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1912 : Tahiti au temps des premiers tournages


Tahiti, le 29 octobre 2021 - Quand on parle de célèbres tournages à Tahiti et dans nos îles, on pense bien sûr immanquablement aux deux versions des révoltés de la Bounty, celle de 1983 avec Mel Gibson bien entendu, mais surtout celle de 1962 avec Marlon Brando dans le rôle titre. Il y en eut d’autres avant dont Tabu de Murnau, tourné fin 1929 et en 1930 à Bora Bora, présenté au public en 1931. On parle de Murnau, mais pour être complet, à Friedrich Wilhelm Murnau, il faut ajouter le réalisateur Robert Flaherty. Mais ça serait oublier un peu vite Gaston Mélies...

À quelle date ont précisément commencé les premiers tournages cinématographies à Tahiti ? On sait qu’en 1907, à bord du yacht de Jack London, le Snark, un dénommé Léopold Sutto a ramené, pour le compte de la société française Pathé Frères, les premières images tournées en Océanie, en l’occurrence une “Pêche à la dynamite dans les îles Salomon”. Le film aurait été monté et présenté au public en 1909. Mais les Salomon, c’est tout de même bien loin de chez nous...
 
Une étrange troupe à Tahiti
 
A Tahiti, il fallut attendre 1912 pour voir débarquer une étrange équipe de tournage, en provenance de la côte ouest des États-Unis, emmenée par un Français, Gaston Méliès, frère du célèbre Georges Méliès.

Entre les deux frères, ce n’était plus l’entente cordiale. Georges avait envoyé Gaston à New York en 1902 car il en avait assez de voir toutes les œuvres de sa société, la Méliès Star Film, pillées par des “pirates”, sachant qu’à défaut de copyright à l’époque, il était bien difficile d’éviter les plagiats et les copies. Depuis son bureau dans Manhattan, Gaston remit certes de l’ordre aux États-Unis dans les affaires de la société familiale, mais il se voyait mal passer sa vie enfermé. 

Ce qu’il voulait, lui aussi, c’était tourner. Or, à New-York, la lumière était insuffisante une grande partie de l’année. Gaston profita de l’occasion qui lui fut donnée de monter une succursale à Chicago en 1908, mais si le business était intéressant, en revanche, côté lumière, c’était pire que New-York. 
 

Gaston Méliès n’a jamais atteint la célébrité de son frère, prestidigitateur puis créateur de génie à partir de son studio, (alors que Gaston préférait le plein air).
Gaston Méliès n’a jamais atteint la célébrité de son frère, prestidigitateur puis créateur de génie à partir de son studio, (alors que Gaston préférait le plein air).
Au soleil du Texas, puis de la Californie
 
En quête de soleil, Méliès s’installa d’abord à Fort Lee, dans le New Jersey, puis à San Antonio, au Texas : inspiré par la formidable tournée de Buffalo Bill avec son cirque de cow-boys et d’Indiens, Gaston monta une troupe et se mit à mettre en scène les premiers westerns ; mais le succès se faisait attendre. On lui doit toutefois le tournage du premier film sur la bataille de Fort Alamo qui opposa une troupe d’Américains, dont Davy Crockett, à l’armée mexicaine emmenée par le général Santa Anna (cinquante ans avant le grand classique de John Wayne). 
 
Finalement, en 1909, il déménagea une fois de plus pour planter ses studios à Santa Paula, proche de Los Angeles. Il y rapatria son équipe où là enfin la lumière était parfaite et les infrastructures urbaines idéales pour travailler dans de bonnes conditions. Mais la concurrence était rude, les thèmes éculés (piètres westerns, ruée vers l’or…) et Gaston sentait bien que s’il ne trouvait pas l’idée du siècle, il serait condamné à végéter et à jouer, en quelque sorte, les seconds rôles en tant que réalisateur et producteur de films.

Papeete ressemblait à cela lors du passage de l’équipe de Méliès.
Papeete ressemblait à cela lors du passage de l’équipe de Méliès.
Un nouveau créneau, l’exotisme
 
De plus en plus en froid avec son frère Georges, Gaston se lança dans une aventure que personne n’avait osé faire avant lui : explorer un nouveau créneau pour le cinéma, l’exotisme. Il aurait pu choisir la facilité et se rendre aux îles Hawaii, mais non, à grand frais il loua un bateau (la goélette Moana) et partit à l’aventure dans les Mers du Sud, bien décidé à ramener une moisson d’images jamais vues. 

Cette expédition (qui dura de juillet 1912 à mai 1913) devait lui rapporter la fortune mais aussi et surtout la gloire à laquelle il aspirait, trop caché qu’il était à son goût dans l’ombre de son génial frère.
 
Comble des combles, Gaston ne toucha pas un mot de ce projet tout de même énorme pour l’époque à Georges qui apprécia plus que modérément cette vaste opération aussi secrète que coûteuse.

Le 24 juillet 1912, avec sa jeune épouse et sa troupe de “cow-boys” et de techniciens (au total vingt-deux personnes, toutes américaines), il embarqua à San Francisco, cap sur Tahiti. C’était là, il en était convaincu, qu’il allait trouver ce paradis des Mers du Sud qui devait lui permettre de tourner des fictions, mais aussi des documentaires qui allaient reléguer la pêche à la dynamite de Sutto au rang de bricolage…

Le marché de Papeete, trop moderne aux yeux des Américains.
Le marché de Papeete, trop moderne aux yeux des Américains.
Le visage de l’Oncle Sam
 
Oui mais voilà : Tahiti n’était pas Los Angeles. Il fallait loger tout ce petit monde, les prix étaient élevés, les hôtels pas aux normes d’exigence des Américains ; quant aux Tahitiens de Papeete, bien trop “civilisés” au goût de Méliès, ils ne risquaient pas de se prêter à des documentaires entre sauvagerie et exotisme débridé. 
Bref, rien n’allait comme le souhaitait le réalisateur qui décida finalement de s’installer à Papara, district plus authentique que Papeete. 
 
Par le père O’Reilly, on en sait un peu plus sur cette équipe, à commencer par Madame Méliès, jugée charmante tandis que lui “avec ses cheveux gris et broussailleux, ses yeux aigus, sa longue impériale, il s’est fait le visage que les caricaturistes prêtent à l’Oncle Sam”
 
Le scénariste Stanley Lee, diplômé de l’université d’Edimbourg, était celui qui devait écrire au plus vite des scénarios ; pas vraiment informé de sa destination, il s’attendait à trouver une population adepte du base-ball et travaillant dans des ranchs. Il lui fallut donc très rapidement changer de fuseau horaire et se mettre au travail pour “pondre” des scénarios tenant la route et adaptés à ce nouvel environnement. 

La belle, le beau et la bête
 
Méliès avait également dans ses bagages la belle Miss Bella, vedette de ses fictions, qui, disait-on, savait tout faire en bonne actrice de westerns : cavalière émérite, elle était également cascadeuse au besoin, sachant manier un Colt Frontier Six X-Shooter et enfin, utile dans nos eaux, nageuse émérite. Elle donnait la réplique au bellâtre de service, un acteur nommé Edward Donald, à l’aise dans toutes les tenues qu’on lui fournissait et doté, disait-on alors, d’une élégance certaine. Il y avait même un vrai cow-boy, Juan Ortega. Une seule chose est aujourd’hui certaine, aucune de ces “stars” n’est passée à la postérité ! Il y avait aussi, pour compléter le tableau, le méchant de service, une sombre brute répondant au nom de Matthew Black aussi musclé que velu, parfait pour tenir le rôle d’un King Kong tropical.

Impossible de tourner à Papeete, trop moderne ; Méliès se rabattit sur Papara où il trouva suffisamment d’exotisme.
Impossible de tourner à Papeete, trop moderne ; Méliès se rabattit sur Papara où il trouva suffisamment d’exotisme.
Tati Salmon aux commandes
 
A Papara, ce fut le chef du district, Tati Salmon, qui accueillit la troupe de saltimbanques et qui organisa tout : hébergement, nourriture, embauche des acteurs et des figurants, tout passait par lui, y compris et surtout l’argent nécessaire aux tournages. On ne sait évidemment pas comment ces dollars furent ensuite répartis, mais le fait est que les Tahitiens de Papara eurent, nous apprend le père O’Reilly, bien du mal à se plier à la discipline des longues journées de tournage.
 
On ne sait pas grand chose de la production de Méliès à Tahiti, sinon quelques titres de films : “Ballad of the South Seas”, “A Tale of Old Tahiti”, “Unmasked by a Kanaka”. Le premier film sera présenté à New-York en janvier 1913, les deux autres en février de la même année.

En Nouvelle-Zélande, nouvelle déception pour Méliès, les hommes ne portaient plus les tatouages faciaux (le moko), seules les femmes arboraient encore sur la bouche et le menton quelques motifs anciens.
En Nouvelle-Zélande, nouvelle déception pour Méliès, les hommes ne portaient plus les tatouages faciaux (le moko), seules les femmes arboraient encore sur la bouche et le menton quelques motifs anciens.
Chez les Maories tatouées
 
Après deux mois de tournage intensif, la G. Méliès Star Film Company mit les voiles sur Raiatea pour y trouver une authenticité plus grande, mais malheureusement, ce mois de septembre 1913 était particulièrement pluvieux aux îles Sous-le-Vent et les tournages ne purent se faire dans de bonnes conditions. 
 
Estimant avoir fait le tour du sujet dans ce qui est l’actuelle Polynésie française, Méliès repartit, cette fois-ci à destination de la Nouvelle-Zélande où toute la troupe s’engagea résolument à l’intérieur des terres de l’île du Nord, pour y filmer les Maoris, à la fois sous l’angle ethnographique et sous celui, plus classique, de fictions. 
 
Les conditions de tournage comme d’hébergement n‘étaient pas meilleures qu’à Papara ou qu’à Raiatea, mais au moins tout le monde ou presque parlait anglais ce qui simplifia la tache de Méliès. Il tourna au village de Whakarewarewa (abrégé de Te Whakarewarewatanga O Te Ope Taua A Wahiao, qui signifie “le soulèvement des guerriers de Wahiao). Méliès était là en plein cœur de la région volcanique et géothermique de la ville de Rotorua, proche du lac Taupo. Les paysages étaient fantastiques, mais malheureusement pour Méliès, toujours en quête d’exotisme, les hommes n’étaient plus tatoués et ne portaient plus sur le visage le moko de leurs ancêtres, alors que les femmes arboraient, elles, de petits tatouages sur le menton et la partie inférieure du visage. 

Pluie, alcool et syphilis...

Deux petits soucis vinrent considérablement gripper la belle machine de Méliès : d’abord la pluie, comme à Raiatea, mais plus froide, et surtout l’alcool qui coulait à flot au sein de l’équipe comme des figurants. Quant à l’une des vedettes masculines de la troupe, surnommée Johnny le Cow-Boy, il fallut l’hospitaliser à Wellington et l’y laisser car le beau jeune homme avait des petits soucis en dessous de la ceinture ; il avait en effet contracté la syphilis à Tahiti et son état ne lui permettait plus de travailler, la “maladie honteuse” étant devenue aussi prioritaire qu’envahissante (à l’époque, il n’y avait pas les antibiotiques modernes…).

Photo souvenir de Méliès au milieu d’une troupe d’Aborigènes savamment mis en scène.
Photo souvenir de Méliès au milieu d’une troupe d’Aborigènes savamment mis en scène.
Des Aborigènes en piteux état

Méliès avait reçu un coup au moral et décida de procéder à une épuration au sein de sa fine équipe : les moins indispensables furent renvoyés par le premier bateau aux États-Unis tandis que le réalisateur et producteur s’embarquait avec un effectif réduit en direction de l’Australie. Le 9 novembre 1912, la troupe s’installait dans le Queensland, à Murgon, près du village de Barambay. 

Là encore, cruelle déception pour Méliès qui espérait trouver des Aborigènes en pleine forme, chassant le kangourou avec leurs boomerangs ; en lieu et place, il se retrouva face à une tribu d’hommes “décharnés, poitrinaires et syphilitiques” ce qui limita évidemment les possibilités de documentaires susceptibles de faire rêver les citadins des grandes villes américaines.

A Angkor, l’équipe réduite de Gaston Méliès put tourner mais les conditions météo exécrables limitèrent les possibilités de travailler (photo : JG Mulder).
A Angkor, l’équipe réduite de Gaston Méliès put tourner mais les conditions météo exécrables limitèrent les possibilités de travailler (photo : JG Mulder).
De la pluie à Angkor

De guerre lasse, Méliès abandonna le Pacifique Sud, direction Java, Singapour (où il tourna deux films) puis le Cambodge. Là, il le savait, les ruines des temples d’Angkor allaient lui permettre d’atteindre au sublime : on ne pouvait, à ses yeux, rêver plus beau décor. Oui mais voilà : une fois de plus, il pleuvait et pas qu’un peu ! Un vrai déluge, la mousson dans toute son horreur ; difficile de tourner la moindre image ; partout on pataugeait allègrement même si cette météo désastreuse ne semblait pas affecter le moins du monde les Cambodgiens impassibles. 

Malgré ces conditions climatiques compliquées, Méliès parvint tout de même à mettre en boîte deux films à Angkor alors que les Français de l’EFEO (École française de l’Extrême-Orient) commençaient à dégager les ruines de leur gangue végétale.

Un Japon peu hospitalier

Très déçu par le climat, Méliès s’embarqua pour le Japon. Là-bas, il fut reçu avec une hospitalité toute orientale ; pas une tasse de thé ne lui fut refusée, pas une courbette ne manqua à l’appel, sauf que les Japonais n’aimaient pas les étrangers et lui refusèrent beaucoup de ce qu’il demandait. Pas question de lui ouvrir les portes des temples sacrés, pas question de le laisser embaucher des figurantes, pas question de jouer au “petit Chinois dans une rizière”, bref, l’exquise politesse de ses interlocuteurs n’avait d’égale que leur intransigeance. 

Malgré tout, à force de persuasion, Gaston obtint la possibilité de tourner un film sur le judo, dans le dojo où les règles du judo moderne avaient été sacralisées. Ce film existe en France où il a été numérisé et une copie existerait au Japon, détenue par les responsables du dojo en question.

La mort au bout du chemin

Pour le réalisateur, la fin du voyage fut un long calvaire et d’ailleurs, il tomba gravement malade et décida de rentrer, complètement épuisé. Il s’embarqua à Yokohama le 10 mai 1913, mais il évita soigneusement les États-Unis car il savait être attendu par la Justice pour des affaires pas très claires. Il préféra rentrer discrètement “à la maison”, en France, son fils, Paul, ayant en charge de liquider les intérêts de la société Méliès aux “States”. 

En très mauvaise santé, Gaston Méliès, toujours en froid avec son frère Georges, se retira en Corse où il ne parvint pas à refaire surface. Sa santé se dégrada de plus en plus, son voyage dans le Pacifique Sud avait été sur le plan sanitaire un désastre, et il rendit son dernier soupir en 1915, en Corse, pauvre et complètement abattu par le résultat plus que médiocre de ce qui avait été le grand projet de sa vie…

Un bilan très mitigé

Les studios très “western” de la compagnie de Gaston Méliès aux États-Unis.
Les studios très “western” de la compagnie de Gaston Méliès aux États-Unis.
On l’a vu, la pluie a été un compagnon fidèle de Méliès qui a perdu beaucoup de temps et d’argent à attendre des éclaircies entre Raiatea, la Nouvelle-Zélande et le Cambodge.

Il a malgré tout réussi à tourner soixante-quatre films de dix à quinze minutes chacun, confiant de véritables rôles à des Polynésiens, des Maoris, des Aborigènes et des Cambodgiens qui ne furent pas que des ombres durant ses tournages. Malheureusement, son approche de ces peuples alors très peu connus du grand public, si elle a été respectueuse, était tributaire d’un impondérable incontournable, l’humidité. 

La plupart des images tournées par Méliès arriveront aux États-Unis tellement endommagées qu’elles s’avèreront inutilisables. Le plus grand mérite de Gaston, par rapport à son frère Georges, qui tourna toute sa vie à l’abri de studios, c’est d’avoir eu le courage, ou plutôt le culot, de travailler en plein air, en pleine nature, dans des lieux et des sites souvent improbables.

Dans ses publicités d’avant son départ, histoire de mettre l’eau à la bouche de ses spectateurs, il affirmait avec fierté et audace : “The Great South Seas Films will be there soon !”.

A l’époque, Jack London et Paul Gauguin avait mis les Mers du Sud à la mode et le public attendit en vain ces fameuses images exotiques en diable. L’humidité a fait plus que le temps pour détruire ce travail exceptionnel dont il ne reste que bien peu de choses... 

Aujourd’hui seuls cinq des soixante-quatre films ont été retrouvés, ainsi que quelques photos et affiches (deux de ces films avaient été tournés à Tahiti, le tout premier racontant en fait le départ de San Francisco et l’arrivée à bon port, à Papeete, de toute l’équipe, documentaire dans lequel Méliès ajoute un peu de fiction pour rehausser l’intérêt du sujet).

Qu’a produit Gaston Méliès ?

Pas facile de suivre la production de Gaston Méliès entre les États-Unis et le vaste Pacifique, car très peu de ses courts métrages ont survécu aux affres du temps.

Il semble acquis que ce dernier commença à tourner en septembre 1909 à proximité de New-York, à Fort Lee puis à Brooklyn. Précédemment, on lui devait trois très petites productions :  The Yacht Race : Reliance – Shamrock III en août 1903, Inauguration Subjects en février 1905 et The Centennial Celebration en mai 1908, titres intégrés aux productions de son frère, Georges Méliès.

A Brooklyn et à Fort Lee, Gaston mit en boîte une quinzaine de films en 1909. Une fois installée à San Antonio, la machine à westerns accéléra son rythme, puisque la G.M.M.C., G. Méliès Manufacturing Company, réalisa plus de soixante histoires de cow-boys et d’Indiens.


Cadence industrielle


En avril 1911, Gaston s’installa à Santa Paula, près de Los Angeles. A Sulphur Mountain Springs, il tourna une quarantaine de films puis à Santa Paula même, en décembre 1911, il réalisa une cinquantaine de films. La cadence, on le voit, était déjà industrielle. 
Enfin, apparemment lassé de tourner en rond autour des mêmes sujets, il partit en 1912 à l’assaut du Pacifique pour y tourner soixante-quatre autres films. Au total, on lui doit donc environ deux cent quarante films dont très peu ont subsisté jusqu’à nos jours ; il en resterait une dizaine, même si les scénarios, eux, ont été conservés grâce aux distributeurs américains et à leurs catalogues. 

Sur le marché français, certains de ces films ont été présentés avec des titres en Français bien évidemment, comme, entre décembre 1911 et juin 1912, L’amour rédempteur, Une bonne plaisanterie, Reportage à l’américaine, Déception paternelle, Le secret du nuage rouge, Farce de cow-boy, Vengeance de mineurs, Le choix d’un cuisinier, Le faussaire, Joe l’innocent, Lequel des deux ?, Terrible leçon, Au cœur de la prairie, Les sept lingots d’or.

Quelques films “Pacifique”

  1913 : A Ballad of the South Seas 
  1913 : Captured by Aboriginals 
  1913 : Gold and the Gilded Way 
  1913 : Hinemoa 
  1913 : How Chief Te Ponga Won His Bride 
  1913 : It Happened in Java 
  1913 : Javanese Dancers 
  1913 : Loved by a Maori Chieftess 
  1913 : The Black Trackers 
  1913 : The Foster Brothers 
  1913 : The Gypsy's Warning 
  1913 : The Misfortunes of Mr. and Mrs. Mott on Their Trip to Tahiti 
  1913 : The Stolen Claim 
  1913 : The Stolen Tribute to the King 
  1913 : The Sultan's Dagger 
  1913 : Unmasked by a Kanaka 
  1913 : What Is Sauce for the Goose 
  1914 : Cabby's Nightmare

A Tahiti, Max Bopp du Pont...

Max Bopp du Pont a commencé à prendre des photos et à tourner quelques scènes peu après le passage de l’équipe de Méliès, mais il avait des moyens très limités. Ici Papeete, après le bombardement par les Allemands.
Max Bopp du Pont a commencé à prendre des photos et à tourner quelques scènes peu après le passage de l’équipe de Méliès, mais il avait des moyens très limités. Ici Papeete, après le bombardement par les Allemands.
Lorsque toute l’équipe de Méliès débarqua à Tahiti, elle se fit évidemment remarquer puisque c’était la première fois que de Californie arrivait toute une troupe d’acteurs et de techniciens. Mais bien plus modestement à Tahiti, Max Bopp du Pont, fils du peintre Max Bopp du Pont (arrivé à Tahiti en 1903 et reparti en France avant 1914), était lui aussi fasciné par la photographie et surtout le cinéma, ces “images qui bougeaient”. 
 
Le père O’Reilly nous apprend que ce jeune Max fit une carrière de photographe et de cinéaste, même si ses moyens étaient bien plus modestes que ceux de Méliès. “C’est lui qui fournit les photographies destinées à l’illustration du tome XIV de la “Nouvelle géographie naturelle” d’Elisée Reclus. En 1912, il prend de vues cinématographiques et vers cette époque, obtient de Pierre Loti l’autorisation de filmer Rarahu, projet que la guerre fera abandonner. En 1913, il filme le 14 juillet à Papeete. Engagé volontaire le 7 août 1914, il sert sous les ordres du commandant Destremeau. Il filme, au lendemain du 22 septembre, les ruines de la ville et la Walküre, prise allemande de la Zélée. Travaille après la Première Guerre mondiale comme caméraman et est membre de l’American Society of Cinematographers et l’inventeur d’un procédé de photographies en couleur.”
 
Plus tard, il répondra à l’appel du général de Gaulle et il sera décoré de la médaille de la Résistance. Malheureusement, à Noël 1957, un incendie se produisit au sein du bloc de maisons de la pharmacie Jacquier et tous ses clichés et films auraient alors été détruits.

Des acteurs de couleur

Alors qu’aux États-Unis, les studios, lorsqu’ils veulent mettre en scène un personnage de couleur barbouillent maladroitement un acteur blanc, Gaston Méliès, il faut lui rendre cet hommage, ne s’embarrasse pas de telles pudibonderies racistes. Ce qu’il veut, ce sont des vrais acteurs et il embauchera donc, y compris pour des rôles importants, des Tahitiens, des Maoris, des Aborigènes, des Cambodgiens. 
En Nouvelle-Zélande par exemple, le premier rôle du film Hinemoa est tenu par une actrice maorie et Gaston Méliès n’hésita d’ailleurs pas à faire la publicité de son film en mettant en avant cette actrice “indigène”. 

Ces acteurs locaux, pour Gaston Méliès attireraient indubitablement les spectateurs, d’autant plus qu’ils jouaient somme toute avec naturel, par rapport aux acteurs du muet de l’époque qui avaient l’habitude de surjouer, comme ils le faisaient au théâtre.

A Tahiti, implacable censure pour les cinémas

 Dans le volume IV du Mémorial polynésien (1891-1913), si on ne fait pas de référence aux tournages de Gaston Méliès, en revanche on trouve cet extrait d’un article daté de juillet 1912, paru à Paris dans la revue Océanie Française.
“Les plaisirs de l’Europe moderne ont pénétré en Océanie avec les cinématographes et ont donné lieu à la création à Papeete de deux établissements rivaux avec de nombreuses succursales dans les districts et les archipels. Les indigènes sont très friands de ces représentations et, à ce titre, la création de ce genre de spectacles peut devenir un bienfait en aidant au développement de besoins nouveaux. Le cinématographe pourra être, d’autre part, un excellent éducateur, si l’on sait sélectionner avec soin les films. Malheureusement, les indigènes ont marqué un goût si exclusif pour tout ce qui est combats, vols, exploits de cow-boys et d’Indiens, etc. qu’il faudra aux entrepreneurs une grande fermeté pour ne point développer des passions dont les regrettables effets ne seraient pas longs à se faire sentir.”
 
Le 6 novembre 1912, le gouvernement prend un arrêté établissant une forte censure :
“Considérant que la représentation cinématographique de scènes criminelles ou violentes peut être pour les spectateurs un instrument de démoralisation, que cette constatation a amené plusieurs municipalités de France à les interdire d’une manière absolue, que cette interdiction est encore mieux justifiée lorsqu’elle a pour but de protéger une population nouvellement ouverte à la civilisation et naturellement impressionnable.

ARRÊTE
Art 1er : Il est interdit de représenter des films cinématographiques ayant pour objet des scènes de vols, de cambriolages, ainsi que des scènes de meurtres prises dans la vie contemporaine ou ne se rattachant pas directement à un épisode historique ou mythologique.

Art 2 : Il est également interdit de reproduire toute vue susceptible de porter atteinte au prestige de la France ou de ses institutions.

Art 3 : Tout entrepreneur de spectacle ayant contrevenu aux dispositions du présent arrêté sera passible d’une amende de 1 à 15 Francs. La fermeture de son établissement pourra en outre être prononcée par mesure administrative pour une période ne dépassant pas quinze jours ; en cas de récidive, cette suspension pourrait être prononcée pour une période plus longue ou même être définitive.”
Il est à noter qu’à notre connaissance, sauf erreur de notre part, cet arrêté n’a toujours pas été abrogé...

Le travail de Gaston Méliès à Tahiti a fait l’objet d’un très beau documentaire signé Raphaël Millet
Le travail de Gaston Méliès à Tahiti a fait l’objet d’un très beau documentaire signé Raphaël Millet
A lire
 
Jacques Malthête, fils de Madeleine Méliès, elle-même petite-nièce de Gaston Méliès, a publié un ouvrage sur Gaston Méliès intitulé “Le voyage autour du monde de la G. Méliès Manufacturing Company”, présentant notamment toutes les lettres que Gaston avait envoyé à son fils Paul, qui gérait ses affaires aux États-Unis. 
L’ouvrage contient également le synopsis des soixante-quatre films tournés lors de cette expédition dans le Pacifique et en Extrême-Orient (livre disponible à partir de 36,05 euros sur Amazon)
 
A voir 
Documentaire : 
Le voyage cinématographique de Gaston Méliès à Tahiti
Nocturnes Productions, France Télévisions
Réalisation : Raphaël Millet
2014 (51 minutes)

Rédigé par Daniel Pardon le Vendredi 29 Octobre 2021 à 17:30 | Lu 1982 fois