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​Un an ferme pour le banquier très indélicat



Tahiti, le 9 mars 2021 - Pris dans une spirale de l’endettement, un directeur d’agence de la Banque de Tahiti avait fait souscrire à des proches de nombreux prêts en abusant de leur confiance. Il s’en servait par la suite pour alimenter son compte personnel. 21 millions de francs ont ainsi été détournés. Condamné pour escroquerie et abus de confiance à un an de prison ferme et à 5 millions de francs d’amende, il a également été déclaré inéligible.

Le monde de la banque souffre souvent d’une image négative. Les requins de la finance et autre métaphore de prédateurs au sein de la corporation ternissent une profession où la multiplication de petits frais, affichés ou cachés, a le don d’irriter les usagers. Le tribunal correctionnel de Papeete a examiné une affaire qui ne va pas redorer le milieu bancaire avec les pratiques d’un cadre finissant sa carrière en mode escroc.

Escroc mais pas trop

A la barre, difficile d’imaginer que le prévenu, William Ebb, a été directeur de l’agence pendant plusieurs années. Peu loquace sur les faits, à la mémoire qui flanche et assez imprécis sur les montants, il a été difficile pour les juges de lui soutirer des explications sur le détournement des sommes pour son utilisation personnelle. “Vous n’avez pas la mémoire des chiffres pour un directeur de banque”, s’amusera le président Léger. Les faits, l’intéressé les avait pourtant vite reconnus une fois placé en garde à vue après un audit interne et une enquête de la DSP. S’étonnant du nombre important de remboursements défaillants pour des prêts à peine souscrits dans cette agence, la Banque avait diligenté une enquête interne. Cette dernière avait vite conduit à découvrir de nombreuses irrégularités de la part du directeur qui accordait des prêts à des personnes non solvables de son entourage. Concubine, fille, gendre, cousin, ou encore filleul, une douzaine de proches ont ainsi été amenés à signer des contrats. Il effectuait ensuite des virements de leur compte vers le sien. Un système bien rodé qui a fonctionné entre septembre 2011 et juin 2014 en atteignant des proportions délirantes.

Prêts signés en toute confiance

Pour justifier ces prêts, le directeur arrangeait le dossier pour qu’il rentre dans les cases en indiquant notamment l’existence fausse d’un CDI pour justifier d’un prêt d'un million de Fcfp. Dans un autre dossier, le salaire devait couvrir le remboursement mais cette rémunération était en réalité versée dans un établissement concurrent. Sa fille, étudiante sans ressource, obtenait ainsi trois prêts pour un montant de trois millions de francs alors qu’un neveu obtenait cinq prêts en quatre ans pour un montant total de sept millions de francs. Mais tous n’en ont pas vu la couleur.
En confiance face à un notable de la commune, ses proches avaient signé “sans regarder” et comprendre. Lors de l’enquête de police, tous ont indiqué avoir fait confiance à M. Ebb qui leur a présenté des documents “sans leur expliquer”. Parfois, il leur précisait qu’il allait lui-même rembourser les mensualités “pour ne pas qu’elle s’inquiète”. Ce ne fut jamais le cas. Pour éviter d’éveiller les soupçons, il renseignait sa propre adresse postale pour que les relevés bancaires n’arrivent pas chez les souscripteurs. Une fois les sommes versées sur le compte des intéressés, c’était self-service pour le directeur qui faisaient des virements pour alimenter le sien et celui de sa compagne. Sur les 21 millions de Fcfp de prêts ainsi souscrits, près de 9 millions ont ainsi été retracés sur ces comptes personnels. Pour avoir des espèces plus rapidement, il éditait également de nombreuses cartes de retrait à usage unique dont il se servait instantanément.

Le jeu, la drogue ou les femmes ?

“C’est assez grossier cette façon de procéder”. Une véritable technique de pied nickelé dont les juges souhaitaient connaitre l’origine. “Derrière ce comportement, il y a souvent les jeux, la drogue ou les femmes. C’est quoi pour vous ?”. L’affaire échappe à ce triptyque tragique. Très impliqué dans la vie de sa paroisse protestante, M. Ebb admettra d’une voix faible avoir commencé à piquer dans la caisse de la congrégation dont il assurait la gestion. Vint le temps du remboursement afin d’éviter le châtiment divin. Les manipulations bancaires sont alors apparues comme une évidence. Pour rembourser quelques millions, il fallait bien les trouver ailleurs. Puis pour rembourser les premiers prêts, il en fallait souscrire d’autres et devenir un banquier victime de la pleine spirale de l’endettement. Pendant ce temps, la Banque de Tahiti avait cédé le lot de crédits foireux à une société de recouvrement de créances qui s’est rapidement retournée vers les signataires des prêts tenus de rembourser les sommes non perçues.

Mal licencié, mal inspiré

Sans attendre la fin de l’enquête, une procédure de licenciement pour faute était enclenchée dès juin 2014 mais, représentant du personnel, son statut de salarié protégé nécessitait une autorisation de la Direction du travail. Celle-ci accordée, il est remercié de la banque après 41 ans de presque bons et loyaux services. Mais la procédure de licenciement s‘avérait bancale. En novembre 2017, un arrêt d’appel oblige la banque à le réintégrer dans ses effectifs et a lui versé ses rappels de salaire depuis juin 2014. L’ex-directeur récupère 16,5 millions de Fcfp de cette boulette mais n’échappe pas à une deuxième procédure de licenciement, celle-ci valable. Interrogé sur l’usage fait de ce mini-pactole et notamment la possibilité d’aider ses victimes dont sa fille à rembourser, M. Ebb indiquera qu’il l’a utilisé pour rénover sa maison. Une réponse qui a probablement irrité les juges.

Compte tenu de “l’extrême gravité des faits”, le tribunal l’a condamné à 24 mois d’emprisonnement avec un an ferme et un an de sursis probatoire. Il a également obligation d’indemniser intégralement les victimes ainsi que la banque pour le préjudice d’image. Une amende pénale de 5 millions de Fcfp lui est infligée ainsi qu’une peine d’inéligibilité. Elu conseiller municipal à Teva I Uta en 2014, il avait été réélu sur la liste de Tearii Alpha en 2020 et devra abandonner son mandat. “Vous avez prévenu votre tête de liste que cette affaire allait vous éclabousser” lui demandera le juge. “Oui, j’ai été soutenu, tout le monde m’a poussé à me représenter”.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mardi 9 Mars 2021 à 20:09 | Lu 6910 fois





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