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A la COP26, de jeunes voix pour défendre les pays du Sud, plus exposés


"Quand nous avons commencé, nous voulions juste un groupe de discussion pour parler et se sentir en confiance", se souvient Mitzi Jonelle Tan. Jam STA ROSA / AFP
"Quand nous avons commencé, nous voulions juste un groupe de discussion pour parler et se sentir en confiance", se souvient Mitzi Jonelle Tan. Jam STA ROSA / AFP
Paris, France | AFP | mardi 11/10/2021 - Kevin Mtai, 26 ans, Mitzi Jonelle Tan, 23 ans, font partie des jeunes militants qui se rendront à Glasgow pour la COP26 afin de défendre la voix des pays en développement auprès des dirigeants, après l'avoir déjà portée au sein du mouvement de la jeunesse Fridays For Future.

Le Kenyan et la Philippine ont pu réunir les fonds nécessaires au voyage en Europe, contrairement à d'autres militants de pays en développement dont beaucoup n'ont par ailleurs pas accès aux vaccins contre le Covid-19 exigés pour se rendre en Ecosse.

"Il faut que les dirigeants entendent nos histoires, ils ne savent pas ce que c'est que d'avoir peur pour sa vie à cause des inondations", explique à l'AFP Mitzi Jonelle Tan qui vit à Marikina, une ville régulièrement frappée par des typhons.

De plus, "il ne s'agit pas seulement de réduire les émissions de CO2" pour lutter contre le changement climatique, "mais aussi de la manière dont c'est fait", poursuit la jeune femme, alors que l'extraction de métaux et de minéraux nécessaires à la transition énergétique s'effectue parfois au détriment des droits humains, selon le Business & Human Rights Resource Centre.

En entamant en 2018, à 15 ans, sa grève pour le climat en Suède, Greta Thunberg a lancé un mouvement, Fridays For Future et inspiré de nombreux jeunes. Des marches monstres ont réuni des centaines de milliers de jeunes surtout dans des pays développés - Etats-Unis, Australie, Canada, Allemagne ou encore Belgique, et dans une moindre mesure dans des pays en développement.

En août 2019, 400 d'entre eux, surtout venus d'Europe, se retrouvaient en Suisse pour échanger.

Mais ces rendez-vous ont été stoppés net par la pandémie de Covid-19, faisant basculer leur mouvement sur internet avec pour conséquence de précipiter un rapprochement entre jeunes du Nord et jeunes du Sud.

"En ligne, les distances entre pays du Nord et pays du Sud deviennent moins pertinentes", relève Joost de Moor, chercheur à Sciences Po Paris. "La crise du coronavirus a été un moment de réflexion, une plus grande prise de conscience politique, y compris concernant les problèmes des pays en développement", poursuit-il.

Initiatives locales

Kevin Mtai et Mitzi Jonelle Tan font partie du groupe des "personnes et régions les plus affectées" au sein de Fridays For Future, qui insiste pour que la crise climatique soit liée à d'autres "injustices systémiques".

"Quand nous avons commencé, nous voulions juste un groupe de discussion pour parler et se sentir en confiance", se souvient Mitzi Jonelle Tan. Les groupes se sont multipliés. Des longs échanges ont été organisés entre militants des deux hémisphères, leur permettant d'échanger points de vue et expérience.

Certains craignaient que le changement climatique soit occulté par d'autres problématiques, raconte-t-elle. "Mais les gens ont fini par comprendre que sans cela, les personnes les plus touchées seraient laissées pour compte", poursuit-elle.

"Pour les jeunes environnementalistes des pays en voie de développement, le changement climatique affecte directement leur qualité de vie, leurs logements et leur capacité à se fournir en nourriture", explique Sarah Pickard, chercheuse à l'université Paris 3.

Au Kenya, Kevin Mtai croit aux initiatives locales et a lancé du jardinage dans des écoles et des orphelinats.  Mais ces projets peuvent être difficiles à mettre en oeuvre. "Vous êtes seul, ou avec quelques volontaires", déplore-t-il.

La participation à Fridays for Future lui a toutefois permis d'obtenir de l'aide d'autres organisations et de financeurs pour son projet.

Pression de la rue

Participer à un mouvement mondial permet de mettre en avant des actions locales, mais aussi de "mettre la pression sur des régimes qui ne sont pas particulièrement ouverts à la critique de l'intérieur", analyse Dana Fisher, de l'université du Maryland.

En Bolivie par exemple, la mobilisation des jeunes a mis en avant les feux de forêt qui ont détruit des millions d'hectares ces dernières années.

Les jeunes militants interrogés par l'AFP abordent la COP26 avec des sentiments mitigés. Catalina Reyes Vargas, 25 ans, ne pourra pas se rendre de Colombie en Ecosse. Elle juge ce rendez-vous "historique", mais n'en attend pas grand-chose. 

"Il faudra faire très attention à ce qui sera dit, mais une grande partie du travail sera fait par les militants climatiques", juge-t-elle.

"Le véritable changement vient de la rue", abonde Mitzi Jonelle Tan. "Nous devons faire tellement de bruit qu'ils ne puissent pas nous ignorer."

le Mardi 12 Octobre 2021 à 01:26 | Lu 144 fois