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Vaisselle réutilisable : une règle loin d’être appliquée partout


Ce lundi midi, au McDonald’s de Papeete, le constat est sans appel : aucune des personnes présentes sur place ne mangeait avec de la vaisselle réutilisable.
Ce lundi midi, au McDonald’s de Papeete, le constat est sans appel : aucune des personnes présentes sur place ne mangeait avec de la vaisselle réutilisable.
Tahiti, le 16 février 2026 - Depuis le 1er janvier, la vaisselle réutilisable est obligatoire pour toute consommation sur place en Polynésie française. Sur le terrain, l’application de la règle reste inégale, notamment dans les grands fast-foods. Entre habitudes bien ancrées, surcoûts pour les clients et contrôles encore progressifs, la transition s’annonce plus complexe que prévu.
 
Depuis le 1er janvier, la règle est claire : en Polynésie française, tous les établissements de restauration – des roulottes aux grandes chaînes – doivent utiliser de la vaisselle réutilisable pour les clients qui consomment sur place. Cette mesure a été inscrite dans un calendrier voté à Tarahoi en 2024, destinée à réduire la production de déchets sur le territoire. Un mois et demi plus tard, sur le terrain, la mise en œuvre reste contrastée.
 
Ce lundi midi, au McDonald’s de Papeete, en plein centre-ville, le constat est sans appel : aucune des personnes présentes sur place ne mangeait avec de la vaisselle réutilisable*. Les pratiques varient selon les commandes. Certains clients se voient demander s’ils consomment sur place ou à emporter, d’autres non. Ceux qui choisissent “à emporter”s’installent parfois malgré tout en salle. 
 
Pour plusieurs clients interrogés, la raison est simple : le prix. Aujourd’hui, les consommateurs de la chaîne au célèbre clown doivent débourser 150 francs de plus s’ils souhaitent jouer le jeu – manger sur place en utilisant la vaisselle réutilisable. Katherine (prénom modifié), venue avec ses deux enfants, explique : “On m’a demandé si je prenais à emporter ou sur place. J’ai dit à emporter mais je reste manger ici car je n’ai nulle part où aller. Et puis payer 150 francs de plus, ce n’est pas possible. Si je dois payer plus cher pour manger sur place, je ne viendrai plus”. D’autres assurent n’avoir reçu aucune question, et avoir été servis directement avec des emballages jetables. “On ne nous a rien dit”, confirme un jeune couple devant leur menu.
 
Des contrôles inopinés 
 
Sur place, un des employés de la chaîne confirme des difficultés d’application : “On demande aux gens, certains jouent le jeu, d’autres pas. Je pense que c’est surtout une question d’habitude”. Mais aussi de contrôles. 
 
Du côté de la Direction de l’environnement (Diren), des contrôles ont déjà débuté. “On a fait des premiers contrôles inopinés mais pas partout encore. Pour l’instant, on est surtout là pour rappeler que cette réglementation est déjà en vigueur”, explique Ryan Leou, chef de projet Gestion des déchets. Les établissements non conformes font l’objet de rappels et de mises en demeure. “On peut déjà sanctionner, mais notre but, c’est d’abord de les prévenir. Il n’y aura pas de deuxième rappel.”
 
Les difficultés concernent surtout les snacks et les fast-foods. “Ils ne sont pas encore dans la logique de faire du lavage de vaisselle. Ils préfèrent produire des déchets et les mettre au bord de la route”, tranche Ryan Leou. Un argument revient souvent chez les professionnels : la consommation d’eau liée au lavage. Un faux débat, selon lui. “Dire que la vaisselle réemployable consomme plus d’eau, c’est faux. C’est de la malhonnêteté intellectuelle. On ne prend pas en compte tout le processus de fabrication du jetable, extrêmement consommateur d’eau et d’énergie. Une vaisselle lavable, c’est deux à trois litres d’eau.”
 
Pour la Diren, les moyens de contrôle existent, même s’ils reposent en grande partie sur des inspections inopinées. Et la responsabilité ne repose pas uniquement sur les professionnels. “Les consommateurs ont aussi un pouvoir. Ils peuvent choisir les établissements qui ne facturent pas plus cher la consommation sur place”, souligne Ryan Leou.
 
Reste une dérive clairement identifiée : celle qui consiste à commander “à emporter” pour manger sur place. “C’est un détournement de la réglementation”, insiste-t-il. “On ne joue pas au chat et à la souris. Tout le monde doit prendre ses responsabilités.” 


*Sollicité à plusieurs reprises par Tahiti Infos, Maxime Antoine-Michard, qui gère les restaurants McDonald’s en Polynésie et préside le syndicat des restaurateurs, n’a pas répondu à nos questions.
 

Ce que dit la loi (et ce qu’elle prévoit)
 
Depuis le 1er janvier, la vaisselle réutilisable est obligatoire pour toute consommation sur place en Polynésie française. Après l’interdiction des assiettes, verres et couverts en plastique ou en aluminium en juillet dernier, la réglementation s’attaque désormais aussi aux contenants en carton ou en bois, utilisés dans les snacks, roulottes et fast-foods.
 
Concrètement, dès lors qu’un client consomme sur place, l’établissement doit fournir une vaisselle lavable et réutilisable. Les commandes “à emporter” ne peuvent pas être consommées dans l’enceinte du restaurant. 
 
En cas de non-respect, les établissements s’exposent à une amende administrative pouvant aller jusqu’à un million et demi de francs par infraction constatée.
 
L’objectif affiché est clair : réduire une production de déchets jugée excessive. La Polynésie française génère environ 80 000 tonnes de déchets par an, tous flux confondus. “Il suffit de regarder le nombre de poubelles sorties chaque jour devant les établissements”, rappelle Ryan Leou de la Direction de l’environnement. “Si on consomme sur place, on n’a tout simplement pas besoin de vaisselle jetable.”
 
Professionnels comme consommateurs sont donc appelés à changer leurs habitudes. 
 

Rédigé par Darianna Myszka le Lundi 16 Février 2026 à 15:11 | Lu 1915 fois