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​Calédonie-Tahiti : Ces familles piégées par la fermeture des frontières



Tahiti, le 16 novembre 2020 - Entre le fenua et le Caillou, plusieurs familles ont été prises au dépourvu par la crise sanitaire et la fermeture du ciel calédonien. Séparés de leurs proches expatriés d’un côté ou de l’autre, ces cas particuliers souffrent en silence, à défaut de pouvoir justifier "d’un motif impérieux" pour obtenir une place sur un vol desservant la Nouvelle-Calédonie.
 
La fermeture des frontières de la Nouvelle-Calédonie, Haidi Saïd, 38 ans, était loin de se douter qu’elle allait durer plus d’un an. Le cas échéant, elle n’aurait certainement pas laissé sa fille de 11 ans, née d’un premier lit, derrière elle en quittant le pays fin 2019. Ainsi ses retrouvailles avec la famille de Tahiti sont vite ternies par les mauvaises nouvelles de la crise sanitaire. La fermeture du ciel calédonien en mars donne le ton. Et la décision de prolonger la "programmation limitée des vols réguliers au départ et à destination de la Nouvelle-Calédonie" d’abord jusqu’à fin mars, puis récemment jusqu’à fin juillet, anéantit tous ses espoirs de revoir sa fille. "Ma compréhension c’est que les familles qui partagent une garde ne sont pas prises en compte, ou du moins, leur situation ne justifie pas d’un motif impérieux" pour obtenir une place sur un vol vers la Nouvelle-Calédonie.
 
Alors que le Caillou prévoit prochainement une rotation vers la Polynésie française (départ de Nouméa le 2 décembre, retour le 3 décembre), sa seule option serait de rapatrier sa fille pour une durée indéterminée. Une option qui pose cependant plusieurs problèmes. "C’est une source d’angoisse pour les enfants qui sont séparés trop longtemps de l'un des parents, en l’occurrence elle serait séparée de son père qui vit à Nouméa, donc ça génère aussi des tensions entre les parents, auxquelles s’ajoutent de grosses difficultés d'organisation sur le plan scolaire", énumère la jeune maman. Car le calendrier scolaire calédonien n’est pas calqué sur celui de la métropole, contrairement à celui de la Polynésie.
 
"Le plus dur c'est de ne rien pouvoir prévoir, zéro visibilité. Il n'y pas de solution proposée, les textes ne tiennent pas compte des enfants, notamment en matière de quatorzaine sur le Caillou." Impuissante, elle doit se résoudre à "attendre la fin de la crise". Une attente insupportable pour cette mère piégée par le Covid, et une double peine. "La séparation est très difficile pour toute la famille installée en Polynésie depuis décembre 2019. Je dois gérer mes propres angoisses liées au manque, mais aussi celles de mon autre fille, sa petite sœur de 6 ans, qui ne comprend pas bien la situation."
 
Elle n’est pas la seule dans cette situation inédite. Calédonienne installée en Polynésie, Geneviève Barbe devait retrouver toute sa famille sur le Caillou pour le mariage de son petit frère. "Ça faisait dix ans que je n’avais pas vu toute ma famille" déplore la jeune femme. Il faudra qu’elle attende encore. "On avait justement prévu une grande fête pour mon mariage en août de cette année" raconte son frère, Steeve Barbe, depuis Nouméa. "Mais voilà, le Covid en a décidé autrement, on a maintenu le mariage jusqu'en juin 2021 et avec les décisions prises par le gouvernement on a ensuite décidé de reporter d'un an." Maintenant que la fermeture est reportée à juillet 2021, il n’a plus vraiment le choix. "Du coup on va se marier quand même en août cette année. Si la famille ne peut pas venir, on fera juste à la mairie et on attendra qu'ils puissent venir pour l'église."
 
Il n’en veut pas pour autant à son gouvernement. "Les mesures ont permis de se prémunir du Covid, c'est pour notre bien. Lorsque la Polynésie a décidé d'imposer une quatorzaine à domicile, je me suis dit que ça ne fonctionnerait qu'un temps. Car on connaît le caractère des gens des îles, à Tahiti comme ici, on sait que ça ne sera pas respecté par tout le monde", fait remarquer le jeune calédonien. "Par contre c'est dur de savoir qu'en contre partie, on ne peut pas revoir sa famille."
 
Geneviève est du même avis, bien qu’elle trouve "prématuré" de repousser à fin juillet alors que le ciel calédonien est déjà fermé jusqu’au 27 mars. Pour le gouvernement calédonien, pas question de rouvrir les frontières, "sauf évolution favorable de la situation mondiale d’ici là", comme le précise le porte-parole du gouvernement, Christopher Gygès. Le président du gouvernement, Thierry Santa, a notamment fait savoir que "l’Etat sera sollicité afin que la Nouvelle-Calédonie bénéficie des précommandes de vaccins formulées par la France."
 
Aussi, Haidi ne se fait pas d’illusion. "L'ouverture sera repoussée jusqu'à ce qu'un vaccin soit diffusé. Après le gouvernement calédonien a ses raisons, notamment pour préserver sa population, mais à mon sens c'est reculer pour mieux sauter."
 

​Thierry Santa : "Nous devons nous serrer les coudes"

​Calédonie-Tahiti : Ces familles piégées par la fermeture des frontières
"Je suis conscient que des drames familiaux se jouent tous les jours à cause de cette crise sanitaire mondiale. (…) Bien évidemment, j’ai une pensée émue pour nos frères tahitiens bloqués ici, et nos ressortissants calédoniens encore retenus chez vous. (…) Vraiment, je veux que vous sachiez que les Calédoniens vous soutiennent dans cette terrible épreuve que vous traversez. Nous sommes tous frères du Pacifique et nous devons nous serrer les coudes.
 
Je peux vous assurer que, tous les jours, notre gouvernement tente de trouver des solutions concrètes aux différents problèmes posés. Et ils sont nombreux. (…) Ce que nous essayons de faire, c’est d’apporter une réponse proportionnée, en fonction de nos contraintes médicales, sociales, et économiques.
Aussi, nous avons réussi à programmer un vol Tahiti/Nouméa le 3 décembre prochain. Une cinquantaine de personnes pourront de nouveau regagner la Calédonie et finir leur quatorzaine avant les fêtes de fin d’année. (…) Nous avons aussi évoqué l’idée de permettre à la communauté tahitienne installée en Calédonie d’envoyer des colis à leur famille à l'aller. Techniquement, c’est possible. Nous attendons le feu vert de la compagnie aérienne Aircalin. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour que la distance entre la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie soit symboliquement la plus courte possible."

 

​Une communauté polynésienne de plus de 5 600 personnes

La communauté polynésienne installée en Nouvelle-Calédonie représente à peu près 2% de la population, soit environ 5 600 personnes. Selon une étude de l’institut de sondage Quidnovi réalisée en 2018 auprès de la communauté polynésienne du Caillou afin "d’évaluer son appréciation du référendum du 4 novembre" cette même année, 64% des Polynésiens installés sur le Caillou sont "ancrés" dans le pays et seulement 14% d’entre eux pourraient envisager de partir à un horizon de 3 à 5 ans, c’est-à-dire entre 2021 et 2023. L’institut Quidnovi estimait alors, sur ces bases, que 200 à 450 personnes pourraient partir de Nouvelle-Calédonie d’ici 2021. Un nombre susceptible d’évoluer en fonction de la situation politique du pays.
 
Depuis le 21 mars et la suspension des vols internationaux, Aircalin a effectué quatre rotations de rapatriement transportant 211 passagers de Nouméa vers Papeete et 240 dans l’autre sens.
 

Rédigé par Esther Cunéo le Lundi 16 Novembre 2020 à 20:34 | Lu 6749 fois





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