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20 ans de réclusion pour l’assassin de Toahotu



Tahiti, le 8 septembre 2020 - Au terme de deux jours de procès mardi, la cour d’assises de Papeete a condamné Steeve Bruneau à vingt ans de réclusion criminelle. Cet homme de 21 ans était poursuivi pour avoir assassiné un homme de 26 ans le 28 octobre 2017 à Toahotu, à l’aide d’un pied de biche qu’il avait préalablement caché dans un caniveau.
 
Steeve Bruneau a échappé à la perpétuité. Ce primo délinquant de 21 ans a été condamné mardi par la cour d’assises de Papeete à la peine de 20 ans de prison pour un assassinat commis à l’aide d’un pied de biche le 28 octobre 2017 à Toahotu. Assassinat commis, selon ses déclarations, sur fond de règlement de compte lié au trafic de stupéfiants. En ce deuxième jour de procès, les débats avaient débuté par l’audition d’une jeune mère de famille, témoin clé de cette affaire puisque c’est elle qui avait aperçu l’accusé le soir des faits, non loin des lieux du crime. Dans la soirée du 28 octobre, Steeve Bruneau l’avait en effet abordée. Il aurait, selon ses dires, eu un rapport sexuel avec elle. Un rapport contesté par la jeune femme qui a témoigné devant la cour d’assises, malgré des trous de mémoire flagrants sur les déclarations qu’elle avait pu faire lors de son audition. Alors que l’accusé indiquait qu’il avait "bien couché avec une nana" le soir des faits, le témoin a précisé : "Pas avec moi". Sous le feu nourri des questions de la défense visant à la discréditer, la mère de famille a finalement concédé qu’elle avait parfois des absences notamment liées à sa consommation d’alcool. 
 
Le médecin légiste a ensuite expliqué que, bien que douze plaies aient été relevées sur le corps de la victime, la version de l’accusé selon laquelle il n’avait porté que quatre coups de pied de biche était compatible avec le rapport d’autopsie. Un coup de pied de biche pouvant en effet causer plusieurs blessures en même temps. 
 

Une exécution

Alors que la victime avait été décrite, durant ces deux jours de procès, comme un jeune homme toxicomane et souffrant de bipolarité, l’avocate de sa famille, Me Algan, a rappelé lors de sa plaidoirie, que ses parents avaient tenté beaucoup de choses pour l’aider et qu’ils avaient entamé une procédure de mise sous tutelle quelques semaines avant son décès. "C’était un jeune homme qui avait besoin de compagnie et d’être entouré. C’est pour cela qu’il avait pris des colocataires sur le terrain familial de Toahotu. Ses colocataires lui préparaient ses repas et l’accompagnaient dans la vie de tous les jours." Après avoir évoqué la personnalité du défunt, Me Algan en est venu aux faits en soulignant la faiblesse du mobile invoqué par Steeve Bruneau : "Lorsqu’il dit que cette dette était une raison de le tuer, cela fait froid dans le dos." L’avocate s’est dite "interloquée" que l’accusé ait, lors de ses premières auditions, tenté d’orienter les enquêteurs vers de potentiels auteurs du crime. "Non seulement, il a enlevé un fils et un frère à une famille mais il a empêché cette famille d’avoir des réponses rapidement". Elle a dénoncé le comportement de Steeve Bruneau devant la cour, les deux mains posées sur la barre de son box comme "celui qui veut garder le contrôle des débats". En conclusion, Me Algan a fustigé un "crime gratuit" sans véritable mobile défini : "Lorsque l’on regarde l’état du corps de la victime, on voit bien que l’accusé lui en voulait à mort. Ce dernier n’est pas venu pour lui donner un avertissement mais pour l’exécuter."
 
Avant de présenter ses réquisitions, l’avocat général, Robert Danielsson, a déploré que la Polynésie, "notre pays", soit "profondément gangrénée par la consommation et le trafic de stupéfiants" qui ont pris une "énorme ampleur ces vingt dernières années". Le représentant du ministère public s’est ensuite minutieusement attelé à démontrer l’intention de tuer de l’accusé qui s’était "acharné" sur la victime en lui portant des coups de "toutes ses forces". "Après avoir frappé ce jeune homme, il est resté sur place au moins trente minutes pour s’assurer qu’il était bien mort. Il l’a regardé mourir." Malgré de lourdes réquisitions demandant une peine comprise entre 25 et 30 ans, l’avocat général a rappelé aux jurés de la cour d’assises que l’accusé serait un jour "réinséré" pour pouvoir "revenir parmi nous". Il a terminé ses réquisitions en qualifiant l’assassinat de "crime le plus abject et le plus violent". "Cet acharnement, le fait de tuer la victime de cette manière, c’est comme s’il avait tué un chien".

Le dossier de l'"aveu"

Face à l’extrême violence reprochée à son client, Me Bennouar a tenu à rappeler que ce dossier était celui de l'"aveu" : "S’il n’avait rien dit, il ne se serait rien passé et peut-être que nous serions encore en train de le chercher. Il a levé le doute alors qu’il n’y avait pas d’arme du crime et pas d’ADN." Pour l’avocat, ce crime est loin d’être un crime gratuit comme l’avait avancé l’avocate des parties civiles. Il s’agit plutôt d’un crime né du terreau de la "misère" et des "addictions au sens large". "Nous parlons de personnes qui se trouvaient dans le milieu de la délinquance. Le monde du trafic de stupéfiants est un monde à part où il se passe des choses à part." Évoquant la réclusion criminelle à perpétuité encourue par son client de 21 ans, Me Bennouar a souligné son jeune âge au moment des faits et a affirmé que cette peine était destinée à des cas désespérés qui ont déjà été "prévenus" et qui ont continué. L’avocat a également demandé aux jurés de ne pas retenir la préméditation car, même si son client avait caché le pied de biche, cela ne démontrait pas qu’il comptait l’utiliser à des fins mortelles mais plutôt pour pouvoir se défendre face à un homme plus costaud que lui.  "Le condamner à la perpétuité, c’est comme le tuer et ne lui laisser aucun espoir. C’est un jeune homme qui n’a pas été averti par la vie, et auquel il faut laisser une chance résiduelle". 
 
Les jurés, qui ont retenu la préméditation, auront finalement choisi de laisser l’accusé revenir, un jour, parmi nous, en le condamnant à vingt ans de prison ferme. 

 


Rédigé par Garance Colbert le Mardi 8 Septembre 2020 à 19:29 | Lu 1432 fois





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