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​Feti'i e fenua : La dispersion des familles cartographiée


Tahiti, le 28 septembre 2021 - Une première exploitation des données de l'enquête Feti’i e fenua, publiée mardi par l’Institut de la statistique, établit une cartographie inédite de la répartition géographique et de la mobilité des familles polynésiennes, au sein de la collectivité et en direction de l’étranger. 

Comment se caractérise la dispersion géographique des familles polynésiennes ? Quelle est la mobilité des résidents du fenua, sur le territoire ou à l’étranger ? Deux questions auxquelles tente de répondre une première analyse des données de l’enquête Feti’i e fenua que publie mardi l’ISPF dans sa collection Points études et bilans, en collaboration avec l’Institut national des études démographiques (Ined). Cet éclairage inédit se fonde sur une collecte d’informations menée d’octobre 2019 à mars 2020 sur 31 des 74 îles habitées dans les cinq archipels de Polynésie. Sur la base des données du recensement général de la population de 2017, l’enquête s’est intéressée à un échantillon de 5 964 ménages. Des cellules familiales constituées autour d’adultes “pivots”, âgés de 40 à 59 ans, qui pouvaient à la fois avoir des parents avancés en âge et des enfants en âge de quitter le foyer. 

Une étude qui n’apprend rien de nouveau sur le principe d’une mobilité inter-îles des populations en Polynésie ou vers l’étranger, ni sur les flux qui la caractérisent. Mais elle propose pour la première fois une cartographie chiffrée de la répartition spatiale des familles enquêtées, au sein de la collectivité et au-delà. Cette exploitation des données de l’enquête Feti’i e fenua est au demeurant la première d’une série de quatre focus statistiques sur les familles polynésiennes que l’ISPF prévoit de publier courant 2022. Ils s’intéresseront aux parents âgés, au logement des familles, aux mobilités lors des séjours en dehors de Polynésie et aux jeunes couples.

Forte dispersion dans les archipels

L’observation du regroupement familial sur un archipel accentue l’opposition entre les îles de la Société et les autres archipels.
L’observation du regroupement familial sur un archipel accentue l’opposition entre les îles de la Société et les autres archipels.
Le recueil des lieux de résidence de l’ensemble des membres d’une même famille a ainsi permis d’observer que les habitants des Tuamotu-Gambier ont plus rarement que les autres, une famille entièrement regroupée sur une même île. Seules 3,1% des familles ont en effet leurs membres regroupés sur une même île et 4,4% dans le même archipel. C’est l’archipel dont les familles sont les plus dispersées, en Polynésie. Le regroupement familial aux Marquises est à peine meilleur, avec 6,5% des familles enquêtées regroupées sur une même île et 7% dans l’archipel. Des chiffres à peu près identiques sont observés aux Australes. 
En revanche, les familles dont la génération pivot réside à Tahiti ou Moorea, sont 43,7 % à avoir l’ensemble de leurs membres résidant sur leur île. La forte mobilité des Polynésiens pour la scolarisation, le travail ou la santé, se traduit par une grande diversité d’implantation des membres de leur famille, constate l’étude, particulièrement dans les archipels autres que celui de la Société. 

Forte attraction des îles de la Société

La dispersion inter-archipels des familles selon le lieu de résidence des adultes “pivots” enquêtés. Plus de neuf cellules familiales sur dix des Marquises, Tuamotu-Gambier ou des Australes, ont au moins un membre dans les îles de la Société.
La dispersion inter-archipels des familles selon le lieu de résidence des adultes “pivots” enquêtés. Plus de neuf cellules familiales sur dix des Marquises, Tuamotu-Gambier ou des Australes, ont au moins un membre dans les îles de la Société.
Toujours derrière le prisme du regroupement familial sur un archipel, l’étude Feti’i e fenua constate l’opposition entre les îles de la Société où résident globalement 71,3 % des familles et les autres territoires de la Polynésie. Il faut noter que c’est aussi dans cet archipel que réside 87,9 % de la population du territoire. Une donnée qui plaide en soi sur la forte attractivité de cet archipel.
Les populations enquêtées dans les archipels périphériques ont en conséquence un espace résidentiel familial qui s’étend plus de neuf fois sur dix au-delà de l’archipel.
“En schématisant le réseau familial des enquêtés (âgés de 40 à 59 ans), on constate que les familles dont les pivots résident aux Tuamotu-Gambier se polarisent à 95,1% dans les îles de la Société, alors que 8,4 % et 8,2 % de leurs membres résident respectivement aux Australes et aux Marquises”, constate l’enquête. De même, 92 à 95 % des familles des couples pivots résidant aux Australes, aux Marquises ou aux Tuamotu-Gambier sont implantées dans les îles de la Société. 

L’Hexagone, pôle d’attractivité

La France métropolitaine est la destination phare, lorsque les familles ont au moins un membre installé hors de Polynésie...
La France métropolitaine est la destination phare, lorsque les familles ont au moins un membre installé hors de Polynésie...
Lorsque les familles polynésiennes ont un membre installé à l’étranger, c’est principalement dans l’Hexagone ou un autre territoire d’Outre-mer, particulièrement en Nouvelle-Calédonie. Ainsi, 35,7% des familles résidant aux îles du Vent ont au moins un membre installé en France métropolitaine. Elles sont 37,8% aux Marquises, 26,7% aux îles Sous-le-vent, 23,2% aux Australes et 22,4% aux Tuamotu-Gambier. A ce titre, l’armée constitue un moyen très important d’émigrer : 43 % des enfants polynésiens résidant en France métropolitaine sont enrôlés dans la grande muette. 
Les enfants majeurs vivant à l’étranger sont les plus jeunes (25 ans et demi) suivis de ceux qui résident au fenua ou en France métropolitaine (27 ans en moyenne). Les plus âgés sont ceux qui sont installés en Nouvelle-Calédonie avec 31 ans en moyenne. Le Caillou est en effet une destination moins attractive pour les plus jeunes générations qui privilégient une poursuite d’études. La destination attire en revanche les jeunes à la recherche d’emplois peu qualifiés. Reste que lorsque les familles ont un membre implanté dans une collectivité ultramarine française, c’est principalement en Nouvelle-Calédonie (80,8%).
L’étude Feti’i e fenua constate en outre qu’une famille polynésienne sur 10 a au moins un membre implanté à l’étranger (hors Hexagone ou France ultramarine). Dans ce cas, les lieux d’implantation sont principalement en Amérique du Nord (26,3%). Les localités étrangères du Pacifique attirent dans 22,8% des cas (7,5% pour Hawaii) et l’Europe hors France dans 22,7% des cas.

... mais la Nouvelle-Calédonie est la première destination d’émigration des Polynésiens expatriés, dans les départements et régions d’Outre-mer.
... mais la Nouvelle-Calédonie est la première destination d’émigration des Polynésiens expatriés, dans les départements et régions d’Outre-mer.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mardi 28 Septembre 2021 à 16:51 | Lu 1456 fois