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​Le réseau de Coco Médéric à la barre


Tahiti, le 8 juin 2021 - Ils étaient huit à comparaître devant le tribunal correctionnel ce mardi. Le président est revenu sur le rôle de chacun des prévenus, qui ont pour la plupart reconnu leur implication tout en minimisant les faits. Le procès se poursuit mercredi.
 
Médéric Tavaearii, surnommé Coco Médéric, demande le renvoi de l’affaire dès le début de l’audience, ce mardi matin. Le motif ? L’avocat qu’il a choisi s’est désisté, ayant été saisi trop tard. Le président demande son avis au procureur : “Vous l’avez rappelé, il a eu du temps pour préparer sa défense. Je m’oppose au renvoi”. Ils sont neuf prévenus dans ce dossier d’importation et de trafic d’ice en provenance des États-Unis, mais l’un ne s’est pas présenté à l’audience.

Le premier à s’exprimer à la barre est Hermann M.C., alias Dragon, rentré dans le trafic de stupéfiants par son père Raphaël, dit Shanghai, un surnom qui lui a été attribué en raison de ses origines. Celui-ci a commencé à revendre de la méthamphétamine dans les années 2000, mais s’était arrêté un moment en suivant ses compagnes successives dans les îles. “Cela ne devait pas être facile de s’en procurer à l’époque”, lui lance le président. Il avait repris en arrivant à Moorea et Papara il y a une dizaine d’années, et disposait de cinq revendeurs. Il se fournissait auprès de Hei Tiare Bonnet, un grossiste, qui achetait directement aux premiers maillons, les importateurs. Le président s’interroge sur la quantité qu’il a pu échanger avec Coco Médéric. 100 grammes ? 200 grammes ? Un kilo ? Son ex-compagne évoque dans ses dépositions une quantité importante qu’il nie.
 
Coco Médéric minimise ses bénéfices
 
Heiarii T. dit Touffe faisait du trafic avec Moearani Marlier. L’ancien vice-champion du monde de kitesurf disait d’ailleurs de lui que c’était “un boss de l’ice”. En 2013, il avait effectué un trajet à Hawaii avec son cousin. Il lui avait demandé de prendre son enceinte dans sa valise, au motif que la sienne avait dépassé la limite de poids. Cette première fois, le cousin ignorait qu’elle contenait de la drogue. Pour un second voyage, avec des sachets d’ice contenus dans des tablettes de Toblerone, il aurait été pleinement conscient et consentant. De trajets, Coco Médéric en aurait quant à lui fait huit, mais n’en avoue que quatre. Il minimise également le bénéfice généré, tablant sur une somme de 20 millions de Fcfp. A l’audience, il est pourtant évoqué qu’il aurait distribué et prêté à droite et à gauche plus de 80 millions de Fcfp sur une période comprise entre 2011 et 2015. Des sommes parfois redistribuées à des élus. Dont 5 millions au maire de Tumaraa, Cyril Tetuanui.
 
Pression sur son fils
 
Médéric Tavaearii parle également d’un don au Tahoera’a Huiraatira. “Vous savez que vous êtes un trafiquant d’ice et que vous avez sponsorisé une actuelle sénatrice et son mari ? Et le parti majoritaire qui dirigeait au moment du don, en 2013”, souligne le président, avant de venir sur son fournisseur américain. Il l’aurait rencontré dans un bar ou une boîte de nuit, et lui aurait payé le prix fort par rapport au prix pratiqué aux États-Unis (entre 8 000 et 12 000 Fcfp le gramme). Il serait ensuite passé par l’échelon au-dessus de son contact. Le président fait une relecture des dépositions du co-détenu de Médéric : il lui aurait raconté ses nombreux voyages à “LA”, avec des rendez-vous dans un hôtel pour rencontrer son fournisseur. De 300 à 500 grammes d’ice par voyage. Il mettait tout dans son slip.
 
Depuis son incarcération, c’est son fils, né en 1996, qui était utilisé pour poursuivre le trafic. “C’est pas un rôle de père, il aurait dû me protéger”, déclare le jeune homme qui comparaît libre, à la barre. Il lui aurait livré des mandats cash au parloir et aurait servi d’intermédiaire avec le “blanchisseur” du réseau. Médéric reconnaît avoir fait pression sur son fils pour qu’il l’aide. “Qu’est-ce qu’un trafiquant peut faire avec 3 millions de francs d’argent sale à part l’enterrer sous un cocotier ?”, questionne le président. Milton M.W. gérait une supérette à Raiatea, deux boulangeries à Raiatea et Taha’a, et une station-service à Punaauia. De grosses sommes avaient été injectées pour acheter les fonds de commerce, les stocks, et même des véhicules au nom des sociétés. Au total, une des boulangeries qui “ne marchait pas” aurait encaissé 101,5 millions de Fcfp en un an et demi. “Cela venait des encaissements du magasin”, répond l’intéressé. Le “parrain de l’ice à Tahiti” souhaitait également faire de la défiscalisation en bénéficiant du crédit d’impôt en faveur des investissements outre-mer.

Rédigé par Valentin Guelet le Mardi 8 Juin 2021 à 19:47 | Lu 7586 fois