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23 ans de réclusion pour le crime de Pirae


Tahiti, le 24 novembre 2022 – Au terme de trois jours d'un procès particulièrement intense, les jurés de la cour d'assises de Papeete ont condamné jeudi le maçon de 35 ans poursuivi pour l'assassinat du compagnon de son ex-femme à 23 ans de réclusion criminelle sans peine de sûreté. L'avocat général avait requis vingt ans de prison ferme. 
 
Au terme de cinq heures de délibération, les jurés de la cour d'assises de Papeete ont condamné jeudi après-midi l'accusé poursuivi pour l'assassinat du compagnon de son ex-femme et des violences commises sur cette dernière, le 18 juillet 2020 à Pirae, à 23 ans de réclusion criminelle. Les jurés ont retenu la préméditation en estimant que ce maçon, qui n'avait pas supporté que sa femme le quitte, s'était bien rendu au domicile de son rival pour le tuer. L'homme a également été reconnu coupable d'avoir violemment frappé son ex-conjointe. Le jour du drame, après avoir poignardé la victime, il s'était acharné sur la jeune femme et lui avait cassé le bras. 
 
Lors de ses réquisitions intervenues plus tôt dans la journée, l'avocat général s'était attardé sur le mobile de l'accusé, sa “jalousie” renforcée par “l'attitude ambigüe” de son ex-compagne “face à l'extrême violence dont il savait faire preuve”. “En tous cas, les planches photographiques nous montrent une scène d'horreur où l'accusé épris de vengeance a piqué la victime à plusieurs reprises et a tenté de la piquer de nombreuses fois. Il a ensuite évolué pendant de longues minutes sans s'apaiser, frappant la victime puis son ex-compagne, sans être repu de cette violence, de ce sang. Il lui en fallait encore et encore, il lui fallait venger l'offense qui lui avait été faite par les deux amants et les punir.” Sur la notion de préméditation, véritable enjeu de ce procès, l'avocat général a soutenu que “même si l'accusé a nié avoir eu la volonté de tuer et d'avoir prémédité ses actes”, l'analyse des faits “démontre qu'en se rendant au domicile de la victime, l'accusé avait la ferme intention de porter atteinte aux jours de ce dernier”. Vingt ans de prison avec une peine de sûreté aux deux-tiers avait finalement été requis. 
 
Pas de “plan spécifique”
 
Et comme l'on pouvait s'y attendre, l'avocat de l'accusé, Me John Tefan, a tenté de démontrer lors de sa plaidoirie que son client n'avait pas prémédité son geste : “Il ne voulait pas le tuer et n'a pas mis en place un plan spécifique pour ce faire. Dans sa tête c'était comme un film, il était dans une forme de délire. Sa seule préoccupation était de récupérer sa femme.” Pour l'avocat, le déferlement de violences a été causé par la “frustration”, la “jalousie et l'angoisse” Abordant ensuite la relation de son client avec son ex-compagne, MeTefan a tenu à préciser que les violences n'étaient pas “continues” : “En entendant l'avocat général et les parties civiles, on pourrait croire que les violences ont été quasi quotidiennes dans le couple. Or, ce n'était pas la réalité.” 
 
Invité à s'exprimer avant la clôture des débats comme le veut l’usage, l'accusé a longuement présenté ses excuses aux proches des victimes mais aussi à sa propre famille. “Je voulais demander pardon pour ce que j'ai fait même si c'est impardonnable. J'ai fait quelque chose de mal mais je ne sais pas comment réparer.”S'adressant à la fille de la victime, qui lui avait écrit pour lui dire qu'elle lui pardonnait, l'accusé l'a remerciée.“Tu peux m'écrire en prison, je te répondrai”. À l'annonce du verdict, l'homme, qui a eu le droit de revoir ses enfants durant la période de délibération, n'a pas cillé. Condamné à 23 ans de réclusion criminelle, il a désormais dix jours pour faire appel.
 

Rédigé par Garance Colbert le Jeudi 24 Novembre 2022 à 18:50 | Lu 1679 fois