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​En Polynésie, Mélenchon veut "financer des milliers d'emplois"


Tahiti, le 6 avril 2022 - Statut d'autonomie, conséquences des essais nucléaires et transition énergétique. À l'approche du premier tour de l'élection présidentielle, Tahiti Infos a adressé six questions aux douze candidats nationaux dont six sont représentés localement. Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise, indique que s'il est élu, il agira en faveur du niveau de vie des classes populaires alors que sur le territoire, “les 10% les plus riches gagnent neuf fois plus que les 10% les plus pauvres”.
 
La Polynésie française dispose d'un statut de large autonomie au sein de la République. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis de la situation statutaire actuelle et de son évolution éventuelle ?

“L'évolution statutaire est l'affaire des peuples, pas d'un président de la République omniscient, surtout élu au terme d'une campagne où la question n'aurait jamais été posée. C'est pourquoi nous convoquerons un Congrès général des territoires éloignés et insulaires afin que le thème des relations entre tous, peuples concernés et hexagone permette les échanges et la mise en place de dispositions statutaires de nature à correspondre aux attentes des populations concernées, et donc en particulier des Polynésiens. C'est le même esprit qui guide notre proposition d'une Assemblée constituante pour une sixième république, désignée par l'ensemble du peuple français pour réécrire les règles du jeu politique.”
 
Sur le sujet des conséquences des essais nucléaires menés entre 1966 et 1996 en Polynésie française, le système d'indemnisation actuelle de la Loi Morin vous convient-il ? L'État doit-il accompagner davantage la collectivité sur ce dossier ?

“Durant le précédent mandat, nous sommes restés à l'écoute des demandes du peuple polynésien. C'est pourquoi nous avons soutenu la proposition de loi n°3966 de Moetai Brotherson, qui nous a semblé correspondre aux attentes d'une majorité de Polynésiens. Les députés qui aujourd'hui soutiennent Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont fermement opposés à cette proposition. Nous en reprendrons les axes principaux :
- Un grand plan de dépollution et de traitement des déchets nucléaires
- La prise en charge par l'État des frais liés à la maladie et à ses conséquences sur les victimes, frais pour l'instant assumés par la CPS
- La restauration des conditions d’indemnisation de la loi Morin qui s’appliquaient postérieurement à la loi Égalité Réelle Outre-Mer du 28 février 2017 et antérieurement à la loi de finances pour 2019
- La reconnaissance comme étant des victimes indirectes des expérimentations nucléaires françaises qui ont droit à la réparation intégrale de leur préjudice issu de la maladie radio-induite et de ses conséquences matérielles et morales de l’époux, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité, des descendants en ligne directe et des ascendants en ligne directe de toute personne souffrant d’une maladie radio-induite.”

 
En tant que président de la République, comment définiriez-vous le rôle de l’État dans ses compétences régaliennes en Polynésie française (armée, relations internationales, zone économique exclusive…) ?

“Les pouvoirs en matière de diplomatie et de défense sont déterminés par la Constitution de la 5e république : le Président de la République française est le chef des armées, il négocie et ratifie les traités. S'agissant de la Zone économique exclusive française du Pacifique essentiellement constituée par les eaux de la Polynésie française, les pouvoirs du Président de la République française sont donc très larges. L'Assemblée constituante pour une sixième république donnera le pouvoir à chacun de redéfinir l'ensemble des rôles et des pouvoirs du peuple et du président de la République. Les Polynésiens pourront donc se saisir de l'opportunité de cette Assemblée constituante pour redéfinir leur rôle dans les affaires de la région Pacifique. L'Avenir en commun est le seul programme qui prévoit d’ouvrir cette possibilité dans le cadre d’une Assemblée constituante pour une 6e République.”
 
Comment l'État peut-il accompagner la Polynésie française dans sa transition énergétique, notamment pour atteindre les objectifs environnementaux fixés au niveau national ?

“Le programme l'Avenir en commun prévoit un plan de 200 milliards d’euros (24 000 milliards de Fcfp) d’investissement pour la bifurcation écologique au plan national. Il s'agira de permettre la sobriété énergétique, de changer les modes de production d'électricité, les modes de transport, de développer tant l'autonomie énergétique que l'autonomie alimentaire et de former les acteurs polynésiens à cette bifurcation énergétique. A noter que nous préférons le terme “bifurcation” au terme “transition”, parce que la relation de l'être humain à la nature est à revoir en profondeur et ne peut se contenter d'une “transition”. De vrais et profonds changements sont nécessaires.”
 
Sur le principe d'une carte blanche offerte à tous les candidats à l'élection présidentielle, quelles sont les propositions spécifiques que vous envisagez pour la Polynésie française ?

“Si les 694 mesures du programme l'Avenir en commun auront un effet sur l'ensemble du territoire français, elles élèveront particulièrement le niveau de vie populaire en Polynésie française. Rappelons que sur ce territoire, les 10% les plus riches gagnent neuf fois plus que les 10% les plus pauvres ! Les grandes maisons avec jardin entretenu et piscine côtoient les bidonvilles de tôles. La situation est insupportable. Pour y mettre fin, l'État financera des milliers d'emplois en Polynésie pour la bifurcation écologique, dont les domaines de l'agriculture ou de la mer, suivant les recommandations du Plan restauré. Pour la jeunesse, nous créerons un service citoyen mixte de 9 mois (payé 160000 Fcfp par mois) pour tous les jeunes de 18 à 25 ans. Alors que les transports constituent le deuxième poste de dépense des Polynésiens, nous encouragerons le transport public à la demande, dans le cadre d'un plan spécifique de développement des transports collectifs en Outre-mer. Ceux-ci sont quasi inexistants aujourd’hui mais ne peuvent être élaborés qu'à partir des besoins locaux des populations et des réalités géographiques inconcevables depuis Paris. Face à l’urgence sociale, la gratuité des compteurs d'eau et des premiers m3 d'eau nécessaires à la vie, le plafonnement des frais bancaires ou encore la gratuité des protections périodiques changeront concrètement la vie des gens.
Pour lutter contre les bouleversements climatiques, nous atteindrons le 100% d'énergie renouvelable et construirons des centaines de logements publics par an aux normes écologiques les plus ambitieuses en Polynésie. Pour les enfants, nous proposerons notamment les mesures suivantes :
● Porter l'alimentation gratuite dans les cantines à 100% biologique et locale
● Réduire partout les effectifs d'élèves par classe pour faire mieux que la moyenne européenne (19 élèves par classe) par le financement de création massive de postes d'enseignants
● Renforcer les dispositifs de rattrapage scolaire, créer un lycée de la mer
● Assurer une garantie d’autonomie de 130000 Fcfp par mois à tous nos étudiants, y compris les élèves de plus de 16 ans en lycée professionnel, etc.
Pour la démocratie, nous instaurerons le référendum d'initiative citoyenne (RIC), qui permettra de révoquer des élus, de proposer ou abroger une loi, de changer la constitution, etc."

Rédigé par Garance Colbert le Jeudi 7 Avril 2022 à 17:08 | Lu 2228 fois