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​Un prêt royal, mais pas pour Huahine


Tahiti le 12 janvier 2022 – L'avance de trésorerie de 85 millions de Fcfp accordé au groupe Royal Polynesia a ravi les syndicats qui discutent actuellement du plan social du Royal Huahine avec la direction. Sauf que le patron du groupe, Dominique Auroy, affirme que ce prêt concerna "d'autres hôtel que Huahine".
 
Au Royal Huahine, le plan social est toujours en cours. Le sort des 17 employés de l'établissement n'est pas encore réglé et l'épée de Damoclès du licenciement économique plane toujours au-dessus de leur tête. Pourtant, l'information diffusée cette semaine par Radio 1 sur une demande de prêt faite de par la société Royal Polynesia "au titre du dispositif d'aides ad hoc au soutien de la trésorerie des entreprises fragilisées par la crise du Covid-19" a redonné quelques espoirs aux salariés. Une demande qui a reçu un avis favorable du haut-commissariat et de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance.
 
L'arrêté paru au journal officiel de la République française le 6 janvier dernier fait précisément état d'un prêt bonifié alloué aux petites et moyennes entreprises qui se sont vues refusées le prêt garanti de l'État (PGE) ou qui n'ont pas trouvé de "solution de financement auprès de leurs partenaires bancaires ou de financeurs privés". La société Royal Polynesia a donc reçu cette avance de trésorerie de 85 millions de Fcfp. Et effectivement, selon nos informations, la demande de PGE faite par le Royal Huahine a été refusée par les banques de la place. Elle a obtenu par contre un prêt pour la relance économique de la Sofidep, bien moindre que celui demandé au titre du PGE.
 
Reste que pour bénéficier du prêt en question, sous la forme d'une avance remboursable, les entreprises doivent "justifier de perspectives réelles de redressement de l'exploitation" ou encore "ne pas faire l'objet de l'une des procédures collectives d'insolvabilité". Peuvent également être éligibles à ce prêt, les entreprises qui redeviennent "in bonis" donc en bonne santé par "l'arrêté d'un plan de sauvegarde ou de redressement". Le "positionnement économique et industriel" de l'entreprise ou encore "son caractère stratégique, son savoir-faire reconnu et à préserver, sa position critique dans une chaîne de valeur et l'importance de l'entreprise au sein du bassin local" sont également pris en compte. Enfin, cette "avance remboursable", dont la durée d'amortissement est de dix ans maximum, peut-être utilisée en investissement ou en fonds de roulement.
 
"Magnifique", pour la CSIP
 
À Huahine pourtant, les employés se disent toujours dans "le flou total". Depuis le 26 novembre, leurs représentants syndicaux et du personnel ont été avisés de l'existence du plan social. Selon nos informations, l'établissement aurait perdu plus de 60% de son chiffre d'affaires en 2020 par rapport à 2019. "Ils sont en train de nous mener en bateau avec leurs mensonges", tonne un employé. Le personnel du Royal Huahine considère que, pour la direction, cet hôtel est "le dernier de leur souci". "À Bora Bora, ils ont tout rénové", regrettent les employés, malgré leurs "demandes répétitives". "Ils nous disent de mentir aux clients, de leur dire qu'on va faire des rénovations, mais il n'y a rien eu du tout." Une partie du ponton a bien été rénovée, "mais ils ont juste retourné le bois, puis poncé et c'est tout. Ils étaient obligé de changer quelques bois qui étaient vraiment pourris, sinon les clients allaient tomber dans la mer".
 
Contactée, Gisèle Teheiura de la CSIP, qui représente les salariés menacés du Royal Huahine dans le cadre du plan social se dit "très surprise" par l'arrivée de cette aide de l'État, qui n'a jamais été évoquée, ni lors de la discussion du 23 novembre dernier avec la direction du Royal Huahine, ni devant les représentants du personnel. Gisèle Teheiura rappelle que lors de cette réunion, il a été question de la régularisation des augmentations. Ainsi, les indemnités de licenciements devraient être basées sur le nouveau salaire régularisé. "À aucun moment ils ne nous ont fait part d'une demande d'aide au Pays ou à l'État concernant les trois hôtels, dont le Royal Huahine". Une "bonne surprise" clame la syndicaliste, "puisque demain il n'y aura plus de licenciement économique avec cette aide de l'État. Peut-être qu'ils auront l'aide aussi du Pays ? Puisqu'ils vont tous aider monsieur Auroy". "C'est une très bonne nouvelle (et) je suis sûre que demain les salaires seront toujours payés et que les salariés vont garder leur emploi. (…) Nous, on est là pour la sauvegarde des emplois et aujourd'hui les emplois sont sauvés grâce à cette aide, c'est tant mieux. On commence bien l'année 2022, magnifique".
 
Mauvaise surprise
 
Mais pourtant, le propriétaire du groupe hôtelier Dominique Auroy, contacté par Tahiti Infos, n'a pas donné beaucoup de gages d'optimismes pour les salariés du Royal Huahine. Visiblement courroucé, l'homme d'affaires a uniquement affirmé que ce prêt concernait "d'autres Hôtel que Huahine" et a démenti formellement les informations diffusées par Radio 1, en refusant de donner davantage d'explications. "Ces informations calomnieuses sont là pour me détruire, car je m'appelle Dominique Auroy. Cela suffit, car le journaliste était à La Dépêche et on s'est quitté en très mauvais terme et elle règle ses comptes."
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 13 Janvier 2022 à 17:30 | Lu 2952 fois