston Flosse, qui était déjà proche de Jacques Chirac. Au terme de longues discussions, ce groupe va décider de la création du RPR avec l’idée de créer un grand parti magnifique qui va obliger les barons du gaullisme à s’inféoder à Jacques Chirac en intégrant de RPR. »
 
C’est de là que naît la relation forte entre Gaston Flosse et Jacques Chirac ?
 
« L’on voit ici une belle complicité, puisque Gaston Flosse fait partie des plus proches de Jacques Chirac dans cette réunion d’Aigleton. Si les deux hommes se voient régulièrement quand Gaston Flosse est à Paris, il faut attendre 1986 et la première cohabitation pour assister à une autre manifestation publique lorsque Jacques Chirac a nommé Gaston Flosse secrétaire d’Etat. Je parle de « manifestation publique » puisqu’à l’époque, Jacques Chirac avait déclaré dans Le Monde du 27 octobre 1986 que Flosse était, pour lui, beaucoup plus qu’un ministre ou un président de gouvernement, c’était un « frère ». Flosse a repris ce terme pour qualifier Jacques Chirac mais le premier à l’avoir utilisé est bien Jacques Chirac. Cette proximité a toujours existé. »
 
Politiquement, Jacques Chirac a ensuite beaucoup fait pour Gaston Flosse, et donc pour la Polynésie ?
 
« En 2004, Gaston Flosse a bénéficié d’un statut « sur mesure » mais il faut bien comprendre qu’auparavant, Jacques Chirac avait refusé le statut constitutionnel de pays d’Outre-mer. Il fallait obtenir un titre particulier pour la Polynésie française à l’instar de ce qui était réalisé pour la Nouvelle-Calédonie. Certains ministres avaient soutenu cette initiative, le texte constitutionnel avait été voté par les deux chambres, c’est Jacques Chirac qui avait tout arrêté quelques jours avant janvier 2000 et la réunion du congrès à Versailles. C’était le clou dans la chaussure de Gaston Flosse.Dans les années 80, les gaullistes étaient absolument contre la décentralisation. Ce sont les socialistes qui ont amené le statut de 1984 et en 2000, Chirac avait refusé le statut constitutionnel sur lequel Gaston Flosse travaillait depuis longtemps. Le statut de 2004 n’était pas à la hauteur du statut constitutionnel mais Gaston Flosse avait obtenu beaucoup de choses dont la possibilité de créer une police territoriale. Cette amitié avait réellement lieu entre Jacques Chirac et Gaston Flosse puisqu’au sein du parti gaulliste, tout le monde n’était pas toujours d’accord avec Gaston Flosse. Olivier Guichard, Philipe Séguin, Pierre Mazeaud : ils étaient plusieurs à avoir manifesté leur opposition à Gaston Flosse. C’est l’amitié personnelle qui unissait ces deux hommes qui a permis à Gaston Flosse d’obtenir ce dont il avait besoin. Il faut aussi dire clairement que quand Jacques Chirac est devenu président de la République qu’il y a eu le minimum de contrôles sur l’exécutif local alors que la mission de l’Etat était essentiellement celle-là. Et c’est ce fait qui a amené certaines dérives.
 
La popularité de Jacques Chirac au fenua n’est tout de même pas uniquement liée à son amitié avec Gaston Flosse ?
 
« Evidemment que non mais c’est en raison de ce lien d’amitié que Jacques Chirac a été généreux avec la Polynésie française et qu’elle a obtenu toutes les dotations dont la prime nucléaire. Officiellement le Taohera’a avait toujours soutenu le RPR durant les élections nationales. Chirac était l’homme politique français que l’on avait l’habitude de connaître et d’entendre et de voir en Polynésie française dont il faisait presque partie. C’est pour cela qu’il y a eu une telle adhésion à sa personne. J’ajoute qu’après le général de Gaulle, Chirac était, en métropole, le président de la République le plus populaire. On oublie qu’il y a aussi eu des périodes difficiles. »
 
Hormis le statut de 2004, que peut-on relever de l’apport de Jacques Chirac à la Polynésie française ?
 
« Outre la dette nucléaire. Il faut rappeler que le ministre des Finances de l’époque avait dit que sur les dix ans qui ont suivi la fin des essais nucléaires, les transferts de l’Etat ont été extrêmement importants, même plus importants que sous l’ère nucléaire. »
 
Jacques Chirac est le président qui a relancé les essais nucléaires en Polynésie en 1995. Aujourd’hui, alors qu’une grande majorité de la classe politique locale condamne ces essais, il a pourtant gardé une grande popularité. N’est-ce pas paradoxal ?
 
« Les essais nucléaires, ce n’est pas Jacques Chirac. Sur les 196 essais, il en a fait 5 ou 6. Il ne faut pas oublier que s’il les a relancés, c’était pour pouvoir les arrêter définitivement. Cette reprise, alors que l’on commençait à comprendre qu’il y avait eu des conséquences sur la population, était insupportable. Mais cela a duré trois mois. Il les a arrêtés et a reconnu publiquement que les essais ont porté un tort à la Polynésie française. C’est aussi cela que l’on retient : il a recommencé les essais pour pouvoir les clore. C’est pour cela que l’on ne fait pas véritablement le lien entre les essais nucléaires de façon générale et la personne de Jacques Chirac. »
 
Propos recueillis par Antoine Samoyeau

Rédigé par Antoine Samoyeau le Jeudi 26 Septembre 2019 à 20:14 | Lu 5081 fois





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