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​Fritch et les emprunts : Un discours à géométrie variable



Tahiti, le 25 mai 2020 – Depuis plus deux mois, le Président Edouard Fritch s'est exprimé à plusieurs reprises sur les conséquences budgétaires et financières de la crise sanitaire et économique. Un discours où le recours à l'emprunt a connu de multiples changements d'orientation pour finalement revenir quasiment à la case départ.
 
  • En mars, l'improvisation
 
Alors que la Polynésie n'est pas encore confinée, Fritch demande dès le 20 mars au Premier ministre 36 milliards de francs pour financer les revenus et indemnités de solidarité, des dépenses de santé et des dispositifs sociaux. Alors que le gouvernement doit s'attendre à une baisse évidente des impôts, de la TVA ou d'autres taxes à percevoir du fait de la réduction de l'activité économique, le collectif budgétaire adopté le 26 mars est muet sur ce point. Le Pays fait comme si ses prévisions de recettes allaient être respectées au franc près et mise sur l'Etat. Ce collectif pose une évidente question de sincérité budgétaire, certains spécialistes évoquant une trentaine de milliards de recettes fiscales en moins.
 
  • En avril, le grand écart
 
Début avril, une évaluation affinée des dispositifs chiffre désormais les besoins du Pays à 27,4 milliards mais le Président revoyait sérieusement ses prétentions financières à la hausse fin avril. Il annonce à Macron des « besoins financiers globaux de l’économie polynésienne (…) estimés à 120 milliards ». Une hausse de 93 milliards justifiée par des demandes supplémentaires. Outre la couverture des pertes d'Air Tahiti et Air Tahiti Nui, le Président demandait également à l'Etat « le comblement du déficit du RSPF »lié aux pertes d'emplois et à la CST non perçue, le financement des dispositifs d'aides à l'emploi prévus après le confinement ou encore « le comblement de la baisse estimée des cotisations de la CPS ». Cemontant à 12 chiffres censé donc boucher de nombreux trous. Il sera confirmé par le leader du Tapura à l'AFP, « j'estime aujourd'hui à environ 130 à 140 milliards de francs le manque à gagner ». Il ajoute alors la Polynésie va devoir recourir « à un emprunt massif pour faire face à cette baisse du PIB ». Des appels du pied au gouvernement central pour financer des dépenses de fonctionnement et les dispositifs polynésiens de soutien à l'emploi très présomptueux. L'Etat avait largement ouvert son portefeuille avec le Fonds de solidarité et les Prêts garantis et a toujours trainé du chéquier pour venir financer le RSPF.
 
  • En mai, l'Etat pas concerné
 
Début mai, dans un courrier adressé au ministre des comptes publics, le Président confirme les besoins financiers du Pays à 27,42 milliards mais ajoute 23,86 milliards pour la CPS, soit une environ 51 milliards de francs. Le 14 mai, devant les représentants à l'Assemblée, le Président du Pays affirmait ne pas être favorable à un emprunt « pour financer du fonctionnement ». Droit dans ses bottes, il mettait en avant «  la conception de notre gouvernement qui, lui, ne confond pas réserves et trésorerie » fustigeant « l'incompétence » ou le « mensonge démagogique » de certains opposants. Des opposants qui ne confondent peut être pas PIB et budget du Pays. L’exécutif polynésien ne perd alors pas espoir dans ces tractations avec l'Etat. Le 20 mai, lors d'une conférence de presse matinale, Fritch indiquait être toujours dans l'attente d'une demande d'avance de trésorerie adressé au Premier ministre. Moins de douze heures plus tard, c'est résigné qu'il annonce sur le plateau de Polynésie la 1ère que « cette voie est bloquée ». Il évoquait alors « la possibilité d'emprunt de l'ordre de 30 milliards en ce qui concerne le Pays et une vingtaine de millards en ce qui concerne la CPS », le premier étant en théorie censé financer le fonctionnement des dispositifs adopté par l'APF en mars.
 
  • Une impression de déjà vu
 
Un retour à la case départ avec une impression de déjà vu. Sur le plateau de la chaine locale, le Président parlait de relancer les grands chantiers de travaux et d'« ouvrir des grands champs d'exploitation agricole pour que demain nous ne soyons plus dépendants ». En 2013, le parti orange et ses têtes d'affiches, Flosse, Fritch et Laurey, défendait un programme pour les territoriales centré sur la relance du tourisme et d'une économie en berne du fait de la crise de 2008 et des taui. Il s'articulait notamment autour du « développement du secteur primaire » avec « pour objectif d’accroitre nos productions locales (…) afin de limiter progressivement nos importations agricoles ». De même, « la relance de la commande publique par les grands travaux demeure la principale mesure pour résorber rapidement le chômage de masse » avec le financement des travaux par des emprunts. Finalement, le Tapura 2020 va appliquer les recettes du Tahoeraa 2013. Avec un peu de retard et beaucoup de division.

40% des emprunts actuels signés par Fritch

Edouard Fritch l'a martelé à plusieurs reprises : « mon objectif n'est pas d'hypothéquer l'avenir de ce pays pour financer du fonctionnement, (...) Ce n'est pas pour laisser nos enfants rembourser ». Ce souci pour les générations futures en évitant un endettement massif n'est pas une constante. Le montant des emprunts à rembourser a bien baissé de dix milliards environ depuis 5 ans. De nombreux prêts arrivaient à échéance et les recettes fiscales se sont améliorées grâce aux réformes fiscales engagées en 2013. Mais alors qu'au début de l'année 2017, le Pays avait 83 emprunts à rembourser dans ses comptes, ce chiffre s'élève désormais à 105 au 1er janvier 2020. Sur ce total, près de la moitié (42) a été contractée depuis 2015 sous la présidence fritchienne, parfois pour financer des investissements même pas réalisés comme le pôle de santé mentale ou le SWAC du CHPf. Sur les 80 milliards d'encours de la dette supportée par les polynésiens, 28 ont été contractés sous l'actuelle présidence.

Rédigé par Sébastien Petit le Lundi 25 Mai 2020 à 11:50 | Lu 3933 fois





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