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​Innover pour s’adapter, survivre et croître


De gauche à droite : Warren Dexter, Stéphanie Failloux, Thibault Desemberg, président de la French Tech, Mia Williams laurate cette année en catégore “or bleu” avec Polynacres, Maiti Rossoni, Torea Arsac et Marie Sicard de la French tech.
De gauche à droite : Warren Dexter, Stéphanie Failloux, Thibault Desemberg, président de la French Tech, Mia Williams laurate cette année en catégore “or bleu” avec Polynacres, Maiti Rossoni, Torea Arsac et Marie Sicard de la French tech.
Tahiti, le 6 janvier 2026 – De Paris à Tahiti, la 3ᵉ édition de la French Tech a marqué un tournant pour l’écosystème innovant polynésien. Au-delà des présentations de projets, cette semaine a surtout été une séquence de rencontres déterminantes, confrontant les entrepreneurs à la réalité des marchés et des partenaires internationaux. Un révélateur aussi d’un changement de regard des pouvoirs publics, le Pays soutenant pour la première fois financièrement cette dynamique. Retour sur une édition charnière, où l’innovation s’impose désormais comme une nécessité.
 
“Innover, c’est s’adapter”. Stéphanie Failloux n’a pas attendu longtemps pour poser le cadre. Dès les premières minutes, la présidente du concours Innovation Outre-mer convoque Darwin : “Ce ne sont pas les plus forts qui survivent, mais ceux qui savent s’adapter”. Pour elle, l’innovation répond exactement à cette logique darwinienne. Dans les outremers, innover n’est ni un luxe ni un effet de mode, mais une nécessité vitale pour faire face aux difficultés économiques, sociales et environnementales des territoires.
 
Avec un chômage des jeunes pouvant atteindre 50 % dans certains territoires, une forte dépendance énergétique et alimentaire, et une exposition directe aux effets du changement climatique, l’innovation apparaît comme une réponse concrète à des fragilités structurelles. “Nous avons des écosystèmes dynamiques, des talents, des solutions, mais aussi un accès au capital encore trop limité”, souligne Stéphanie Failloux. C’est précisément là que la French Tech et l’Innovation Outre-mer jouent leur rôle de catalyseur.
 
Un engagement public longtemps attendu
 
Cette année, le signal politique a été clair. Le ministre de l’Économie, Warren Dexter s’est dit “convaincu que le Pays regorge de solutions, de talents et d’innovation”. Un engagement qui se traduit aussi financièrement : via le fonds 2030, onze projets ont été soutenus. “Nous avons un rôle important à jouer, notamment sur la partie financement. Notre intérêt, c’est de soutenir des projets à forte valeur ajoutée”, a-t-il insisté.
 
Un propos qui fait écho à celui de Stéphanie Mareva Failloux, présidente du concours Innovation Outre-mer, qui rappelle que le soutien financier du Pays est récent. “Uniquement depuis cette année. Les deux années précédentes, non”, observe-t-elle, évoquant un changement de regard progressif des pouvoirs publics sur l’innovation. Une évolution aujourd’hui assumée par le ministre de l’Économie, Warren Dexter, qui affirme que le Pays est désormais “pleinement engagé”.
 
Sur le terrain, un avant et un après French Tech
 
Sur le terrain, les entrepreneurs en mesurent déjà les effets. Alexis Yensin, entrepreneur engagé dans des projets écologiques intégrés et notamment cofondateur de HVO Pacific, en témoigne. Sa start-up travaille sur la valorisation des déchets – plastiques, huiles usagées ou pneus – afin de produire des carburants durables. Un projet né localement, mais pensé pour répondre à des enjeux globaux. “Cette semaine de l’innovation nous a appris à structurer notre discours, à créer du réseau et à nous confronter à des interlocuteurs internationaux”, explique-t-il. Plus qu’une quête de financements, il évoque des rencontres humaines, des échanges technologiques et une ouverture vers d’autres territoires ultramarins.
 
Comme lui, de nombreux entrepreneurs parlent d’un “avant” et d’un “après” French Tech. La confrontation avec des investisseurs, des grands groupes ou des experts de l’Hexagone agit comme un électrochoc. On y découvre que les marchés ne sont pas si petits, à condition de penser l’export, et que des projets locaux peuvent trouver une résonance internationale. “Sans ces rencontres, certaines trajectoires n’auraient tout simplement pas existé”, résume Stéphanie Failloux.
 
Au final, cette 3ᵉ édition confirme que la French Tech n’est pas qu’un événement. C’est une plateforme, un accélérateur et, de plus en plus, un outil de politique publique. En croisant l’engagement du Pays, la structuration des réseaux et l’audace des entrepreneurs, elle dessine un nouvel horizon : celui d’une innovation ultramarine capable de s’adapter, de survivre… et surtout de croître.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mardi 6 Janvier 2026 à 18:46 | Lu 1613 fois