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​Echec des négociations, grève générale effective


Tahiti, le 23 novembre 2021 – Des positions tranchées de part et d'autre : les discussions poursuivies mardi soir, entre le gouvernement et l’intersyndicale à l’origine des préavis de grève, se sont achevées à 0 h 30 sans accord. La grève générale est effective.
 
Déjà en milieu de soirée, les espoirs étaient minces. “On n’a même pas réussi à écrire deux mots, déplorait mardi soir, après une heure et demie de concertation avec le gouvernement, la secrétaire générale de la confédération Otahi, Lucie Tiffenat, alors qu’ils changent tout dans la soirée, je n’y crois pas”. “On tourne en rond”, constatait de son côté Mireille Duval, la secrétaire générale adjointe de la confédération CSTP-FO. Invités à la présidence pour une cinquième soirée à la table des négociations, les syndicats signataires des préavis de grève générale se sont vus proposer, de leur aveu, mardi soir, pour l’ultime round de concertation avec le gouvernement, un protocole d’accord sensiblement identique à celui qu’ils ont en main depuis samedi. “Ils sont restés sur leurs positions. Ça n’a pas changé. On a eu des échanges, mais il n’y a aucune avancée”, constatait Atonia Teriinohorai, le secrétaire général de la confédération O oe to oe rima. Partant de là, la perspective de la signature d’un accord de fin de crise dans la soirée semblait ténue. Après presque 7 heures de négociation, la réunion a été levée sans accord  à 0 h 30. La grève générale est effective. 

S’il restait optimiste, au moins dans ses déclarations, à l'entame des négociations en début de soirée, Patrick Galenon, secrétaire général de la confédération CSTP-FO, syndicat majoritaire en Polynésie, n’en admettait pas moins que l’intersyndicale fait le nécessaire sur le terrain depuis plusieurs jours pour mobiliser ses troupes dans “des secteurs que vous connaissez bien et qui risquent de paralyser un peu le Pays” : Stock et manutention des hydrocarbures, pompiers de la plateforme aéroportuaire internationale, agents de sécurité chargés de l’inspection et du filtrage des voyageurs à Tahiti-Faa’a. Au port de Papeete, les dockers des sociétés d’aconage menacent une cessation d’activité, au moins dans les sociétés Sat Nui et Cotada, majoritairement encartées CSTP-FO. Le service des remorqueurs, dont les marins sont affiliés Otahi, est également prêt à débrayer, avec à la clé impossibilité pour les navires de plus de 100 mètres de pénétrer en rade. Des perturbations sont également à craindre dans les sociétés EDT et OPT. “Mais on ira crescendo.” Sans entente, la nouvelle étape du bras de fer engagé avec le gouvernement doit se jouer sur les piquets de grève, par une démonstration de la capacité de nuire, si ce n’est celle de mobiliser. “Ensuite, j’ai un peu peur d’actions qui nous échappent”, indiquait mardi Patrick Galenon. “La population peut nous déborder. De notre côté le mot d’ordre est clair –et c’est le message que je veux faire passer– : On restera sur nos positions respectives.” Pas de manifestation, pas de barrage routier, mais des salariés grévistes attendus aux piquets de grève.

Sur les cinq points de revendication communs à l’ensemble des préavis de grève déposés en début de semaine dernière, les discussions ont démarré sur des bases inchangées depuis samedi. En fin de soirée, trois points essentiels restaient à négocier.
 
Pouvoir d’achat
 
L’augmentation de 4% du Smig dès le premier décembre est “une nécessité pour ces pauvres gens” défendait lundi Patrick Galenon, le secrétaire général de la CSTP-FO. D’autant que selon lui, le point d’indice de la fonction publique territoriale a été réévalué de 2,06% entre 2014 et 2019 pour s’établir à 1 015 Fcfp, alors que le Smig est inchangé depuis sept ans à 152 914 Fcfp brut mensuel. 2% de réévaluation du salaire minimum interprofessionnel garanti proposés par le gouvernement ne sont à ce titre “qu’un rattrapage pour les petits salaires du privé”. Les syndicats demandent en conséquence 4% d’augmentation du Smig pour absorber, en plus de ce “rattrapage”, l’envolée des prix des produits alimentaires observée en 2020 (+2,8%). Réévaluation exigée dès le 1er décembre. Le gouvernement propose 2%, puis éventuellement une nouvelle augmentation dans le courant du premier semestre, suivant l’évolution constatée de l’indice des prix à la consommation. Des prix à la consommation qui seront nécessairement impactés par la TVA sociale de 1,5% que le gouvernement prévoit d’instaurer pour renflouer les recettes du système de protection sociale généralisée (PSG).
 
Réforme de la PSG
 
Autre point de désaccord difficile à résoudre, la réforme du système de gouvernance de la PSG présentée comme un impératif par Yvonnick Raffin pour une entrée en vigueur des janvier 2022. De 68 administrateurs pour gérer les trois régimes de la Protection sociale généralisée, ce projet de loi du Pays prévoit de confier la gouvernance de la PSG à 15 administrateurs dès janvier, pour un régime unique décliné dès 2023 en cinq branches (Maladie ; Accidents du travail ; Vieillesse ; Famille ; Handicap). Les syndicats dénoncent “la mort de la gestion paritaire au profit d’une gouvernance politique” et une répartition déséquilibrée employeurs-salariés, avec un conseil d’administration composé de cinq représentants du Pays, employeur public, aux côtés des cinq du patronat et des cinq membres du collège des salariés. Les syndicats veulent un rééquilibrage avec cinq représentants supplémentaires. De 15 membres le conseil d’administration passerait à 20, avec 10 représentants des salariés. Le gouvernement est resté fixe sur un CA de 15 membres, mardi. Il propose plutôt de gonfler la représentation des syndicats salariés au sein du nouveau Comité stratégique de la protection sociale universelle (CSPSU), à la fois observatoire et instance de propositions sur les évolutions souhaitable du système. “C’est là que tout se passe”, plaide Yvonnick Raffin. “Ils n’ont qu’à donner 15 sièges au patronat”, rétorquent en cœur les syndicats. D’autant que, comme le rappelle à l’envi Patrick Galenon, “ce n’est pas en changeant la gouvernance que l’on fera des économies de santé”.
 
Obligation vaccinale
 
On attend des réponses qui nous conviennent”, indiquait lundi Patrick Galenon à propos de la loi sur l’obligation vaccinale. Pour l'instant, il n'en est rien, malgré deux proposition faites par Edouard Fritch mardi soir : réduction de l'amende de moitié à 80 000 Fcfp et inscription dans la loi de l'impossibilité pour les employeur de procéder à des licenciement pour les salariés réfractaires. Pas  suffisant pour les syndicats. Ils dénoncent une mise en œuvre “chaotique” en entreprise où 12 000 salariés refuseraient de se soumettre à l'obligation vaccinale, selon le leader de la CSTP-FO. Les syndicats persistent à exiger l’abrogation de ce texte. Le Pays reste ferme sur la date du 23 décembre pour les premiers contrôles et renvoi éventuellement à la décision du Conseil d’État attendue pour le 29 novembre pour envisager d’éventuelles modifications de la loi.

Restent les points de revendications que le gouvernement s’engage à régler sur le moyen terme et qui semblent moins problématiques. Il en va ainsi du fonds d’aide aux salariés ayant perdu involontairement leur emploi. “On a renvoyé tout cela à des discussions plus apaisées”, expliquait lundi Yvonnick Raffin, en évoquant des rencontres tripartites dans les prochaines semaines et une nécessaire réflexion pour le financement de ce dispositif. La mise en œuvre de la loi sur la protection et la promotion de l’emploi local, le gouvernement annonce une mise en œuvre dès avril 2022. Et propose en attendant un “examen partagé des modalités de mise en œuvre” en concertation avec les partenaires sociaux.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 24 Novembre 2021 à 01:33 | Lu 10768 fois