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À l'UPF, l'Océanie partage ses visions de la "Pacific Way"


Tahiti, le 17 octobre 2022 – L'Université de la Polynésie française (UPF) accueille de mardi à jeudi un colloque international baptisé "Pacific Way, 50 ans après". Chercheurs, juristes, historiens, anthropologues, politologues et universitaires originaires de toutes l'Océanie se pencheront sur le devenir de la méthode de gouvernance "consensuelle" au sein des pays du Pacifique, sacralisée par la formule du Premier ministre fidjien Sir Ratu Kamisese Mara à l'ONU en 1970. Co-organisateur du colloque, avec le Centre de recherche et de documentation sur l'Océanie (Credo) d'Aix-Marseille, le politologue de l'UPF Sémir Al Wardi pose les bases de cette réflexion qui résonne particulièrement dans le contexte géopolitique actuel bouillonnant du Pacifique.
 
Qu'est-ce qu'on appelle la "Pacific Way" au cœur du colloque que vous organisez cette semaine à l'UPF ?
 
"C'est le Premier ministre fidjien, Sir Ratu Kamisese Mara, qui va en réalité créer ce terme. Pour lui, c'était destiné aux affaires intérieures de Fidji, qui comprenait autant d'Indiens que de Fidjiens. Et il fallait, pour lui, inclure toutes ces communautés quelles que soient les croyances, les ethnies ou les religions. Cette première approche avait un objectif intérieur. Mais après, on a reparlé de cette "Pacific Way" dans le reste de l'Océanie au moment des décolonisations justement, parce qu'il pouvait y avoir plusieurs communautés qui se retrouvaient à coexister au même endroit. Et puis enfin, un peu plus tard, le même Sir Ratu Kamisese Mara a fait un discours à l'ONU lors duquel il a réintroduit le concept de Pacific Way, qui portait cette fois-ci beaucoup plus sur la volonté de régler les problèmes régionaux. Mais de façon "pacifique" justement. Et en étant, si possible, entre soi. Et cette définition, on peut le dire, est celle qui prévaut dans la gouvernance du Forum des îles du Pacifique. Où on n'a pas véritablement de vote. Où toutes les choses se font sur consensus… On discute bien en amont des problèmes. On veut arriver à un consensus général. Et puis, à un moment donné, quand on a la réunion du Forum, on prend la décision et la décision est consensuelle. Il n'y a pas de majorité. C'est une méthode de gouvernance."
 
Et votre colloque s'intéresse à l'importance de cette méthode de gouvernance dans la région Pacifique ?
 
"Ce qu'on voulait savoir, 50 ans après, c'est ce que devient la "Pacific Way" ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Depuis la Nouvelle-Zélande, jusqu'aux Samoa, en passant par le Vanuatu, l'Australie… Dans toute l'Océanie. Chacun va apporter sa vision de ce qu'est devenu le "Pacific Way". Ce qui est intéressant, c'est que ce colloque porte sur plusieurs domaines. Le droit, le foncier, l'économie, les champs anthropologique, politique et historique… On aborde tous les domaines pour savoir ce qu'est devenu ce Pacific Way."
 
Du point de vue de la Polynésie française, y a-t-il des restes d'une "Pacific Way" ?
 
"Pour ma part, j'interviens justement sur la Polynésie française. Et je démontre que nous avons un fonctionnement, comme beaucoup de pays en Océanie, sur un système majoritaire pour les affaires intérieures. Et là, on n'est pas du tout dans ce consensus. De toutes façons, quand on regarde les définitions des démocraties, la démocratie consensuelle est plutôt rare. En démocratie, on a affaire à des antagonismes d'opinions. C'est la majorité qui l'emporte et la minorité qui attend patiemment les élections suivantes. En Polynésie française, on est dans ce type de gouvernance. Mais c'est à l'instar de toutes les démocraties et de la plupart des pays de l'Océanie pour les affaires intérieures, où clairement le Pacific Way ne fonctionne pas. Même à Fidji, il y a eu des coups d'État en 1987 et 2006. Dans l'Océanie, il y a des instabilités politiques chroniques partout, des gouvernements qui tombent… Finalement, le consensus n'a pas existé et a volé en éclat dans toutes les affaires intérieures de ces territoires insulaires."
 
Restent les affaires extérieures ?
 
"Ce consensus reste en effet beaucoup plus dans les relations internationales. C'est vraiment au Forum des îles du Pacifique qu'il y a des intentions de maintenir ce type de gouvernance. D'ailleurs, on peut voir comment la Polynésie est entrée dans le Forum, 'aidée' -on va dire- par le clan des Polynésiens. C'est très intéressant à suivre de ce point de vue."
 
Ce colloque doit également aboutir à la mise en place d'un réseau régional : l'Observatoire dans le Pacifique des Expressions de la Démocratie ?
 
"C'est prévu jeudi après-midi. Puisqu'on parle de gouvernance -démocratique et plus ou moins consensuelle- on s'est dit que c'était le moment de monter -ici à l'Université- un observatoire des démocraties en Océanie. Ceci pour nous permettre d'analyser les progrès et la façon dont les démocraties sont organisées dans le Pacifique. C'est intéressant parce que, je le rappelle par exemple, l'un des critères d'adhésion à l'IndoPacifique, c'est d'être une démocratie."
 

Le programme détaillé

Cliquez sur le programme pour l'agrandir et le consulter.
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Mardi 18, mercredi 19 et jeudi 20 octobre, de 8h30 à 18h à l'Université de la Polynésie française, amphithéâtre A2, campus de Outumaoro.

Rédigé par Antoine Samoyeau le Lundi 17 Octobre 2022 à 15:02 | Lu 985 fois