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​Un budget et des doutes


Tahiti, le 2 décembre 2021 - Le budget 2022 de la Polynésie, qui prévoit une hausse des dépenses publiques, a été adopté par 47 voix pour et 10 abstentions. Lors des débats, l’opposition s’est montrée très dubitative sur l’optimisme du gouvernement quant aux prévisions de croissance de l’économie pour l’année à venir.

L’assemblée de la Polynésie française s’est penchée ce jeudi sur l’adoption du budget 2022 de la collectivité de Polynésie française dont les principaux chiffres ont été dévoilés dans notre édition d’hier. Devant les représentants, Édouard Fritch est venu vanter une “parfaite maîtrise de la dépense publique” avec notamment “une stratégie fiscale qui rassure” pour financer “une politique volontariste de relance par l’investissement” et “nous projeter vers un futur plus audacieux et plus radieux”.
 
Efforts sur la dépense publique
 
Dans son discours introductif, le président a indiqué qu’ “il faut nous détacher à cette addiction culturelle et historique à la dépense publique et laisser plus de place à l’initiative privée”. Une affirmation qui a précédé la longue litanie, faite par lui-même et les représentants de la majorité, des dépenses et opérations d’investissement que le budget 2022 va financer. L’occasion notamment pour le gouvernement de présenter plus précisément les actions à venir du plan de relance. Un plan sur trois ans jugé plus réaliste que la version précédente par une partie de l’opposition. Le représentant Tavini Antony Géros a ainsi salué le pragmatisme de l’actuel ministre de l’Économie, “qui a écarté le miroir aux alouettes quinquennal de son prédécesseur”. L’élu a cependant regretté : “On ne sait pas où on en est de l’exécution” de ce plan de relance. Mettant en avant l’approche réaliste et prudente qui a été celle du gouvernement dans l’élaboration du budget, Édouard Fritch s’est défendu, “ce budget est un budget vrai, pas démago”. Un exercice d’autosatisfaction teinté d’optimisme, justifiant cette hausse des dépenses, qui n’a pas vraiment été partagé par l’opposition.
 
Opposition guère convaincue
 
Dans son intervention, l’ex-ministre du Budget et des Finances Nuihau Laurey a repris son crédo libéral. “Nous ne partageons pas la même vision de l’action publique. (…) Celle-ci ne doit plus être fondée sur plus d’administration et plus de dépenses publiques” car “cette pandémie a montré toutes les insuffisances de notre modèle économique dirigiste et hyperadministré”. Et l’élu non-inscrit de défendre la nécessité d’assouplir les contraintes réglementaires, d’alléger la pression fiscale ainsi que de réduire “l’hypertrophie administrative”. Même constat dans les rangs indépendantistes. Pour Antony Géros, “l’heure est plutôt à la réduction des dépenses de fonctionnement, il faut réduire la voilure”.
Mais c’est surtout sur les hypothèses et méthodes de travail du gouvernement que les critiques se sont concentrées. Le représentant Tahoeraa Geffry Salmon a ainsi moqué un gouvernement “resserré autour d’une garde impériale”, dirigé par un “Machiavel tropical (…) qui désacralise la fonction présidentielle”. Un gouvernement qui, selon lui, a élaboré “un budget à la sincérité aventureuse” qui s’appuie sur le retour “hasardeux” au monde d’avant. Même doute exprimé pour Antony Géros. “Est-ce qu’on est en face d’un budget sincère ?”. L’élu Tavini note que l’assemblée doit se prononcer dans les semaines qui viennent sur la réforme fiscale, qui doit voir l’introduction de la TVA sociale, mais également sur la réforme de la PSG et que le document budgétaire est muet sur ces points. “On n’a aucun doute sur la sincérité” lui répondra la responsable du groupe Tapura, Tepuaraurii Teriitahi. Mais c’est surtout l’optimisme affiché, avec un budget qui s’appuie sur une hausse du PIB de la Polynésie en 2022 de 2 à 3%, qui a généré quelques doutes au sein de l’opposition. “En ces temps d’incertitude, cette prévision de croissance résolument optimiste nous laisse perplexe”, indiquera Géros alors que le Pays est agité par une “houle virale scélérate” reprenant un constat quasi-identique fait par Nuihau Laurey et Geffry Salmon qui, quelques minutes auparavant, avaient également indiqué ne pas partager cet optimisme débordant. Des doutes qui n’ont pas empêché l’adoption du budget par 47 voix pour et 10 abstentions.
 

L’APF maintient la voilure

Alors que le budget général du Pays a été voté en légère hausse, celui de l’assemblée de la Polynésie a été reconduit quasiment à l’identique. L’institution s’appuiera sur un budget de plus de 2,3 milliards, montant inchangé par rapport à celui de 2021. La dotation du Pays pour assurer le fonctionnement de l’APF se maintient au même niveau et la plupart des postes de charges sont ainsi repris à l’identique. Il est ainsi prévu 598 millions de Fcfp pour la rémunération brute des personnels, 482 pour les indemnités des élus, 373 pour leurs collaborateurs et 82 pour la dotation aux groupes.
 

​Smig et coprah, même combat

Si le président Fritch est revenu sur les négociations qui ont conduit à la signature d’un protocole actant la revalorisation du Smig, il a également fait une annonce concernant l’amélioration du pouvoir d’achat dans les iles : La revalorisation du prix d’achat du coprah de 5 Fcfp, soit un tarif au kilo qui passe de 140 à 145 Fcfp. Une revalorisation qui apparait être le pendant de l’accord signé avec les organisations syndicales vendredi dernier. “Je pense à nos Smigards des Tuamotu”, a précisé Fritch pour justifier la mesure. Une mesure qui va ainsi intervenir alors que le dispositif était jugé par la Chambre territoriale des comptes en 2017 comme peu soutenable financièrement à terme. Un rapport de mission d’information de l’APF évoquait également l’année dernière un système “à bout de souffle”.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Jeudi 2 Décembre 2021 à 20:55 | Lu 1341 fois