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​Pass sanitaire, pourquoi ça traîne


Tahiti, le 11 octobre 2021 – Mis en place en métropole et en Nouvelle-Calédonie, le pass sanitaire "espéré" pour début octobre en Polynésie française devra finalement attendre au moins la fin du mois. La faute à un problème juridique d'attente d'une "ordonnance" du gouvernement central à Paris pour permettre la "validité des systèmes d'information de lutte contre l'épidémie".
 
Déployé depuis juillet en métropole, instauré lundi en Nouvelle-Calédonie, le pass sanitaire n'est toujours applicable en Polynésie française… Et ce n'est pas faute de volonté politique au fenua. Le 2 septembre dernier, le haut-commissaire Dominique Sorain annonçait "espérer" la mise en place du pass vaccinal "début octobre", quand le ministre de la Santé Jacques Raynal confiait que le Pays planchait sur un tel dispositif depuis le mois de juillet. En Nouvelle-Calédonie comme sur le territoire hexagonal, ce pass sanitaire a permis la reprise de secteurs d'activités particulièrement touchés par la crise sanitaire comme les salles de sport, mais aussi plus généralement les bars, restaurants, boîtes de nuit, musées ou établissements culturels…
 
"Problème juridique"
 
Mais alors pourquoi ce pass sanitaire n'est-il pas encore applicable en Polynésie ? Pour des raisons d'ordre juridiques, répondent les services du haut-commissariat. Pour contextualiser, la mise en place du pass sanitaire a posé dès le départ un problème de "bases de données". Les bases de données locales centralisant les statuts vaccinaux ou les tests réalisés étant incompatibles avec celles utilisées au niveau national. Résultat, impossible de "décalquer le dispositif national", avait prévenu le haut-commissaire début septembre. Deux choix se sont alors posés pour les autorités polynésiennes : Passer par la base de donnée nationale ou adapter une base de donnée locale. Le choix s'est porté sur la création de deux bases de données locales, principalement pour des raisons financières. Selon nos informations, le passage par la base de données nationale aurait coûté plusieurs dizaines de millions de Fcfp au Pays… Deux bases de données ont ainsi été créées localement : "Vaxi" pour le statut des personnes vaccinées et "BioCovid" pour les tests réalisés.
 
Sauf qu'un problème juridique est venu se poser. En Polynésie française, la "validité des systèmes d'information de lutte contre l'épidémie" doit nécessairement passer par une validation de l'Etat. Le problème avait été soulevé en commission au Sénat par l'élue polynésienne Lana Tetuanui le 8 septembre dernier. "Le ministre a pris l'engagement de régler cette question par ordonnance", avait expliqué à l'époque la sénatrice, laissant entendre néanmoins que cette solution ne lui plaisait pas beaucoup en raison de l'inconnue sur les délais pris par le gouvernement central. "Je ne suis pas une fervente adepte des ordonnances", avait tonné Lana Tetuanui à l'époque, "parce qu'entre ce que nous demandons et ce qui arrive, je sursaute la plupart du temps". Les services du haut-commissariat en Polynésie le confirmaient lundi soir : "le ministère des Outre-Mer et le ministère de la Santé ont engagé la préparation d'une ordonnance et l'adaptation des textes réglementaires pour permettre l'utilisation du pass".
 
Pas avant fin octobre
 
Reste la question de savoir comment les Calédoniens se sont débrouillés pour mettre en place un pass sanitaire de leur côté ? Difficile lundi d'avoir une réponse précise sur le sujet. A Papeete, les services de l'Etat mettaient en avant la "différence statutaire et institutionnelle" avec la Nouvelle-Calédonie. En attendant, on assurait également côté Etat que le "travail juridique est engagé depuis plusieurs semaines" et surtout on précisait qu'il ne "pourrait aboutir" que "fin octobre". Pas de pass sanitaire au fenua d'ici là !
 

​Vacciné, testé ou contaminé

Le dispositif mis en place depuis cette semaine en Nouvelle-Calédonie propose trois possibilités pour bénéficier d'un pass sanitaire valide : Un certification de vaccination attestant d'un schéma vaccinal complet, un certificat de test antigénique de moins de 72 heures ou un certificat de test positif d'au moins 11 jours et de moins de 6 mois valant preuve de rétablissement. Cette dernière possibilité permettant de prendre en considération les personnes ayant contracté le Covid récemment et ne pouvant se faire vacciner dans l'immédiat.
 
En Polynésie française, les autorités sanitaires du Pays et de l'Etat confirment que le processus choisi sera le même. "Le Pays a choisi de développer un outil spécifique capable de collecter les attestations de vaccination, les résultats de tests et les éléments permettant de constituer un certificat de rétablissement à durée de validité provisoire", détaillent les autorités. Les demandeurs devront utiliser cet "outil", via la plateformes mises en place par le Pays ou directement auprès des professionnels de santé, pour générer un QR Code à télécharger sur l'application #TousAntiCovid ou sur Tatou CPS.
 

​Les deux "pass" déjà existant au fenua

La Polynésie française dispose déjà de deux "pass" obligatoire, avant le déploiement d'un pass sanitaire généralisé. Le premier est le "pass vaccinal" à présenter obligatoirement pour les transports inter-îles au départ de Tahiti et Moorea vers les îles Sous-le-vent et entre les îles Sous-le-vent. Sans certificat de vaccination valide, un motif impérieux professionnel, sanitaire ou familial est nécessaire pour pouvoir obtenir la liberté de circulation… L'autre "pass" est désormais demandé pour voyager à l'étranger et vers la métropole au départ de Polynésie et au retour vers la Polynésie, à partir des plateformes mes-demarches nationale et locale.

Rédigé par Antoine Samoyeau le Lundi 11 Octobre 2021 à 21:37 | Lu 3691 fois