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​50 ans de TFTN : Il était une fois l’Otac


​50 ans de TFTN : Il était une fois l’Otac
Tahiti, le 3 décembre 2021 - Pour célébrer les 50 ans de la Maison de la culture Te Fare Tauhiti Nui, Tahiti Infos organise un rendez-vous quotidien dans ses colonnes, jusqu’au 10 décembre, pour retracer les grands moments de l’histoire de cette institution culturelle de Tahiti. Aujourd’hui, on s’intéresse à la grande époque de l’Otac.
 
C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre. Mais de 1981 à 1998, la Maison de la Culture Te Fare Tauhiti Nui était communément désigné sous le vocable « Otac ». Après une décennie sous statut associatif, la Maison des jeunes-Maison de la culture fut en effet dissoute en 1981 pour céder place à l’établissement public administratif qui gère encore les activités du site de Paofai mais qui a pendant 17 ans été appelé l’Office territorial d’action culturelle (Otac).
Dès 1981, c’est Geffry Salmon, l’ancien directeur adjoint de l’Office de développement touristique (ODT) qui est nommé secrétaire général de l’Otac. Il est rejoint par les personnels de l’ODT en charge de l’organisation du Tiurai : Gérard Cowan et Richard Mai. Tous deux encadreront la nouvelle structure du  département « fêtes » ou Heiva. La pierre emblématique de la place Vaiete, symbole de la danse, sera elle-même déplacée à leur demande à la maison de la culture. « L’établissement public administratif a repris à son compte le Tiurai ainsi que quelques-uns de ses agents dont Gaspard Coppenrath, Richard Mai, Karim Cowan, la comptable Victorine Roomataaroa et Amo », se souvient Jean-Pierre Tchung Koun Tai.
Geffry Salmon découvre à son tour la sensibilité culturelle si particulière du dramaturge et poète Henri Hiro. Il l’accompagnera en toute mesure, sauf contraintes budgétaires dans l’ensemble de ses créations artistiques.
L’histoire de l’Otac retient aussi ce piano installé dans le bureau de son secrétaire général, et les mélodies qui s‘en échappaient. En fait, l’établissement compte deux pianos, après le départ de Geffry Salmon, Richard Mai mais aussi Francis Stein poseront leurs doigts sur leurs claviers respectifs. Ces deux pianos sont aujourd’hui pour l’un au Conservatoire et pour l’autre à la Maison du piano.
 
Valse des directeurs
 
En 1984, avec l’avènement de l’autonomie interne, Geffry Salmon démissionne de l’Otac. La direction de l’établissement public est alors confiée à Gérard Cowan. Le poste est ensuite confié le 15 novembre 1985, à Francis Stein, malgré quelques réticences du commissaire du gouvernement. Francis Stein n’est alors âgé que de 24 ans. Il va cependant diriger l’Otac jusqu’en 1998.
Dès sa prise de fonction, le nouveau secrétaire général doit gagner la Nouvelle Zélande à la rescousse de la pirogue double Hawaiki Nui, dont la construction est financée par l’Otac. L’affaire du Rainbow Warrior le prive de toute assistance de la part des autorités néo-zélandaises, alors que la propriété de cette pirogue de conception traditionnelle est revendiquée par des tribus maoris. « Les Maoris m’opposaient l’adage qu’une pirogue qui touche leur rivage devient leur propriété », se souvient à ce propos Francis Stein. « Je leur ai opposé que dans notre tradition, lorsqu’une pirogue touche un pays, ce dernier devient propriété de son équipage. » Il faudra une procédure judiciaire pour permettre le  rapatriement de la pirogue Hawaiki Nui.
 
 
Lors de son mandat, le nouveau secrétaire général va poursuivre la mission de l’établissement visant à la promotion de l’action culturelle de la Polynésie française. Dans les années quatre-vingts, l’Otac ouvre son champ culturel. Il organise la venue à Tahiti d’artistes tels que Francis Cabrel ou Maxime Leforestier. C’est également sous son égide qu’est organisée la participation de la Polynésie française au festival des arts en Nouvelle-Calédonie, puis en 1985 à Tahiti.
 
Henri Hiro aux spectacles
 
L’établissement culturel est organisé en trois départements. Le département de recherche et de créations, en charge de la programmation des spectacles, est conduit par Henri Hiro, secondé par Coco Hotaota et John Mairai pour les chorégraphies. L’atelier de ce département est à la salle Muriavai. Sur ses murs, vont naitre les principaux instants du renouveau artistique culturel portés par Henri Hiro : ses œuvres théâtrales puis celles de ses successeurs. En 1988, après le départ d’Henri Hiro, la direction du département Recherches et Créations sera confiée à John Mairai.
Un second département est géré par Alain Deviègre. Il est en charge des bibliothèques, du laboratoire de langues et des animateurs.
Pour finir l’organisation des activités culturelle, le département « fêtes » ou Heiva est conduit par Gérard Cowan, secondé par Richard Mai. C’est d’ailleurs sous son égide qu’est créé l’ancêtre du Heiva upa rau, en 1983. Ce concours annuel s’appelle alors Les Oscars de la musique polynésienne. Abandonné un temps, le rendez-vous sera remis au goût du jour en 2003, désormais appelé Heiva Upa Rau et organisé par Te Fare Tauhiti Nui.
Lorsque qu’après le départ de Henri Hiro le Département de recherches et de créations délaisse ses ateliers et perd ses forces vives, ses locaux se transforment en magasins de stockage et en entrepôt.
 
Premières expos à Muriavai
 
La salle Muriavai se met progressivement à recevoir diverses expositions d’artistes encore méconnus, parmi lesquels Bobby Holcomb, André Marere, Hiro Ouwen, Heira’i Lehartel, mais aussi des artistes extérieurs renommés comme  Jin Dong Fang et Goetz.
Mais c’est bien l’organisation du Heiva anciennement Tiurai qui consacre l’action culturelle phare de l’Otac. L’établissement supervise aussi les manifestations et les déplacements des délégations culturelles et artisanales : festival culturels des Marquises, des Australes, des îles Sous-le-Vent, Festival des arts du Pacifique.
La Maison de la culture sera la cheville ouvrière des sélections des délégations de danseurs qui ont participé notamment au Festival des arts de Townsville en Australie en 1988, puis en 1992 à Rarotonga, puis en 1996 à Apia aux îles Samoa et lors du millénaire à Nouméa en Nouvelle Calédonie.  Elles y rencontreront chaque fois un vif succès. Enfin, ses services seront sollicités pour la tenue de sommets internationaux comme ce fut le cas lors de la 26e Conférence du Pacifique, organisée en 1986 à Papeete. En 1998, l’Otac est rebaptisé Te Fare Tauhiti Nui et laisse derrière lui le souvenir d’une intense activité culturelle.

Rédigé par Jean-Christophe Shigetomi le Vendredi 3 Décembre 2021 à 15:43 | Lu 981 fois