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​Budget 2022 : un peu de croissance, un peu de prudence


Tahiti, le 1er décembre - Alors qu’une nouvelle vague épidémique est attendue dans les semaines à venir et inquiète entreprises et pouvoirs publics, le projet de budget 2022 du Pays table sur une croissance du PIB de l’ordre de 2 à 3% par rapport à 2021. Une amélioration de la situation économique sur laquelle souhaite s’appuyer le gouvernement pour assurer la relance.
 
Lors de l’adoption du budget 2021, le néo-ministre de l’Économie et du Budget, Yvonnick Raffin, avait indiqué que, compte tenu de la faible visibilité économique du gouvernement et de la fragilité financière du Pays et des entreprises, il s’agissait d’“avancer sur la ligne de crête”. Quelques numéros d’équilibriste budgétaire plus tard, le ministre présentera un nouveau budget du Pays pour 2022 avec une perspective nettement plus positive. Le document qui sera étudié ce jeudi par les représentants de l’assemblée évoque ainsi un budget “bâti sur une perspective de hausse de 2 à 3% du PIB”. Une hausse qui ne rattrapera que très partiellement la chute de l’économie en 2020 et 2021 mais qui permet au gouvernement de présenter un budget 2022 qui consacre 137,9 milliards en dépenses réelles de fonctionnement (+10%) et 48,6 milliards en investissement.
 
Entre confiance et prudence
 
Après une année 2021 meilleure que prévue au niveau fiscal, notamment grâce à un bon rendement de l’Impôt sur le bénéfice des sociétés et les droits d’enregistrement, le gouvernement prévoit des recettes fiscales à hauteur de 104,1 milliards avec notamment +2,1 milliards pour la TVA. Des prévisions de recettes en hausse et en dépenses qui anticipent également une probable reprise du tourisme. Le gouvernement prévoit ainsi de percevoir 1 milliard de redevance de promotion touristique, soit 39% de plus qu’en 2021.

Au niveau des dépenses de fonctionnement, les mesures du plan de relance, qui concernent principalement des actions en faveur de l’emploi, de la formation professionnelle mais également des opérations de communication touristique, disposeront d’une enveloppe de 2,8 milliards. Mais la situation sanitaire incite également encore à la prudence. Ainsi, sur le chapitre des dépenses imprévues, le Pays avait prévu 565 millions de Fcfp en 2021. Ces crédits avaient notamment permis de financer les dépenses urgentes pour faire face à la crise du Covid avec notamment les frais d’hébergement et de transport de la réserve sanitaire, les affrètements pour la livraison de matériel ainsi que l’achat de kits sanitaires et de concentrateurs d’oxygène. L’enveloppe pour 2020 est ainsi reconduite quasiment à l’identique avec 400 millions de Fcfp, signe que le gouvernement s’apprête prudemment à faire face à de nouvelles vagues épidémiques.
 
L’administration choyée
 
L’évolution des charges de personnel, un temps repassées sous les 30 milliards entre 2014 et 2015, repart à la hausse. Le budget 2022 prévoit en effet un montant de 33 milliards de Fcfp destinés notamment à couvrir de nouvelles créations de postes dans la fonction publique territoriale, d’un niveau comparable à celles de 2021. Mais ces créations ne seront pas suffisantes pour couvrir le nécessaire fonctionnement de l’administration. La hausse prévue des charges de personnel entre 2021 et 2022 sera de plus de 800 millions de Fcfp, dont 280 millions de Fcfp pour procéder à des recrutements temporaires.

Si la Polynésie va recruter, elle prévoit également “trois opérations d’envergure” pour améliorer les conditions d’accueil du public. Il s’agit de la construction du nouveau bâtiment administratif en bas de l’avenue Pouvanaa a Oopa pour lequel les premiers coups de tractopelles ont été réalisés il y a un mois. Le coût de 700 millions de Fcfp est à peine supérieur à celui du parking silo de 500 places qui va être construit, pour 600 millions de Fcfp, à un hectomètre de là. Enfin le relogement de la direction des transports terrestres dans un batiment api à Pirae devrait couter dans les 300 millions de Fcfp. 
 
Grands travaux, petits budgets
 
Côté investissement justement, le Pays prévoit donc un équilibre en recettes et en dépenses à hauteur de 48,6 milliards avec également une fraction consacrée au plan de relance. Un chiffre qui couvre, comme chaque année, des dépenses d’investissement consacrées à la réalisation de nombreux programmes de travaux. A cet égard, le plan de relance en la matière ne passera pas en 2022 par les grands projets de travaux dont les affres incitent désormais le gouvernement à la prudence. Pas de mention de la ferme aquacole de Hao alors que le gouvernement consacrera encore 112 millions de Fcfp pour financer des études pour l’aménagement du Village Tahitien. Le projet de zone biomarine à Faratea démarrera doucement. Si le coût global de l’aménagement a été évalué à près de 3 milliards de Fcfp, le budget n’y consacre que pour 150 millions de Fcfp de crédits en 2022, soit environ 5%. Des montants inférieurs à ceux consacrés pour la préparation du site de Teahupo'o pour les Jeux Olympiques en 2024. Pour la seule reconstruction de la passerelle piétonne devenue iconique à l’embouchure de la rivière, un montant de 175 millions de Fcfp a été dégagé.
 
Investissement, plombé par la dette
 
Un budget qui fait la part belle aux investissements sur les réseaux et les équipements structurants comme par exemple l’aménagement des ports et dans une moindre mesure à la rénovation du routier. Sur les 10,2 milliards prévus pour ces équipements, le maire de Bora Bora, en délicatesse avec la politique vaccinale du gouvernement, peut compter sur le concours du Pays pour la reconstruction du quai de Farepiti (1,5 milliard), la réalisation de l’assainissement pluvial et la réfection des chaussées (400 millions de Fcfp) ou encore des études sur le terminal pour les jets privés.

Mais les dépenses d’investissement du Pays concernent aussi en grande partie le remboursement de sa dette. Cette dernière a dépassé les 116 milliards de Fcfp, soit une hausse de près de 50% depuis 2019. L’annuité de la dette atteindra ainsi 18,4 milliards en 2022 contre 11,7 trois ans plus tôt. Un chiffre qui va évoluer à la hausse, le document budgétaire précise en effet que le deuxième PGE de 35,8 milliards de Fcfp, en cours de négociation avec l'AFD et Paris, “ne sera finalisé qu'en 2022, après le vote du projet de loi de finances pour 2022”. Il ne devrait être intégré dans les comptes du Pays qu’au cours de l’année prochaine. Il n’est donc pas acquis que le Pays ait quitté de sitôt la ligne de crête.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mercredi 1 Décembre 2021 à 17:46 | Lu 1396 fois