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Arrêt de l'itinérance avec Vodafone : Onati "ne veut pas être pris pour le grand méchant"


Tahiti, le 28 décembre 2021 – Le nouveau directeur général d'Onati et ex-directeur général de PMT-Vodafone, Thomas Lefebvre-Segard, s'est exprimé pour la première fois mardi sur l'arrêt du contrat d'itinérance entre Onati et Vodafone dans les îles de Raiatea et Huahine à compter du 3 janvier prochain. Le nouveau patron de l'opérateur historique explique "anticiper" la réaction de Vodafone pour "ne pas être pris pour le grand méchant" de l'affaire. Vodafone refuse pour l'heure de s'exprimer et promet une conférence de presse "très détaillée" sur ce sujet dans les jours à venir.
 
Le conseil des ministres a annoncé la semaine dernière la fin de l'itinérance pour Vodafone via les antennes d'Onati sur Raiatea et Huahine, pourquoi ?
 
"En fait, le conseil des ministres a pris note qu'Onati n'allait pas renouveler son contrat d'itinérance nationale avec Pacific Mobile Télécom (PMT-Vodafone) sur les îles de Raiatea et Huahine à partir de début janvier 2022."
 
Pourquoi cette décision d'Onati ?
 
"Cette décision a été prise par Onati parce qu'il y a un contrat qui nous lie avec PMT et qu'aujourd'hui, il n'a pas de raison de poursuivre ce contrat. En fait, les engagements qui ont été pris par PMT n'existent plus parce qu'ils ne sont pas respectés. Donc le contrat tombe."
 
Qu'est-ce que Vodafone ne respecte pas selon vous exactement ?
 
"Vodafone a installé ses propres antennes sur les îles de Raiatea et Huahine. À partir du moment où ils installent leurs propres antennes et leur propre réseau sur ces îles-là, le contrat d'itinérance nationale n'a plus lieu d'être. On est sur une non-nécessité de prolonger cette convention…"
 
Vous parlez de 'concurrence déloyale', pourquoi ?
 
"Les règles de la concurrence doivent s'appliquer pour tout le monde et de la même manière. Spécifiquement sur les îles de Raiatea et Huahine, soit vous utilisez le réseau de l'opérateur historique, soit vous utilisez le réseau que vous déployez quand vous vous appelez Vodafone ou Viti d'ailleurs. Mais vous ne pouvez pas avoir deux réseaux et cumuler deux avantages. Il faut choisir."
 
Quelles vont être les conséquences pour les clients Vodafone sur ces deux îles ?
 
"Les clients vont pouvoir continuer à téléphoner, mais sur le réseau de Vodafone. Il n'y aura pas de rupture de service, je tiens à rassurer. Mais par contre, il y a un service qui va évoluer et qui sera quelque peu dégradé. Donc là où Vodafone n'est pas présent, le réseau d'Onati ne couvrira plus ces zones et ils ne pourront plus téléphoner."
 
Est-ce que Vodafone ne va pas vous accuser d'utiliser votre position de monopole sur ces deux îles (Onati à 35 antennes et Vodafone 6) ?
 
"Je ne comprendrai pas qu'ils aient cette lecture-là. Aujourd'hui, on est sur une convention qui est très transparente que PMT a signé avec Onati. Ce sont des engagements qu'ils ont pris. Il n'y a aucune surprise de ce côté-là. Et il y avait largement possibilité pour eux d'anticiper. Donc il n'y a pas de surprise… Par ailleurs, PMT a fait un recours en référé en disant : 'Vous n'avez pas le droit de me couper cette itinérance nationale dans les îles'. Et le juge a statué clairement en disant à PMT : 'Au regard du contrat qui vous lie, vous ne respectez pas les règles du jeu et les règles du contrat. Et Onati est tout à fait dans son bon droit pour cesser son contrat d'itinérance dans ces deux îles'."
 
Le contrat d'itinérance concerne la Polynésie toute entière, est-ce que la situation pourrait se répéter dans d'autres îles ?
 
"Complètement. La situation pourrait se répéter dans d'autres îles. Mais PMT est tout à fait au courant de ce qui peut se passer. Il y a des choses qui ont été signées, des engagements qui ont été pris contractuellement avec Onati. Là, aujourd'hui, ça s'opère sur Raiatea et Huahine et, demain, ça peut se répéter sur d'autres îles. Mais là, il y a deux registres : le contrat d'itinérance nationale et aussi le fait que PMT doit discuter avec le Pays sur ses obligations de déploiement dans les îles."
 
Cela veut dire que Vodafone ne peut pas déployer d'antennes s'il veut garder l'itinérance ?
 
"Alors, oui et non. C'est à dire qu'ils ont cette obligation, vis-à-vis du Pays, de déployer leurs antennes dans un certain nombre d'îles. Mais ça, c'est une discussions qu'ils ont à avoir avec le Pays. Dans le contrat qu'ils ont avec Onati, ils ont signé un certain nombre d'engagement de déploiement de réseau sur un certain nombre d'îles. Parce que l'itinérance nationale a vocation a être provisoire sur un certain nombre d'îles où PMT doit déployer son réseau."
 
On a l'impression que ce sont les usagers qui vont payer les pots cassés d'une bataille entre deux opérateurs ?
 
"C'est bien mon inquiétude. Et c'est bien pour ça qu'aujourd'hui, on veut partager de façon très transparente avec tout un chacun la situation. On ne veut pas que les usagers, quels qu'ils soient, paient les pots cassés ou soient pris en otage par un opérateur. Et nous ne sommes pas rassurés là dessus."
 
Vous dites vouloir communiquer aujourd'hui pour ne pas être "pris pour le grand méchant" de cette histoire ?
 
"Tout à fait. Onati n'a pas l'habitude de communiquer. Aujourd'hui, on communique parce qu'il va se passer un certain nombre de choses qui vont avoir des impacts sur un certain nombre d'utilisateurs et particulièrement des îles de Raiatea et Huahine. On a travaillé en toute transparence avec PMT, avec la DGEN et auprès du juge pour être irréprochable et que tout se fasse dans les règles de l'art."
 
Comment expliquez-vous que finalement Vodafone se retrouve coincée avec si peu d'antennes aujourd'hui ?
 
"Écoutez, je vous invite à leur poser la question."
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 28 Décembre 2021 à 18:53 | Lu 4384 fois