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​Des Marquisiens auscultés par l'ILM


Ua Pou, le 17 juin 2021 – L’institut Louis Malardé s’intéresse à l’hygiène de vie et au microbiote polynésien dans le cadre de l’étude Mata’ea. Une équipe d’infirmières recueille actuellement des informations sur l’état de santé général des habitants de Ua Pou. Ces données permettront de mieux comprendre les facteurs contextuels pouvant encourager l’apparition de maladies.
 
Tout a commencé en octobre 2019 lorsque l’Organisation mondiale de la santé a commandité une étude planétaire visant à établir des liens de cause à effet entre la santé des gens, leurs habitudes de vie et leur environnement afin de comparer les résultats obtenus dans différents pays. L’étude en question n’est pas réalisée dans tous les pays du monde. C’est par tirage au sort que la Polynésie française a été intégrée dans le champ des territoires étudiés. Quelques points GPS ont été dispersés aléatoirement par un ordinateur sur la mappemonde et l’un d’entre eux est tombé sur l’archipel.

L’Institut Louis Malardé (ILM) a donc dépêché plusieurs équipes dans tout le pays afin de rencontrer la population et collecter des données de santé anonymes pour les transmettre à l’OMS. Cette étude internationale qui s’est achevée en mars 2020 a ouvert la voie à une étude similaire, mais locale cette fois-ci : l’étude Mata’ea. Celle-ci ayant pour but de récolter des données du même type pour l’Institut de la statistique de la Polynésie française, en partenariat avec L’institut Pasteur et l’université Laval au Québec. Mais la crise sanitaire avait interrompu l’étude Mata’ea qui n’a pu reprendre que récemment, lorsque la situation s’est améliorée.

Cartographier les facteurs contextuels dans les archipels


Les participants ont tous été tirés au sort. Sur les 2 200 Polynésiens de 18 à 69 ans faisant l’objet de l’audit : 55 personnes sont concernées à Ua Pou. En ouvrant leur porte aux trois infirmières de l’ILM ces personnes bénéficient d’un bilan de santé gratuit totalement anonyme effectué à domicile par Lauriane, Mathilde et Virginie : « Nous posons simplement des questions aux gens sur leurs habitudes alimentaires, leur consommation de tabac ou d’alcool, sur la pratique d’activités physique et leurs habitudes de vie quotidienne. Nous effectuons aussi quelques mesures et prélèvements ainsi qu’un relevé de la pigmentation de la peau. Ce qui nous intéresse c’est la corrélation entre les maladies non-transmissibles, infectieuses ou chroniques et tous ces facteurs. Par exemple, on constate qu’il y a beaucoup plus de cas d’hypertension ou de problèmes cardiovasculaires en Polynésie française qu’ailleurs ; les habitudes alimentaires et le surpoids semblent en être la raison. »

 L’ILM espère à terme dresser un bilan précis de l’état de santé des habitants des différents archipels polynésiens et tenter d’identifier les facteurs contextuels (alimentation, hygiène de vie, microbiote) pouvant encourager le développement de pathologies. Les maladies transmises par les moustiques comme la dengue, le zika ou le chikungunya sont notamment dans le collimateur de l’institut qui espère pouvoir établir un relevé des zones à risque et des facteurs aggravants leur propagation.

​Un contact de proximité


Le contact entre l’équipe Mata’ea et la population est chaleureux, tout se fait au sein du foyer en dehors du cadre médical classique : « Il n’y a pas la pression de la blouse blanche, nous dit Virginie, on peut discuter avec les gens en toute simplicité et les aider à faire le point sur leur santé et leur hygiène de vie sans les culpabiliser. Notre travail n’est pas d’être moralisateurs mais de sensibiliser et d’écouter. La plupart du temps les gens qui nous reçoivent n’ont pas vu de médecin depuis longtemps. C’est intéressant d’échanger avec eux, ça permet de faire un bilan et de déceler des problèmes qui seraient peut-être passés inaperçus autrement. »
Virginie, Lauriane et Mathilde disent aimer leur travail notamment grâce à l’accueil qui leur est fait dans les foyers polynésiens : « On souhaite vraiment remercier toutes les personnes qui nous ont accueillies chez elles. On a toujours été reçues très chaleureusement et ça fait plaisir. »

La collecte de données sanitaires touche bientôt à sa fin dans les archipels. D’ici quelques jours le trio d’infirmières quittera les Marquises pour rejoindre Tahiti, où 600 foyers restent encore à visiter.

Rédigé par Jean Ollivier le Jeudi 17 Juin 2021 à 10:22 | Lu 988 fois