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​Ces 36 000 évasans par an


Tahiti, le 8 novembre 2021 – Les élues Tapura et Tavini, Sylvana Puhetini et Eliane Tevahitua, ont présenté jeudi dernier à l'assemblée le rapport de la mission d'information portant sur les conditions de prise en charge des patients bénéficiant d'une évacuation sanitaire. Les 90 préconisations de ce rapport avaient déjà été évoquées dans nos colonnes, mais c'est surtout le constat dressé par ce rapport de plus d'une centaine de pages qui alerte. Il dresse en effet un état des lieux des dysfonctionnements qui pèsent sur les évasans inter-îles : mise à contribution de l'Etat, organisation du Pays et des troupes sanitaires, mais aussi réflexion sur la mise en place d'un cadre réglementaire… Reste à voir comment les préconisations formulées seront traitées par les acteurs concernés.

Les élues Tapura et Tavini, Sylvana Puhetini et Eliane Tevahitua, ont présenté jeudi dernier le rapport de leur mission d'information portant sur les conditions de prise en charge des patients bénéficiant d'une évacuation sanitaire (évasan) inter-îles devant l'assemblée de la Polynésie française. Un rapport qui a pour finalité de “diminuer les morts évitables” et de “limiter les séquelles et les handicaps” tout en préparant un schéma d'organisation de l'évacuation sanitaire d'urgence par archipel.
 
Les évasans programmées plus nombreuses
 
Le rapport met d'abord en lumière un chiffre impressionnant : environ 100 évasans ont lieu chaque jour en Polynésie française. Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas seulement d'évasans “d’urgence”. En réalité, ce chiffre important s'explique par les nombreuses évasans “programmées”. C’est-à-dire les évacuations pour cause de “défaut de possibilité de réaliser des soins sur le lieu de résidence du patient”, précise le rapport. Par exemple, une personne résidant à Tahuata et devant aller consulter un spécialiste présent sur Nuku Hiva devra se déplacer pour se rendre à son rendez-vous et obtenir un diagnostic ou passer un examen. Un autre chiffre se détache du rapport. La moyenne de “deux évasans par an et par assuré”. Des évasans principalement programmées, durant lesquelles les potentiels bénéficiaires sont envoyés dans la structure médicale la plus proche d'abord pour un diagnostic, puis renvoyés par la suite au même endroit pour des examens ou un traitement…
 
Des évasans d'urgence plus coûteuses
 
Moins nombreuses que les évasans programmées, les évasans d'urgence ne représentent que 10% des évasans inter-îles. Mais elles sont plus coûteuses puisqu'elles représentent 33% du budget total des évacuations sanitaires. En effet, ces évasans sont généralement prises en charge par Air Archipels. “Mais dans de nombreux cas, comme il y a des lacunes au niveau du fonctionnement d'Air Archipels, l'Armée répond à la demande”, explique Eliane Tevahitua. “Or, l'armée facture extrêmement cher tous ces déplacements à la CPS”. D'où le poids conséquent des évasans d'urgence sur le budget de la CPS. Ainsi, depuis 2010, le coût par an en moyenne supporté par la CPS augmente de 3% et avoisine ainsi les 2 milliards de Fcfp.
 
Le soutien de l'Etat
 
L'élue Tavini a recensé les facturations de l'armée pour les évasans d'urgence et s'étonne : “Certes, le Pays est compétent en matière sanitaire, mais tout ce qui relève du secours aux populations et tout ce qui est sécurité publique, c'est une compétence régalienne”. Pour Eliane Tevahitua, “il est important de réexaminer la situation en se basant sur la répartition des compétences”, puisque pour le moment selon la représentante indépendantiste “l’Etat ne joue pas assez son rôle”. Pour les évasans programmées, elle propose donc que soit créé un Fond de continuité territoriale sanitaire : “comme il en existe dans d'autres collectivités ultramarines”. Ce qui permettrait au Pays et à l'Etat d'injecter des fonds nécessaires pour soulager la CPS. Au niveau des évasans urgentes, “elles induisent des situations où la population a besoin de secours, avec l'avis du SAMU, donc c'est à l'Etat de les prendre en charge”. Quand on l'interroge sur la manière dont l'Etat pourrait agir, l'élue répond : “par le biais d'un dispositif quelconque, mais ce n'est pas normal que la CPS prenne en charge ce qui est de la compétence de l'Etat”.
 
Vers un schéma d'organisation des évasans d'urgence
 
Pour éviter que les services ne se passent la patate chaude, l'élue Tavini propose que soit créé un schéma d'organisation des évasans d'urgence. Elle assure que sa création “peut-être très rapide” puisqu'il ne s'agit, selon elle, “que d'officialiser ce que les médecins du SAMU font déjà de manière entendue dans un cadre réglementaire, ce qui n'est pas le cas actuellement”. Un document de référence, véritable levier pour donner une “reconnaissance officielle de leur rôle dans notre dispositif de santé publique”.
 

​Eliane Tevahitua, représentante Tavini : “On se donne comme échéance jusqu'à 2023”

Qu'est-ce que votre mission d'information au sujet des évasans inter-îles a mis en lumière ?

“Les évasans sont au cœur des préoccupations des élus de ces vingt dernières années. C'est une question récurrente qui met en lumière une situation d'urgence qui touche à la vie des gens. On n'ignore pas, par ailleurs, que les habitants des îles ne sont pas tous salariés. Ils doivent donc engager des démarches lourdes, notamment au niveau pécuniaire. Le système des évasans est une spécificité adaptée à la géographie de notre pays. C'est un bon système mais il faut l'améliorer. C'est ce que nous voulons faire à travers ce rapport.”
 
Quel a été votre sentiment au sortir de la session de l'assemblée jeudi ?

“Ce rapport a été fait par une élue de la majorité et par une élue de l'opposition. Cela montre que le sujet des évasans est un point de convergence qui fait l'unanimité auprès des élus. Les réactions étaient très bonnes, dans tous les groupes politiques. C'est une source de satisfaction de voir que ce travail plaît aux autres représentants et qu'ils reconnaissent ce travail, les recherches qui ont été effectuées et les chiffres qui ont été relevés. Un accueil très favorable réservé à notre travail de mission d'information. On espère donc obtenir le concours les représentants de l'assemblée, quelle que soit leur archipel de résidence, pour que les propositions émises puissent aboutir si ce n'est dans les mois à venir, dans les années à venir.”
 
Quels sont les prochains points d'étapes que vous souhaitez atteindre ?

“Déjà, nous attendons le soutien du Pays et de l'Etat, qui à notre sens, ne joue pas assez son rôle. Ensuite, un comité de suivi de l'intégration des mesures que nous préconisons. En tant qu'élues de l'assemblée, nous allons nous atteler jusqu'à la fin de notre mandat au minimum à faire réaliser des propositions parmi les 90 énoncées. La totalité serait l'idéal, mais on va mettre du temps. Par exemple, la proposition de créer un Centre hospitalier universitaire au CHPF et une faculté de médecine, ça ne se fera pas sur un claquement de doigts. Il y a des homologations à effectuer, mais nous voulons poser les premières pierres de cette amélioration.”
 
Nous imaginons tout de même que vous avez des points d'étapes que vous souhaitez respecter.

“Oui, on se donne comme échéance jusqu'à 2023 pour voir les propositions retenues et budgétées par le gouvernement. Par exemple, nous souhaitons multiplier les consultations spécialisées dans les îles, avec des médecins spécialistes. Ce dispositif existe, mais il faut encore augmenter le nombre des vacations dans les îles. Le suivi des différentes propositions formulées de compétence du Pays est laborieux puisqu'à chaque commission budgétaire, il faudra que l'on vérifie si les préconisations ont été inscrites dans le budget.”
 

Rédigé par Ariitaimai Peckett le Lundi 8 Novembre 2021 à 20:37 | Lu 1636 fois