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​EDT jugée après l’électrocution d’un adolescent



Tahiti, le 24 novembre 2020 - Le procès pour homicide involontaire de la société Électricité de Tahiti (EDT) et de six de ses employés s’est tenu mardi matin devant le tribunal correctionnel de Papeete. Il leur était reproché d’avoir involontairement causé la mort d’un adolescent de 14 ans qui s’était électrocuté le 22 décembre 2017 à Punaauia après avoir touché un disjoncteur dégradé. Six mois à deux ans de prison avec sursis simple ont été requis contre les six prévenus et 40 millions de Fcfp d’amende contre EDT. Le tribunal rendra son délibéré le 1er décembre.
 
Le drame particulièrement sordide, qui a valu mardi le renvoi pour homicide involontaire de six employés d’EDT et de la société elle-même, s’était déroulé le 22 décembre 2017 dans une servitude familiale située à Punaauia. Alors qu’il rentrait de la plage en fin d’après-midi, un adolescent de 14 ans avait commencé à jouer avec ses petits cousins sur un terrain vague qui jouxtait la maison dans laquelle il vivait avec sa famille. Sans que l’on sache exactement pourquoi, le jeune garçon avait touché un disjoncteur qui se trouvait sur ce terrain et avait été violemment électrocuté. Malgré l’intervention de son père adoptif, qui avait donné un coup de pied pour dégager le bras de son fils du disjoncteur, et malgré l’intervention d’un voisin pompier puis des secours, le jeune homme était décédé quelques jours plus tard à l’hôpital.
 
Dans le cadre de l’enquête ouverte après le décès de l’adolescent, les enquêteurs avaient entendu sa famille, les habitants du quartier, mais aussi les agents de la commune chargés de collecter les poubelles. Tous avaient unanimement indiqué que ce compteur était dans un état déplorable depuis très longtemps, que ses fils étaient à nu et qu’il était dépourvu de capot de protection. Également entendu, le propriétaire du terrain sur lequel se trouvait le coffret électrique avait livré la même version selon laquelle cela faisait au moins deux ans que le disjoncteur était dans un état lamentable. Quelques mois plus tard, l’homme avait fait un surprenant revirement en déclarant cette fois que l’appareil ne présentait aucun problème de vétusté.

Processus "efficaces"

Lors des investigations, plusieurs employés d’EDT avaient été auditionnés pour déterminer les raisons pour lesquelles ce compteur, qui avait été contrôlé le 6 novembre de la même année, était dégradé à ce point lors de l’accident. Les trois agents releveurs qui s’étaient notamment relayés sur ce site au cours de l’année avaient expliqué, lorsque leur mémoire ne leur faisait pas défaut, qu’ils n’avaient jamais remarqué aucune anomalie sur le coffret électrique. Trois de leurs supérieurs hiérarchiques avaient avancé la même explication en assurant que les processus de contrôle d’EDT auraient immédiatement permis la remontée de l’information si le disjoncteur avait présenté une anomalie.

Deux versions tout à fait opposées donc, qui se sont affrontées devant le tribunal correctionnel de Papeete mardi matin durant quatre heures de débats. Les trois agents releveurs, leurs trois supérieurs hiérarchiques ainsi que la société EDT, représentée par son directeur juridique, étaient en effet poursuivis pour homicide involontaire. A la barre, tous ont de nouveau expliqué qu’il était impossible que le disjoncteur ait pu perdurer dans un état vétuste et dangereux sans que cela n’ait été signalé. Interrogé sur l’absence d’enquête interne de remise en question des contrôles après le drame, le cadre qui était à l’époque chef du service d’intervention a balayé la question : "Nous n’avons pas fait d’enquête interne car nous étions certains que les processus mis en place étaient efficaces". De son côté, le directeur juridique d’EDT a clairement énoncé la position de l’entreprise : "L’explication est évidente, quelqu’un a détruit le compteur. La relève est passée en novembre et n’a rien remarqué. Pour nous, la dégradation du disjoncteur a eu lieu lors d’une période très proche de l’accident."
 

"Vendeurs de cravates"

Une ligne de défense qui a passablement agacé l’avocate de la famille du défunt, Me Solène Rebeyrol. Lors de sa plaidoirie, elle s’est dite "sidérée" par la position d’EDT : "Face à l’évidence, on nie tout pour éviter la condamnation mais les prévenus n’ont pas relevé l’état déplorable du compteur dont tout le quartier pensait qu’il n’était plus alimenté". En introduction de ses réquisitions, le procureur de la République, qui s’était rendu sur les lieux le jour du drame, s’est quant à lui dit absolument "scandalisé" par le "déni" et "l’absence de compassion" des mis en cause. "Je suis allé sur place le jour des faits et il est évident que ces dégradations étaient apparentes, c’était effrayant. La question est de savoir si ces dégradations ont eu lieu entre le 6 novembre et le 22 décembre et les témoins sont formels, ils ont toujours vu le compteur dans cet état !" Le représentant du ministère public a ensuite porté une lourde charge contre EDT qui, dès le départ, a fait preuve d’une "mauvaise foi pure" et qui s’est "arc-bouté sur le déni des faits". "Ce ne sont pas des vendeurs de cravates mais des distributeurs d’électricité", a-t-il asséné avant de requérir six mois à deux ans de prison avec sursis à l’encontre des prévenus et 40 millions d’amende contre EDT.
 
Face à ces réquisitions accablantes, le conseil des prévenus, Me Robin Quinquis, s’est évertué lors de sa plaidoirie à démontrer qu’il n’y avait aucun lien de causalité entre d’éventuels manquements de ses clients et la "survenance du décès". "Le coffret électrique a été retrouvé dans un état extrêmement dégradé avec des experts qui nous expliquent que d’une part, cette dégradation correspond à un acte de vandalisme avec un marteau ou une masse et que, d’autre part, en ce qui concerne les pièces sous tension qui sont à l’intérieur du disjoncteur, elles avaient fait l’objet d’une dégradation très récente. Ce qui nous amène à conclure que cet acte de vandalisme a été fait dans les jours qui ont précédé l’accident." Pour l’avocat, les nombreux témoignages attestant notamment du fait que le compteur n’avait pas de porte ne démontrent pas le lien de causalité entre les faits et les contrôles effectués par EDT. Le tribunal rendra son délibéré le 1er décembre.

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 24 Novembre 2020 à 17:40 | Lu 5473 fois





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