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Anne Perrault, Amazone au grand cœur


TAHITI, le 14 juillet 2021 - Présidente de l’association Amazones Pacific depuis deux ans, Anne Perrault se réjouit aujourd’hui de l’ouverture d’un "Fare Amazones". Il s’agit d’un espace qui accueille les femmes atteintes de cancer, quel qu’il soit. Une étape d’importance dans l’histoire de l’association, mais également pour le secteur de l’oncologie en Polynésie et, bien sûr, pour la présidente.

"Là, c’est la salle cocoon", décrit Anne Perrault. La visite commence. Il s’agit d’une pièce chaleureusement meublée et décorée, un refuge pour les visiteuses. Un rideau est tiré pour pouvoir se déconnecter, s’extraire de la ville mais aussi de son quotidien. "C’est un nid douillet où on se remplume", sourit la guide. Elle est présidente de l’association Amazones Pacific qui vient d’inaugurer son fare dans la vallée de Tipaerui.

Les Amazones sont des femmes atteintes de cancer, peu importe le cancer et le stade. Certaines viennent à peine de se voir confirmer le diagnostic et entament leur parcours de soin, d’autres sont guéries. Elles ont différents âges, viennent de différents horizons, évoluent dans différents contextes familiaux, sociaux, professionnels. Toutes sont les bienvenues. "Elles prennent ce qu’elles veulent et donnent ce qu’elles peuvent !"

Dans la salle cocoon, vide ce jour car il n’y a pas de permanence, les femmes se retrouvent entre elles autour d’un thé ou d’un café, elles peuvent se plonger dans un livre, discuter avec des bénévoles, se confier à des amies car des liens d’amitié forts et durables se tissent entre les Amazones.

"On n'est pas dans la tragédie"

Anne Perrault conçoit le fare comme un espace de vie très positif, plein d’énergie. Bien sûr, il y a la maladie, mais les échanges sont joyeux. "On rit beaucoup ici, on n’est pas du tout dans la tragédie", affirme la présidente qui voit en chaque Amazone une "battante", "une femme extraordinaire et puissance". "Je les aime, toutes", résume-t-elle en toute sincérité.

La visite se poursuit. "Nous avons les locaux depuis octobre", précise Anne Perrault. Des fonds du Pays mais aussi de partenaires privés ont permis son acquisition. Ensuite, il a fallu effectuer quelques travaux avant de pouvoir officiellement ouvrir. L’inauguration a eu lieu le 2 juillet.

En plus de la salle cocoon, il y a une salle de stockage qui permet d’entreposer les accessoires, les blouses. Les accessoires correspondent aux prothèses, sous-vêtements, maillots de bain, foulards, produits cosmétiques… mis à disposition des Amazones. "C’est mon idée", indique Anne Perrault qui ne cherche aucunement à se mettre en avant, mais veut témoigner des besoins et des manques dans le parcours de soin. "J’ai été marquée, lorsque j’ai moi-même été concernée par la maladie, par la quantité de femmes démunies dans les salles d’attentes médicales." Dans un territoire isolé comme l’est la Polynésie, les accessoires sont soit absents, soit hors de prix. Anne Perrault a voulu y remédier. Elle a inspiré le grand réseau des Amazones qui s’étend en Martinique, à La Réunion, en métropole. La salle de stockage devrait petit à petit étendre ses usages pour devenir également une salle d’essayage.

Les blouses sont quant à elles cousues dans du tissu éclatant. Elles sont dotées de deux réceptacles à l’intérieur pour pouvoir porter les poches à drain de certaines patientes. Ainsi, les patientes dotées de ces blouses peuvent circuler et porter les poches de façon confidentielle. Les blouses devaient dans un premier temps être distribuées directement aux femmes opérées dans les cliniques, à l’hôpital. Elles auraient dû se trouver dans un sac contenant en plus des flyers, des échantillons, un coussin cœur. "Mais ce projet a évolué, car la distribution de ce genre de sac est logistiquement impossible." Elles attendent donc leur future propriétaire au Fare Amazones.

Enfin, à côté de la salle de stockage se trouve une salle destinée à l’organisation d’ateliers divers, de soins de support. Les soins de support sont toutes les actions qui amènent au bien-être ou mieux-être. Ce sont les séances de yoga, de 'ukulele, d’art thérapie, de peinture sur tissu, d’esthétique…

Le Fare, une étape importante

Pour Anne Perrault, ce fare est "une grande étape". "Il marque un tournant" même s’il est une "évolution logique". C’est le deuxième centre de soins oncologiques de support à destination des femmes touchées par le cancer en outre-mer. Le premier étant "le nid", en Martinique. "Ce centre est très important pour nous, Amazones, et pour le Pays dans le cadre de son plan cancer", affirme Anne Perrault qui ne manque pas de projets pour la suite. Elle n’est jamais à court d’idées. Le fare est bien une étape, il n’est pas une fin en soi.

Anne Perrault a étudié les systèmes d’information en management et gestion à Montpellier. Elle a suivi cette formation dans une école d’ingénieurs. "Je voulais à la base être enseignante. J’ai donc d’abord suivi un DUT en informatique." Elle comptait entrer à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM, ex-Espe) pour pouvoir ensuite enseigner l’informatique. "À l’époque, je sentais que ce secteur allait devenir important." Finalement, en raison d’une réforme de l’accès à l’IUFM, et parce qu’elle avait de bons résultats, elle est entrée en école d’ingénieurs.

Elle a travaillé, toujours à Montpellier, pendant huit ans comme directrice de projet internet. Mais, elle ne s’est pas sentie à sa place. "Cela ne me convenait pas, j’ai arrêté et cherché à retourner vers l’enseignement." Elle a trouvé un poste dans une association de réinsertion d’adultes en grandes difficultés. "Et j’ai adoré ça !" Elle a quitté le monde du business pour celui de l’entraide. En parallèle, elle a étudié la psychologie.

Un jour, l’association a fermé ses portes. Anne Perrault s’est formée à la réflexologie plantaire, le massage, elle a assuré des formations en technique de santé et bien-être. Un nouveau monde qu’elle a également "adoré" car "les clients venaient pour un soin et profitaient de l’occasion pour déposer leur sac". Il s’agissait alors d’écouter, d’être dans l’empathie, de faire preuve de bienveillance, d’être dans "l’aide à l’autre". Des valeurs profondément ancrées chez Anne Perrault. "J’ai été élevée comme ça", justifie-t-elle. Pour preuve, s’il fallait, elle a aussi longtemps été bénévole aux Restos du cœur.

L’annonce de la maladie, le choc

En 2008, elle s’est installée en Polynésie, a ouvert son cabinet de massages, proposé des formations. Une situation qui l’enchantait et qui a duré six ans. En 2014, lors d’une mammographie de contrôle, un médecin lui a annoncé la maladie. Un cancer. Le choc. "La surprise était de taille, car je ne m’y attendais absolument pas." Elle a ensuite enchaîné : mastectomie, chimiothérapie, radiothérapie. "Cela a été un grand bouleversement dans ma vie." D’autant qu’elle souffre depuis d’effets secondaires suite aux traitements reçus. Elle n’a donc pas pu reprendre son activité professionnelle. "Ce qui a été très dur à accepter."

Elle a découvert l’association les Amazones Pacific en 2018. Elle venait de voir le jour, fondée par Mélanie. Lorsque cette dernière a quitté son rôle de présidente, Anne Perrault a trouvé tout naturel de poser sa candidature. Depuis, elle ne ménage pas ses efforts pour répondre aux besoins des unes et des autres. Elle espère voir se lancer de nouveaux ateliers liés par exemple à la nutrition, l’éducation thérapeutique. Elle souhaite étendre la communication à propos de l’association auprès des pharmacies, établissements de santé, professionnels de santé pour accueillir de nouvelles Amazones. Elles sont actuellement entre 65 et 70, mais malheureusement ce n’est qu’une infime partie des femmes touchées par la maladie. Une maladie dont la prévalence ne cesse de croître.


Contacts

Tél. : 87 38 90 39
Mail : [email protected]

Pratique

Permanence au fare Amazones le mardi de 9 heures à 14 heures et le mercredi de 12 heures à 16h30.
Les locaux se trouvent dans la vallée de Tipaerui, face à TSP.
Les lieux et ateliers sont réservés aux Amazones.
Adhésion : 1 000 Fcfp.

Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 14 Juillet 2021 à 09:55 | Lu 1353 fois