Tahiti Infos

​C’est qui le patron ?


Tahiti, le 22 mars 2026 - En sortant de ce deuxième tour de scrutin municipal, de nombreux enseignements peuvent déjà être tirés des choix des électeurs polynésiens. Alors que tous les élus juraient, main sur le cœur, que ces élections sont des choix strictement locaux, communaux, presque circonscrits dans une bulle sanitaire qui les protégerait de toute analyse superficielle à l’échelle territoriale, ces mêmes élus ont pourtant déjà les yeux rivés sur l’après. Le choix des sénatoriales en septembre, les choix des candidats aux prochaines législatives en 2027 qui suivront à coup sûr l’élection présidentielle et enfin le choix des listes aux prochaines territoriales de 2028. Oui, 2028, c’est loin, et c’est demain à la fois. Alors, comme l’ancien tāvana de Papeete, Michel Buillard, la question se pose désormais. “C’est qui le patron ?” Revue d’effectifs.

 
Moetai Brotherson, patron du gouvernement, ne ressort pas de ce scrutin indemne. Soutien de Tematai Le Gayic à Papeete contre l’avis de son parti qui lui préférait Tauhiti Nena, il joue une partition sur ces municipales qui prépare l’avenir. En soutenant le jeune Le Gayic, contre les instances partisanes, et en rendant visite à Rémy Brillant pendant la campagne, il a gagné en lucidité électorale, tout en se mettant à dos une bonne partie de sa majorité à l’assemblée de la Polynésie française. Les deux prochaines années risquent d’être longues, et surtout musclées, face à une majorité Tavini qui se morcèle tous les jours un peu plus.

Tony Géros, patron de l’assemblée de la Polynésie française, et maire déchu à Paea, risque désormais d’avoir du temps pour ruminer sa colère, et faire payer au gouvernement son éviction. Les choix économiques à venir, le dada de Géros, face à une crise internationale des énergies fossiles, pourraient lui donner tout le loisir de s’imposer et de détricoter les prochains budgets, comme il l’a tenté en 2024, non sans provoquer un certain malaise.

Oscar Temaru, patron du Tavini, ne sait plus où donner de la tête. Coincé entre beau-fils et vieille garde, il a joué ses plus mauvaises cartes politiques depuis un moment à l’occasion de ces municipales. Dix-sept soutiens officiels pour ces élections, pour autant de ratés. De Tauhiti Nena à Papeete, à Tevaiti Pomare à Pirae, en passant par Keitapu Maamaatuaiahutapu à Taiarapu-Est ou Christiane Kelley à Moorea. Seul le Metua physiquement très diminué s’est imposé dans son fief et doit maintenant prendre des décisions avant qu’elles ne s’imposent à lui. La rupture ou la continuité. Cautionner que son parti éclate entre modérés et radicaux, ou sortir le tube de colle en espérant que ça va tenir.

Patron… ou patronne ?

Édouard Fritch, ce dimanche, sur TNTV pouvait en revanche sortir le sourire. Un sourire qui lui faisait défaut depuis 2023 et la veste des territoriales. Patron du Tapura, réélu dès le premier tour dans sa commune de Pirae pour un dernier mandat, dit-il, il s’est même dit prêt à passer les rennes du parti à Tepuaraurii Teriitahi. Mais si les autonomistes l’emportent dans ce scrutin, le Tapura a aussi connu quelques loupés. René Temeharo à Papeete, Cyril Tetuanui à Tumara’a, Sonia Punua à Papara, Woullingson Raufauore à Maupiti pour ne citer qu’eux. Alors, celui qui se disait être le patron des autonomistes il y encore quelques années l’est-il encore ? À lui de savoir s’il veut encore l’être, aux autres partis (A here ia Porinetia, Amuitahiraa o te nuna’a Ma’ohi, Taho’e tatou, Ia ora te nuna’a) de savoir s’ils le souhaitent également.
 
Édouard Fritch l’a répété encore ce dimanche. “Pour gagner, il faut partir uni”, mais cette union au sein des autonomistes est toujours aussi fragile. Opportuniste lors des législatives anticipées de 2024, elle ne fonctionne que par à-coups.
 
Deux femmes fortes ont cependant émergé depuis 2023 : Tepuaraurii Teriitahi et Nicole Sanquer. Et si, pour une fois, leurs têtes ne sont pas coupées comme les Béatrice Vernaudon, Armelle Merceron ou Nicole Bouteau avant elles, ce n’est peut-être pas un patron qu’il faudra chercher pour contester l’assemblée aux indépendantistes dans deux ans… mais bien une patronne.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Dimanche 22 Mars 2026 à 22:22 | Lu 357 fois