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20 ans ferme pour avoir étranglé sa compagne


Tahiti, le 25 février 2022 Au terme de deux jours de procès, l'ancien manutentionnaire jugé devant la cour d'assises depuis jeudi matin pour avoir étranglé sa compagne le 30 novembre 2018 à Tiarei, a été condamné vendredi à 20 ans de prison ferme. Les jurés ont ainsi suivi les réquisitions de l'avocat général. 
 
Il encourait la perpétuité, il a finalement écopé de vingt ans de prison ferme sans période de sûreté. L'ancien manutentionnaire et père de quatre enfants qui comparaissait devant la cour d'assises depuis jeudi matin pour le meurtre de sa compagne, a été reconnu coupable de meurtre sur sa concubine vendredi. La victime, âgée de 51 ans, était décédée le 30 novembre 2018 après avoir été longuement étranglée sur fond de dispute du couple liée à la jalousie. L'accusé, veuf et dont l'épouse était enterrée dans son jardin, n'avait en effet pas supporté que sa nouvelle compagne l'insulte et lui dise d'aller chercher sa femme “dans le trou”.
 
Après avoir délibéré durant un peu moins de trois heures, les jurés de la cour d'assises ont ainsi suivi les réquisitions du parquet général qui leur avait demandé de prononcer vingt ans de réclusion criminelle à l'encontre de l'accusé. Ils n'ont cependant pas suivi la demande des deux tiers de sûreté qui avaient été requis par le représentant du ministère public. 
 
Une mère aimante
 
Jeudi, la première journée de procès avait été consacrée à l'audition des témoins et de l'accusé. Vendredi, ce sont les enfants de la victime qui sont venus à la barre pour dépeindre une mère “aimante” et présente pour les siens ainsi que pour exprimer leur douleur. Ils ont notamment décrit l'enfance de la victime, marquée par les décès consécutifs de son père et de sa mère alors qu'elle n'était qu'une petite fille. 
 
C'est ensuite l'expert psychiatre qui avait examiné l'accusé quelques mois après les faits qui s'est exprimé. Il a expliqué qu'après le décès de sa femme, l'intéressé était devenu “alcoolique sans en avoir conscience”. Selon le médecin, c'est d'ailleurs son “imprégnation alcoolique” le soir des faits qui est à l'origine du drame. 
 
Intention de tuer
 
L'instruction du dossier terminée, Me Annick Allain-Sacault a plaidé pour les parties civiles en rappelant tout d'abord que la Polynésie était le deuxième territoire le plus touché au niveau national par les homicides sur conjoint. Elle a ensuite évoqué le geste de l'accusé, un “homme calme et sans histoire”, dont l'“intention de tuer” sa compagne avait pourtant été “bien réelle”. Tel que cela avait été mis en lumière par le directeur d'enquête au premier jour de ce procès jeudi, elle a affirmé que ce drame était en grande partie lié à l'“alcoolisation” du couple. 
Reprenant la même analyse, l'avocat général a, lui aussi, soutenu lors de ses réquisitions que l'accusé avait bien eu l'intention d'ôter la vie de sa compagne. “Le temps de strangulation montre la détermination de l'accusé. Il était face à des signes de détresse vitale mais a continué malgré l'agonie de sa victime”, a-t-il asséné avant de requérir vingt ans de prison assortis des deux-tiers de sûreté. 
 
Souffrances endurées
 
En défense pour l'accusé et face à ces faits particulièrement violents, Me Loris Peytavit a rappelé que durant l'année qui a précédé les faits, son client avait perdu sa femme et sa mère “coup sur coup”. Il a soutenu la thèse selon laquelle l'accusé avait perdu le contrôle de lui-même après avoir été insulté par la victime. “Lorsqu'elle lui a dit qu'il n'avait qu'à aller chercher sa femme dans le trou, cela l'a fait exploser. Toutes les souffrances endurées sont ressorties”. L'avocat a cependant demandé aux jurés d'ajuster la peine au regard du profil de l'accusé, un homme “réinsérable” qui devrait avoir un jour “le droit de reprendre la vie qu'il a toujours eue”.
 
Après trois heures de délibération, les jurés ont condamné l'accusé à 20 ans de prison. 

 

Rédigé par Garance Colbert le Vendredi 25 Février 2022 à 18:23 | Lu 1240 fois