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A Here ia Porinetia veut une révision du statut


Tahiti, le 20 mai 2021 - Nicole Sanquer et Nuihau Laurey demandent une révision du statut de la Polynésie, pour réduire le nombre d'élus à l'assemblée mais également fixer leur mandat et ceux des tavana à deux maximums. Ils considèrent que “l’autonomie a atteint ses limites”. 
 
Les représentants Nicole Sanquer et Nuihau Laurey, du mouvement A Here ia Porinetia, ont invité les médias hier à une conférence de presse. Plusieurs sujets à l'ordre du jour, tels que la réouverture des frontières, la situation économique du Pays ou encore la révision de notre statut. Nicole Sanquer a rappelé que le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu avait été “très ferme” quant à la réouverture de nos frontières, conditionnée à la vaccination de 70% de notre population. “Ce qui a choqué plus d'un, puis le revirement de l'Etat est tombé”, a ironisé l'élue. Elle appelle néanmoins à la “vigilance” et rappelle que, la semaine dernière, un cluster est encore apparu à Moorea. Pour la représentante, le vaccin est “efficace” contre le Covid mais pas totalement contre les variants. L'exemption de quarantaine présente donc un risque. 
 
Nuihau Laurey a été plus incisif contre le ministre des Outre-mer sur la question du nucléaire. L'élu conseille au ministre de relire l'histoire de la Polynésie concernant les essais, même s'il n'était “pas né” à cette époque. “C’est la commission permanente qui a validé l'installation du CEP, alors que pour des décisions aussi importantes c'est l'assemblée plénière qui doit prendre les décisions”. Pour la table ronde prévue en juin prochain, Nicole Sanquer appelle les responsables de l'Etat et du Pays à s'appuyer sur le rapport et les préconisations réalisés par la commission Erom en 2018 pour que “l’on passe à l'action”.

“République bananière”

La situation économique du Pays a également longuement été évoquée par l'ancien Grand argentier du Pays. Pour Nuihau Laurey, la situation économique est “compliquée” pour les entreprises du fenua et celle-ci risque, selon lui, de perdurer jusqu'en 2022. Il souligne que cette crise a mis en exergue des “dysfonctionnement majeurs” sur les plans institutionnel et économique. Pour le représentant, la Polynésie est devenue “complètement dominée et étouffée par l'administration” avec une pléthore de taxes, de procédures administratives et de dérives “clientélistes”. “On a aujourd'hui toutes les caractéristiques d'une république bananière”
 
Il rappelle que le budget de l'administration s'élève à 47 milliards de Fcfp, soit “la moitié des impôts payés par tous les polynésiens”. Une situation qui, selon lui, devient difficile à supporter pour la population. Pour y remédier, Nuihau Laurey demande au gouvernement de “réduire massivement les dépenses publiques” car “ce n'est pas l'administration qui va développer le Pays”. Il exhorte également le gouvernement à réduire la fiscalité des petites entreprises ou encore des petits entrepreneurs afin qu'ils se développent et prospèrent. L'ancien sénateur a insisté sur “le clientélisme”, évoqué lors du récent colloque sur les atteintes à la probité à l'UPF. Pour Nuihau Laurey, la “distribution” des CAE ou des matériaux de construction dans nos îles “n’est pas normale”. Il considère cette situation comme relevant d'une “relation malsaine entre le Pays et les communes”.

Clarification institutionnelle

Nuihau Laurey est également longuement revenu sur la situation institutionnelle du Pays, pointant des dysfonctionnements et rappelant le rejet par le tribunal administratif de mesures “privatives des libertés individuelles” prises par le gouvernement. Sur plusieurs compétences, Nuihau Laurey demande une “clarification institutionnelle” et se dit favorable à une révision du statut de la Polynésie française. Selon lui, il est temps à l'approche des élections présidentielles de “reconsidérer notre relation avec l'Etat” car “l’autonomie a atteint ses limites”. 
 
Mesure assez électoraliste, l'élu veut fixer à maximum deux le nombre de mandats des élus de l'assemblée et des tavana pour s'aligner sur le président du Pays. Une façon, selon lui, que “ces personnes ne fassent pas de la politique un métier”, d'éviter les dérives clientélistes et de renouveler la classe politique : “Il ne faut pas compter sur la bonne volonté des hommes pour céder leur place à d'autres”. Dans la même idée d'une révision statutaire, il demande également à ce que le nombre d'élus à l'assemblée diminue pour diminuer leur coût pour les contribuables polynésiens : 2,4 milliards de Fcfp par an. Il justifie d'ailleurs cette position par l'inexistence de débats au sein de l'hémicycle : “On a une majorité pléthorique qui ne fait qu'approuver ce que le gouvernement fait”.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 20 Mai 2021 à 18:49 | Lu 1710 fois