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​La perle en chute libre


Tahiti, le 1er septembre 2021 - L’Institut de la statistique de Polynésie française (ISPF) a publié en début de semaine deux études relatives au bilan du secteur de la perle en Polynésie en 2019 et 2020. Déjà en difficulté avant la crise, le secteur a plongé fortement l’année dernière avec des exportations divisées par deux et un prix au gramme de la perle "à un niveau historiquement bas".
 
En juillet 2017, l’assemblée de Polynésie française adoptait une loi du Pays règlementant les activités de production et de commercialisation des produits perliers et nacriers. Entrée en vigueur en janvier 2018, le texte, ambitieux, avait pour objectif d’assainir le secteur tout en maitrisant les modalités de production et de distribution de la perle et des produits perliers afin de faire remonter des cours que les professionnels estimaient trop bas. Quatre ans après son adoption, le constat est loin des ambitions avec un secteur au bord du chaos. La faute en grande partie aux conséquences économiques de l’épidémie de la Covid-19 mais l’ISPF, dans deux études rendues publiques en début de semaine, avance l’idée que la crise avait commencé bien avant avec des chiffres déjà en repli en 2018 et plus encore en 2019. En 2019, les indicateurs étaient déjà en net repli, “la dernière chute d’une telle ampleur remonte à 2008”. Auparavant industrie-clé de l’économie polynésienne, la perle a rapidement perdu de son lustre.
 
Une production qui se réduit fortement
 
“Numbers don’t lie”. “Les chiffres ne mentent pas”, selon l’expression anglo-saxonne. Et les chiffres publiés par l’ISPF sur le recul du secteur sont à la fois nombreux et éloquents. Ainsi, le nombre de producteurs d’huîtres perlières avait déjà baissé en 2019 mais seulement de 1%. Un repli anecdotique au regard de celui nettement plus prononcé de 8% constaté en 2020. Un chiffre qui témoigne ainsi d’une profession délaissée progressivement par une partie de ses acteurs et qui fait de moins en moins appel à des greffeurs étrangers.
 
Constat amplifié en ce qui concerne les surfaces d’exploitation. Elles passent de 6 716 hectares en 2018 à 6 122 en 2019 puis 5 864 en 2020. Cette baisse de 12,7% en trois ans est constatée dans tous les archipels où se situe la production, à savoir les Tuamotu, les Gambier et les îles Sous-le-vent. Une évolution probablement en partie due aux conséquences de la loi du Pays qui a introduit la fixation de quotas de surfaces par île. La production quant à elle suit la tendance de façon encore plus accentuée passant entre 2019 et 2020 de 9,1 à 6,7 millions de perles produites faisant l’objet d’un contrôle après production, soit une baisse de 26%.
 
Le prix au gramme qui s’effondre
 
La raréfaction de l’offre n’a pas entraîné une hausse des cours de la perle comme prévu. Bien au contraire. Alors qu’il avait oscillé entre 550 et 615 Fcfp entre 2013 et 2018, le prix au gramme de la perle de culture brute a plongé en deux ans. En 2019, il descend à 485 Fcfp, son “prix le plus faible depuis 2011” selon l’ISPF. Un prix qui va connaître un nouvel effondrement record en 2020 puisqu’il diminue encore fortement de 51 % pour atteindre “un niveau historiquement bas à 270 Fcfp”, désormais “le prix le plus faible jamais enregistré”.
Cette évolution peut s’expliquer en partie par la fermeture des lignes commerciales avec l’Asie, principale région importatrice, et par une demande moindre sur les marchés mondiaux, aucune vente aux enchères n’ayant par exemple été organisée en Polynésie en 2020. Elle peut aussi s’expliquer par la possibilité, offerte aux producteurs depuis la loi du Pays de 2017, de commercialiser les rebus et mettre ainsi sur le marché sans limite un produit à moindre valeur. 
 
-70% en 3 ans sur les exportations
 
Si les volumes produits et le prix chutent, les exportations de produits perliers s’en trouvent forcément pénalisées. Les exportations de perles de culture brutes représentent 97% de la valeur des produits perliers exportés. Pour 2019, l’ISPF notait que ces exportations chutaient déjà de 35% par rapport à 2018, année de baisse également, pour s’établir à 4,8 milliards de Fcfp. Pour l’Institut, “jamais la Polynésie française n’avait enregistré un montant aussi faible concernant les recettes des perles de culture brutes”.
 
L’année 2020 aura été pire encore pour le secteur, l’ISPF constatant que ces exportations diminuent encore de moitié en valeur par rapport à 2019 pour s’établir à 2,4 milliards de Fcfp. Un chiffre à l’export très loin du niveau constaté en 2017 où elles atteignaient 8,1 milliards de Fcfp. Les deux principaux pays importateurs, Hong Kong et le Japon, qui représentent près de 90% des exports de perles noires, ont notamment réduit leurs achats respectivement de 64 % et 35 % en 2020. En trois ans, les exports ont ainsi reculé de 70,4%. L’année 2021 semble se présenter sous de meilleurs auspices avec une amorce de rebond perceptible. Selon les données du service des douanes, la valeur des exportations de perles de cultures brutes s’établissent d’ores et déjà à 2,5 milliards sur le premier semestre de l’année, soit plus que sur l’année 2020. Un reflet d’espoir pour la perle.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mercredi 1 Septembre 2021 à 16:45 | Lu 2938 fois