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​“La Polynésie française est en deuil”


Tahiti, le 9 septembre 2021 – Le Sénat a voté jeudi la prorogation de l'état d'urgence jusqu'au 15 novembre pour les territoires d'outre-mer et notamment la Polynésie française. Le sénateur Teva Rohfritsch a insisté sur l'importance du soutien de l'Etat, en période de crise, mais également par la suite pour permettre à la Polynésie de se remettre de ce “drame” qui n'est “pas seulement ultra-marin, mais national”.
 
Le Parlement a donné jeudi son feu vert, par un large vote du Sénat, à une prorogation, jusqu'au 15 novembre, de l'état d'urgence sanitaire dans la grande majorité des territoires ultramarins, durement frappés par un rebond de l'épidémie de Covid-19. Le Sénat dominé par l'opposition de droite a adopté à main levée, sans modification, le projet de loi déjà largement voté mardi par l'Assemblée nationale. Seul le groupe CRCE à majorité communiste a voté contre.


La prolongation de l'état d'urgence -qui permet d'instaurer ou maintenir des mesures de couvre-feu et de confinement- concerne la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin dans les Antilles, ainsi que la Guyane, La Réunion et la Polynésie française. La Nouvelle-Calédonie, où l'état d'urgence a été déclaré mercredi par décret et où un confinement strict est en vigueur, a été ajoutée à cette liste.

“La Polynésie française est en deuil”, a déclaré au cours de son intervention le sénateur polynésien, Teva Rohfritsch, décrivant devant la représentation nationale une situation : “Dramatique pour les malades, car tous n'accèdent pas aux soins dont ils ont besoin. Terrible pour les soignants, à bout de force et condamnés à faire des choix. Angoissante pour nos familles.” Pour tenter d'illustrer la gravité de la situation devant les sénateurs, l'ancien vice-président du Pays a évoqué la “barre des 513 morts” franchie ce week-end. “Ces chiffres peuvent paraître relativement faibles à l'échelle de la nation. 55, c'est le nombre de décès enregistrés lors du week-end du 23 août. C'est plus du double d'une année entière de décès sur la route.”
 
“Au bout de la planète mais aussi en France”
 
Comme la députée Maina Sage, mardi à l'Assemblée nationale, Teva Rohfritsch a insisté sur le fait que ce variant Delta était “un terrible catalyseur de notre faiblesse”. “En outre-mer, nous faisons face avec gravité à notre vulnérabilité, à notre éloignement. Mais aussi à l'état de santé de nos populations. Aux maladies non-transmissibles. Sans oublier les difficultés liées à l'habitat insalubre ou indigne, à la promiscuité pour de trop nombreuses familles.” Mais le sénateur a surtout tenu à rappeler que ce “drame” ne devait pas être considéré depuis Paris comme “seulement ultra-marin, mais national”. Remerciant la solidarité nationale exprimée par les 200 soignants déjà arrivés en renfort “au bout de la planète mais aussi en France”, Teva Rohfritsch a rappelé l'aide apportée par les Calédoniens il y a quelques semaines. “Des renforts sont encore nécessaires”, a rappelé le sénateur polynésien au pupitre.
 
Sur la vaccination, qui a “enfin fait un bond en Polynésie, certainement dopée par la dure réalité de la mort”, le sénateur a fustigé les “fake news et autres doctorants des réseaux sociaux ont mis à mal les campagnes de vaccination”. Teva Rohfritsch ne manquant pas de souligner au passage “certaines obédiences religieuses qui ont aussi pris chez nous une lourde responsabilité”… Enfin, le numéro deux du Tapura a d'ores et déjà annoncé qu'après la crise viendrait l'heure du bilan, tant sanitaire qu'économique, pour la Polynésie française. Et sur le sujet, Teva Rohfritsch compte également sur le soutien de l'Etat. “Nos géographies ne forment pas des boucliers, mais un risque supplémentaire”, a-t-il expliqué. “Ce n'est pas une question de statut, ni d'ultramarinité. Mais de priorité et de moyens consacrés à la santé des Français.”
 

Rédigé par Antoine Samoyeau, avec AFP le Jeudi 9 Septembre 2021 à 19:16 | Lu 11111 fois