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‘Ōrama Studio publie sa "bombe visuelle"


(Assis, de gauche à droite) Tokainiua Devatine, Hihirau Vaitoare, Alexander Lee (debout, de gauche à droite) Are Raimbault, Rangitea et Niuhiti Wohler.
(Assis, de gauche à droite) Tokainiua Devatine, Hihirau Vaitoare, Alexander Lee (debout, de gauche à droite) Are Raimbault, Rangitea et Niuhiti Wohler.
TAHITI, le 20 février 2022 - C’est un livre d’art que le collectif ’Ōrama Studio vient de publier en guise de catalogue de l’exposition qu’elle a organisé du 17 juin au 31 juillet 2016. Il compte 176 pages et donne la parole aux neuf artistes contemporains qui constituent le collectif et s’expriment en français, reo tahiti et anglais.

’Ōrama Studio est une association créée le 17 Juillet 2015. Elle s’est donnée pour objectif la création et la promotion des arts visuels contemporains de la Polynésie Française. Il vient de publier un livre qui regroupe le travail plastique des neufs membres fondateurs qui sont : Flora Aurima Devatine, Tokainiua Devatine, Alexander Lee, Kahara Palmer, Are Raimbault, Karine Taimana, Viri Taimana, Hihirau Vaitoare et Rangitea Wohler.


Ce livre a été conçu autour de l’exposition organisée du 17 juin au 31 juillet 2016 au Musée de Tahiti et des îles. Plus qu’un catalogue d’exposition, ses auteurs ont voulu en faire un livre d’artistes, un "manifeste", une "bombe visuelle", un "voyage conceptuel" et un "journal intime". La pêche, le coprah, le fait nucléaire, le regard "exotique" de l’autre, la préservation de l’environnement, le territoire maritime et la cartographie, le langage poétique, le diabète, le tapa, l’évangélisation, pour ne citer que les plus flagrants, font partie de la panoplie de sujets traités par les œuvres qui y paraissent. Il compte au total 176 pages et reprend le parcours de l’exposition. Trilingue (reo tahiti, anglais et français), l’ouvrage se veut à la fois un livre d’artistes, un catalogue d’exposition et, à travers la création artistique polynésienne de ses auteurs, un essai visuel sur les faits de société dont elle s’inspire. "Je n’aime pas les choses conventionnelles", indique Alexander Lee qui s’est chargé de la coordination. Une tâche laborieuse qui a demandé patience et persévérance. Elle a duré plusieurs années.

La lecture commence par la découverte d’une ice cream café-pain-beurre qui était proposée à l’entrée de l’événement en 2016. Une sculpture au sens élargi du terme, inspirée du concept de Rosalind Krauss, une critique d’art, professeure en histoire de l’art à l’université Columbia (États-Unis). Les artistes polynésiens contemporains ancrés dans leur culture, enracinés dans leurs îles font bouger les lignes. Dans la suite de l’ouvrage, des photographies des œuvres présentées en 2016 décrites chacune par les artistes eux-mêmes se succèdent.

Qui sommes-nous ?

L’artiste Alexander Lee reconnaît que cet ouvrage peut paraître "dense et cafouilleux", mais "la vie et nos histoires sont riches de complexités et il nous paraît juste d’essayer de rendre ces richesses dans l’esprit de désordre, de passion, d’amour, de drame, de combat, de faim, d’inspiration et de rires qui nous animent". De plus, les artistes/auteurs ont le désir de "raconter et questionner : qui sommes nous ? Que veut dire être Polynésien ? Et que veut dire être un artiste polynésien aujourd’hui ?"

Raconter leur existence, c’est la questionner et questionner leur existence, "c’est aussi contempler notre extinction". "Qu’avons-nous donc à écrire, chanter, dessiner, peindre, sculpter, filmer, exposer –de notre passage dans ces archipels et à travers nos cultures– avant de nous éteindre ?" L’art contemporain n’est pas enfermé dans un bocal, il aborde les problématiques de société, les "sujets postcoloniaux". Il va au-delà des codes, des labels, des schémas quadrillés. Il traite de la réalité, "complexe", "effroyable" aussi.

Un outil pédagogique

Selon lui, il était important de créer le collectif d’artistes contemporains, de monter une exposition et, par la suite, de se lancer dans une aventure éditoriale "pour ne pas rester dans le clivage tradition-modernité". Les artistes ont d’abord créé, puis ils ont eu carte blanche pour parler de leurs œuvres dans le cadre du catalogue. Ils voulaient "se représenter eux-mêmes". "La plupart se sont exprimés en français". La traduction des propos a suivi pour donner une portée internationale au projet.

Ce livre d’art a par ailleurs une visée pédagogique. "De nombreux professeurs de reo tahiti souhaitent parler d’art contemporain en cours, mais n’ont aucun support ni outil pour cela", rapporte Alexander Lee. L’ouvrage a donc été pensé aussi à leur attention.

Les artistes sont à l’œuvre. Le collectif devrait revenir sous peu au Musée de Tahiti et des îles. Le rendez-vous est donné à la fin de l’année.



Contacts

FB : ORAMA Studio
[email protected]

Rédigé par Delphine Barrais le Dimanche 20 Février 2022 à 15:24 | Lu 1245 fois