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Antimasques : "Une petite frange de la population extrêmement hétéroclite en Polynésie"



Antimasques : "Une petite frange de la population extrêmement hétéroclite en Polynésie"
Tahiti, le 16 septembre 2020 - Alors qu'un mouvement de défiance contre les institutions se répand sur les réseaux sociaux, le politologue, Sémir Al Wardi, estime que le discours antimasque a peu de chance de faire "tâche d'huile" en Polynésie : "le râleur râle, il le fait savoir par les réseaux sociaux, mais ce n'est pas du tout représentatif."
 
"Il n'y a rien de pire que la défiance de la population" disait l'épidémiologiste, Lam Nguyen, jeudi dernier devant l'assemblée du Cesec, déplorant la communication manquée des autorités notamment sur l'importance du port du masque. Le samedi suivant, le collectif "Stop à la masque-arade" rassemblait près de 170 personnes dans les rues de Papeete contre le port du masque et la "vaccination obligatoire". Revendications auxquelles s'ajoute tout un tas de craintes disparates : de "la main de satan," à la "dictature sanitaire," en passant par les "laboratoires pharmaceutiques" et "la 5G".  

Un mouvement de "rébellion" contre l'autorité abondamment relayé sur les réseaux sociaux, mais qui est loin d'être représentatif en Polynésie, indique Sémir Al Wardi, politologue. "On arrive toujours à cette petite frange de la population extrêmement hétéroclite, qui fonctionne avec l'extrême droite, ou avec les complotistes, auxquels s'ajoutent quelques personnes dont on se demande ce qu'ils font là, mais au final, ça ne représentent rien" balaye le spécialiste de la vie politique polynésienne.

"Il y a toujours la figure du metua"

Le discours anti-masque surfant sur les craintes qui entourent l'épidémie a, selon lui, peu de chance de trouver un terreau fertile en Polynésie. "Ce n'est pas quelque chose qui peut faire tâche d'huile. Au contraire, il y a toujours la figure du metua, ce respect du monde politique" défend l'expert. Fidèle à la thèse du "culte du chef", il rappelle la spécificité d'un pays où la culture, "fondée sur les relations affectives, l'échange, ou la redistribution," l'emporte sur tout le reste.  

Une théorie que les résultats des sénatoriales le 27 septembre devraient accréditer, si les deux candidats du Tapura sont désignés par les urnes. Lana Tetuanui et l'ancien vice-président Teva Rohfritsch partent d'ailleurs favoris vu le nombre de grands électeurs acquis au parti d'Edouard Fritch. Pas étonnant pour le politologue, puisque c'est le président qui distribue les dotations aux communes. "Il n'y a pas de défiance de l'autorité si on prend la très grande majorité des Polynésiens, c'est l'inverse qu'il se passe, on n'est pas touché par ce comportement qu'on peut qualifier de quasi général dans les démocraties, précise Semir Al Wardi. C'est dans les démocraties qu'il y a une défiance contre l'autorité, et ça se voit, c'est flagrant. Il suffit de regarder les dernières présidentielles, on a deux outsiders au second tour : Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Tous les candidats classiques ont été rejetés."

"Dichotomie" entre la réaction des popa'a et celle des Polynésiens

Les réseaux sociaux sont d'autant moins représentatifs qu'une fraction importante de la population jeune (40% en 2014 selon un rapport de la chambre territoriale des comptes) présente des difficultés de lecture, et donc de compréhension. "Le râleur râle, il le fait savoir par les réseaux sociaux, mais ce n'est pas du tout représentatif. Les gens d'un certain âge, et ceux qui ne savent pas lire, ni écrire, vont ils sur les réseaux sociaux ? interroge l'observateur. Qu'il y ait un sentiment de rejet de ce qu'on vit, de la situation actuelle d'accord, mais de là à se rebeller contre l'autorité, non."

Le politologue souligne cependant une certaine "dichotomie" entre la réaction des popa'a et celle des Polynésiens, donnant à titre d'exemple l'indifférence de ces derniers pour les gilets jaunes : le rassemblement à Tarahoi avait mobilisé en 2018 une dizaine d'individus devant la stèle de Pouvana'a a O'opa. On est bien loin de la Réunion - un département - où le mouvement avait paralysé le pays pendant une dizaine de jours. "S'il y en avait eu ici, ils se seraient opposés au territoire, parce que tous les problèmes mis en avant par les gilets jaunes relevaient ici de la compétence du territoire, et non de l'Etat. Or, ils n'ont pas voulu manifester contre le pouvoir local, alors que ça aurait pu avoir un impact local, insiste Sémir Al Wardi. C'est ça qui est intéressant : de voir que la Polynésie est quand même toujours à l'écart du reste du monde, on suit les conflits de loin comme si on regardait un feuilleton."
 

Rédigé par Esther Cunéo le Mercredi 16 Septembre 2020 à 19:27 | Lu 4575 fois





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