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​L’hélico de la discorde



Tahiti, le 1er avril 2020 – Retour en détails sur l’affaire qui enflamme les réseaux sociaux depuis l’atterrissage d’un hélicoptère sur le tarmac de l’aéroport de Uturoa mardi soir pour transporter deux passagers venus rendre visite à leur mère en fin de vie à l’hôpital. Une décision “exceptionnelle” bien légale mais qui suscite l’incompréhension, surtout en raison de sa précipitation et d’un manque de communication avant tout avec la mairie de Raiatea.
 
L’information –ou plutôt le manque d’information– enflamme les réseaux sociaux depuis mardi, à la suite de l’atterrissage d’un hélicoptère sur le tarmac de l’aéroport de Raiatea en pleine période de confinement et de suspension des transports interinsulaires. Particulièrement remontée, la maire de Uturoa et élue Tahoera’a à l’assemblée, Sylviane Terooatea, a réagi dès mardi soir en postant une vidéo sur la page Facebook de sa commune pour dénoncer l’absence totale d’informations des autorités du Pays et de l’Etat à son égard concernant ce déplacement. “Ce soir, je viens d’apprendre qu’un hélico a atterri sur le tarmac de Uturoa à l’aéroport. Je ne suis pas du tout au courant et je viens de m’informer auprès du PC Crise, de notre subdivisionnaire de l’Etat pour savoir ce qui se passe. Et c’est Facebook qui m’apprend qu’il y a un hélico qui a atterri en transportant deux personnes de Papeete pour venir rendre visite à l’hôpital à leur grand-mère ou leur maman”.
 
Double étonnement pour la maire, l’hôpital de Uturoa interdit actuellement toutes visites dans le cadre des mesures strictes mises en place pour lutter contre la propagation du coronavirus. “Aujourd’hui, les deux de Papeete ont été escortés pour venir rendre visite à leur maman. Ce que je peux comprendre. Mais attendez, on a mis en place depuis le 10 mars, depuis le premier cas confirmé, tout un dispositif pour protéger notre population. (…) Tout ce qu’on a fait depuis le début, c’est revenu à zéro. (…) Je ne suis vraiment pas d’accord parce que je n’ai pas été informé. Et ça a été fait avec la complicité de l’Etat et du Pays. Et aujourd’hui, moi en tant que tavana, même pas informée, c’est moi qui vais subir ce que la population va en dire.”
 
“Aucune faveur”
 
Mercredi matin, le haut-commissariat a réagi dans un communiqué en assurant : “Aucune faveur n’a été accordée, seul le droit a été appliqué, en toute humanité.” Et les services de l’Etat de préciser : “En effet, les textes qui organisent le confinement général en Polynésie française prévoient la prise en compte des situations individuelles exceptionnelles telles que le motif familial impérieux (décret n°2020- 293 du 23 mars 2020) afin d’adapter les règles encadrant les déplacements, notamment lorsque des familles sont en souffrance”. Le communiqué du haut-commissariat indique que “toutes les précautions sanitaires” ont été prises pour ce déplacement “exceptionnel” et se fend même d’un appel de chacun à “une attitude responsable qui ne laisse pas de place à des polémiques bien éloignées de nos traditions familiales et de la volonté largement partagée des Polynésiens d’être solidaires pour surmonter, tous ensemble, les épreuves que l’épidémie du coronavirus nous impose”.
 
Mercredi après-midi, c’était au tour du ministre de la Santé, Jacques Raynal, d’apporter quelques précisions sur le sujet lors du point presse quotidien de la cellule de crise Covid-19. Interrogé par Tahiti Infos, le ministre a d’abord tenu à assurer que les deux passagers de l’hélicoptère étaient en “confinement” à Raiatea. “C’est une affaire qui est délicate mais qui ne contrevient pas à la loi, parce qu’il y a une disposition qui est prévue et qui a été utilisée de manière exceptionnelle”, a répété le ministre. “Je me suis assuré, lorsque j’ai appris le départ de ces gens là, que ces personnes soient encadrés pour ne rencontrer aucune autre personne avant d’arriver à leur domicile.” Pourquoi la maire de Uturoa n’a-t-elle donc pas été prévenue ? “Il m’aurait été difficile de la prévenir, dans la mesure où je n’ai pas été prévenu”, a affirmé le ministre, visiblement lui aussi pris de court par la décision entérinée la veille, avant de préciser : “Je l’ai appris au moment où l’hélicoptère décollait”.
 
Précipitation et manque de communication
 
Selon les informations recueillies par Tahiti Infos, cet imbroglio administratif et sanitaire est parti d’une demande d’un couple de Tahiti souhaitant impérieusement –puisque c’est l’expression consacrée– se rendre au chevet de leur mère en fin de vie à l’hôpital de Uturoa. Après avoir essuyé une première fin de non recevoir de la part des services du haussariat en raison des mesures de confinement, le couple a sollicité tous azimuts les représentants du Pays et notamment les parlementaires polynésiens. “Le problème, entre guillemets, c’est qu’il y a une sorte de faille, une vraie possibilité légale de passer outre les mesures de confinement pour des raisons familiales impérieuses. Et sur cette base, si la demande est particulièrement justifiée, le haut-commissariat ne peut pas légalement s’opposer”, précise-t-on dans l’administration du Pays. A la hâte, la demande a donc été relayée par le président Edouard Fritch pour solliciter directement un arrêté du haut-commissariat autorisant le déplacement. “Il n’y a eu aucun passe-droit, juste l’application d’une disposition légale”, commentait hier la présidence.
 
Alors que le Pays et les parlementaires de la majorité sont restés silencieux toute la journée hier –seule Lana Tetuanui a salué sur Facebook la “décision” d’Edouard Fritch avant de retirer son post dans la journée– le député Tavini, Moetai Brotherson, a tout de même confirmé avoir été sollicité lui-aussi par la famille en quête d’une solution : “Si j’avais été concerné, je pense que je n’y serai pas allé. Après c’est facile de les juger mais moins évident de se mettre à leur place. J’ai cru comprendre qu’ils avaient pris toutes les précautions possibles.” Mais pour le député, le véritable problème de cette affaire reste le manque de communication. “Si la maire avait été mise dans la boucle, je pense que nous n’en serions pas là”. Côté Pays, on explique cette absence de communication par la précipitation dans laquelle s’est déroulée l’opération mardi après-midi. Et on confirme en effet que le ministre de la Santé lui-même, qui pilote pourtant la cellule de crise Covid-19, n’a été mis devant le fait accompli qu’au départ de l’hélicoptère. C’est ensuite la cellule de crise et les services du haussariat qui ont sollicité à la hâte l’escorte des gendarmes sur place pour interdire le moindre contact avant et après la visite à l’hôpital.
 
Reste que cet épisode et le buzz qu’il a suscité sur les réseaux sociaux ont laissé des traces. Hier plusieurs internautes revendiquaient eux-aussi leur droit à une dérogation aussi “exceptionnelle” et quelques communes indiquaient même que leurs administrés les sollicitaient déjà pour passer outre les mesures de confinement en cas d’obsèques de leurs proches. Tout le problème avec les exceptions qui confinent la règle.

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 1 Avril 2020 à 23:07 | Lu 12128 fois





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