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​Māmā Epharaima, le rā'au tahiti en héritage



Moorea, le 22 avril 2021 - Māmā Epharaima, experte en médecine traditionnelle, soigne actuellement à son domicile à Papetoai, plusieurs personnes malades ou blessées de Moorea mais aussi des autres îles. Elle détient précieusement des connaissances, qui lui ont été transmises par sa mère et les met en pratique tout en respectant strictement les recommandations de ses ancêtres. Elle a accepté de se confier à Tahiti Infos pour se présenter et expliquer sa vision de la médecine traditionnelle.
 
Agée de 66 ans, Mataiao Marona, plus connue sous le nom de māmā Epharaima, est l’une des quelques rares spécialistes en médecine traditionnelle restants sur l’île de Moorea. Elle a grandi à Maiao, son île natale, avant de venir s’installer avec son mari, originaire de l’île sœur, à Papetoai. Les connaissances précieuses de la médecine traditionnelle se sont transmises de génération en génération dans sa famille à Maiao. Alors qu’elle est âgée de 15 ans, sa mère lui enseigne à son tour ce savoir jusqu’à ce qu’elle le maîtrise, trois ans après.
 
“Ce n’est qu’en 1973 que les médecins et les infirmières ont commencé à venir sur l’île de Maiao. Avant cela, on se soignait nous-même. Mon père s’occupait de l’accouchement des femmes autour de l’île, tandis que ma mère soignait les gens avec du rā’au tahiti. Mais on avait également d’autres spécialistes en médecine traditionnelle” raconte māmā Epharaima.
 
A chaque maladie son remède
 
Cette dernière affirme pouvoir soigner toutes sortes de maladies, des plus bénignes aux plus graves. A chaque maladie correspond un remède à base de plantes, de fruits ou d’autres éléments naturels issus de la terre et de la mer. Māmā Epharaima fabrique par exemple un remède à base de canne à sucre, de citron et de re’a tahiti (curcuma) pour soigner les problèmes urinaires ou un médicament à base d’écorce de bancoulier (ti’a’iri) pour la cataracte (maladie de l’œil) ou encore un remède à base de café et de sapin pour le diabète. En plus des médicaments, des informations sur les caractéristiques de chaque maladie lui ont également été transmises.
 
“Si je fais payer mes patients, les rā'au ne marcheront pas”
 
Aussi étonnant que cela puisse paraître, certains remèdes lui seraient donnés, selon elle, par ses ancêtres à travers ses songes. “Dans mes rêves, mes tupuna sont venus me dire quel rā'au utiliser (…) sans que je l’ai demandé ni cherché volontairement. Je me suis endormie et je me suis réveillée le lendemain avec le remède en tête“, témoigne-t-elle. Bien qu’elle bénéficie des connaissances de ses ancêtres, māmā Epharaima, qui est très croyante, insiste sur le fait que la guérison de ses patients se fait avant tout avec la volonté de Dieu. “Je dis à mes patients que je ne suis qu’une exécutante. S’ils guérissent de leur maladie, c’est grâce à Dieu”, déclare-t-elle avant d’ajouter “qu’il a donné la connaissance au peuple polynésien. Mais on ne s’en préoccupe malheureusement plus puisque c’est l’argent qui nous guide aujourd’hui.”
D’ailleurs, la commercialisation des médicaments traditionnels est en train, selon elle, de poser problème à la médecine traditionnelle car, celle-ci ne pourrait être efficace que si un spécialiste offre gratuitement ses services à ses patients. C’était d’ailleurs l’une des conditions à respecter pour recevoir toutes ces connaissances dans sa famille à Maiao. “Si je fais payer mes patients, les rā'au ne marcheront pas. C’est la vérité. Cela est dû au fait que les ancêtres m’ont dit de ne pas en faire un business. Mais je ressens de la joie quand les gens reviennent pour me dire qu’ils sont guéris”, explique-t-elle. De ce fait, māmā Epheraima ne cache pas son incompréhension en voyant actuellement certains médicaments traditionnels en vente au fenua.
 
Respecter les recommandations
 
Autre problème qu’elle constate, celui des accidents, parfois mortels, dont quelques personnes ont été victimes après avoir utilisé du rā'au tahiti. Selon māmā Epheraima, ces cas, relayés antérieurement dans les médias, ont quelque peu terni l’image et la crédibilité de la médecine traditionnelle. “À mon avis, les médicaments ont été bons. Mais ces patients n’ont certainement pas respecté les recommandations concernant leur utilisation. Il faut par exemple, pour guérir de certaines maladies, éviter de consommer des aliments comme les poissons du large, de la nourriture grasse, le corned-beef, et les boissons comme l’alcool. Après, je ne sais pas non plus si on leur a donné des médicaments tout en leur précisant bien les aliments et les boissons à éviter”, explique-t-elle. Celle-ci laisse d’ailleurs le soin à ses patients de préparer eux-mêmes leur remède (en leur donnant préalablement la recette) pour certaines maladies, mais pas pour les plus graves. “Conformément aux enseignements de mes ancêtres, il y a des remèdes que les personnes malades ne peuvent pas préparer eux-mêmes”, assure-t-elle.
 
La discussion avant le traitement est également primordiale pour la guérison du malade. “Au début, je le laisse parler. C’est après cela que je vais connaître le lien entre ses problèmes personnels et sa maladie, puis le remède à préparer. Ça arrive que certains soient gênés de me parler de leurs soucis, mais je vais quand même le savoir” confie-t-elle. Celle-ci nous raconte aussi que c’est en observant quelques signes dans le liquide du remède en cours de préparation qu’elle décèle certaines maladies spécifiques à certaines personnes.
 
Aujourd’hui, māmā Epheraima , qui a six enfants, pense forcément à la transmission de ses connaissances dans sa famille, conformément à leur tradition. Elle a déjà désigné une de ses filles qui prendra le relais. Pour terminer, elle aimerait lancer un message aux habitants du fenua. “Je demande à la population, notamment polynésienne, de ne surtout pas vendre nos rā'au tahiti. Ce n’est pas bien. Je l’encourage aussi à continuer à pratiquer notre médecine traditionnelle”, conclut-elle.
 

Rédigé par Toatane le Jeudi 22 Avril 2021 à 16:45 | Lu 1973 fois





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