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Une rentrée pas trop mal à Moorea


Tahiti, le 12 décembre 2026 - L’arrêt de travail de certains chauffeurs de bus de Moorea n’a finalement pas trop perturbé le ramassage scolaire, ce lundi. Un des chauffeurs, qui n’a pas suivi le mouvement, a précisé que l’important, c’était que “les élèves aillent à l’école en toute sécurité”. Il assure qu’avant les dernières vacances, “cela était difficile. Et il fallait mettre les points sur les i avec Warren Guilloux”, le gérant de la société titulaire du marché du transport scolaire sur l’île Sœur, mais que depuis, tout est rentré dans l’ordre.  
 
Les chauffeurs de bus scolaires de Moorea qui ont décidé de cesser le travail ce lundi matin ont mis à exécution leur décision. Rappelons qu’ils dénonçaient notamment leur non-inscription à la CPS, l’absence de fiches de paie, des salaires versés au compte-goutte et des bus “pourris”. Le mouvement n’a pas été très suivi puisque le transport des élèves de l’île Sœur a tout de même été assuré par ceux qui n’ont pas pris part à cette action.
 
Les élèves de Te’avaro inscrits au collège de Afareaitu étaient en bord de route vers 5 h 30 ce lundi matin en espérant que le bus passe. Certains avaient été prévenus par leurs parents la veille et d’autres par le délégué de leur classe qui avait envoyé un message à tous ses camarades de classe : “Vous allez attendre le bus comme d’habitude et si jamais il n’y a pas de bus, vous rentrez chez vous et vous demandez à quelqu’un de vous déposer. Et si vous ne pouvez pas, bah tant pis”. Si certains d’entre eux espéraient que le bus ne passe pas car “je suis fatigué et comme ça je vais aller dormir”, d’autres avaient plutôt l’air inquiet jusqu’à ce que le bus arrive.      
 
“C'est vrai que de temps en temps, on a quelques petits soucis” 
 
Fredy, un chauffeur de bus qui n’a pas suivi le mouvement ce lundi matin, indique que son bus “va bien”. “Si les bus sont pourris, cela veut dire qu'il n'y a pas d'entretien. Le mien, c'est mon outil de travail, donc je l'entretiens. Moi, je suis aux normes au niveau de mes papiers.” Concernant ses collègues qui ne seraient pas en règle, il répond tout simplement : “Ça, c'est leur problème. Mais les bus, c'est vrai qu'il y en a qui ne sont pas règle et ils sont chez les responsables.”
 
Il indique que les propos de ses collègues sont “vrais, mais moi, je ne veux pas rentrer dans leur truc. C'est vrai que de temps en temps, on a quelques petits soucis car on a plus de travail et on n’est pas payé plus. Au début, je me plaignais mais maintenant ça va, ça s’est arrangé pour moi.” Fredy précise que Warren Guilloux, le gérant de la société Warren Transports, titulaire du marché du transport scolaire sur l’île Sœur, lui paie ce qu’il lui doit car il “marque” désormais toutes ses heures, ses tours et les sorties qu’il effectue pour le scolaire.
 
“Avant les vacances, cela était difficile. Et il fallait mettre les points sur les i avec Warren. 
En tant que chauffeur, si tu sais que tu dois gagner plus, eh bien tu fais valoir ce qu'il te doit (…). Après, des fois il y faut aller de la manière forte avec la bouche, on n'a pas besoin d'en venir aux mains, nous sommes des adultes.”
 
Il regrette que ses collègues chauffeurs n’aient pas mis les élèves au centre de leurs préoccupations. “Moi, je travaille pour les enfants. Ils disaient au début : on travaille pour les enfants. Et maintenant, où est-ce qu’ils mettent les enfants ?” Pour lui, l’important, c’est que “les élèves aillent à l’école en toute sécurité”.
 
Fredy assure qu’il est lui déclaré à la CPS : “C’est vrai avec du retard, mais je suis déclaré. Je ne sais pas pourquoi il y a une différence de traitement. En tout cas, moi, je m'occupe de moi. Je ne vais pas m'occuper des autres.”
 
De leur côté, les chauffeurs qui ont cessé le travail ce lundi ont décidé de laisser une voire deux semaines à Warren Guilloux pour qu’il régularise leur situation. Dépassé ce délai, ils feront valoir leurs droits au tribunal.

Réginal Haring, transporteur à Moorea : “On était prêt à investir”

“On m'a contacté trois fois et je suis à chaque fois allé rencontrer le ministre de l’Éducation et Tematai Le Gayic pour discuter du transport scolaire à Moorea. J'avais proposé d'acheter seize bus neufs, adaptés à notre île, biens pour nos enfants et climatisés. J’ai proposé moitié prix du fermier avec lequel le Pays travaillait avant. Je leur ai dit de me donner une réponse très rapidement, il y a à peu près deux ans et demi, trois ans, parce que je partais en Chine pour renouveler ma flotte et je n'ai pas eu de réponse, donc pour moi, ça a été non.
Je suis reparti en Chine en septembre, j'ai rappelé Tematai Le Gayic car il n'y avait aucun avancement dans ce dossier et j’étais en direct avec lui pour lui montrer les bus. Et comme je n'ai pas eu de réponse, pour moi, c’était encore non. Je ne sais pas quelle sera la suite qui va être donnée. Mais j'ai vraiment été intéressé parce que je voulais vraiment faire quelque chose pour nos enfants, et on était prêt à investir, mais aujourd'hui, on n'en est plus là.
Je ne comprends pas parce que ma proposition n'était pas très élevée. On m'a dit que j'étais à moitié prix de ce qui avait été proposé auparavant et j'ai appris que Warren Guilloux a accepté le prix que le gouvernement m'avait proposé. D'ailleurs Warren, qui est un copain, je lui ai dit qu'il ne pourrait pas résister, c'est comme s'il se mettait une balle dans le pied, mais il n'a pas voulu m'écouter, il a voulu continuer.”
 

Mahinui Temarii, candidat à l'appel d'offres : “Le Pays t'oblige à mettre le prix qu'il propose”

“On a répondu aux appels d’offres et l’an dernier, une dame de la DGEE m’a appelé en me disant que le Pays ne pouvait pas accepter ma proposition et elle m’a demandé de m’aligner sur leur proposition. Je lui ai dit qu’il en était hors de question. Et elle m’a même dit que si je ne suis pas content, je n’ai qu’à déposer plainte contre le gouvernement.
En fait, le Pays t’oblige à mettre le prix qu’il propose dans l’appel d’offres, c’est vraiment du n’importe quoi. Et il propose de payer les salariés au-dessous du Smig entre 100 et 120 000 francs et les convoyeurs 20 000 francs. La loi précise que les patrons ont jusqu’au 8 de chaque mois pour payer leurs salariés et à Moorea, cela n’est pas du tout respecté.”

Tapati Mitema, élu de Moorea-Maiao à l'assemblée : Le ministre “ne m'apprécie plus car je lui fais état du transport scolaire à Moorea”

“C’est vraiment triste ce qui se passe à Moorea. Depuis plusieurs mois, des salariés n’ont pas été payés ou ils ont été payés petit à petit et ce depuis août dernier jusqu’à ce jour. Cela fait trois ans que les trois élus de Moorea à l’assemblée demandent au ministre de l’Éducation de se pencher sur ce problème et aujourd’hui, on en est à ce résultat-là. C’est triste car ces salariés ont une famille, des enfants et des traites à payer.
J’interpelle très souvent le ministre de l’Éducation sur ce sujet. C’est même arrivé à un niveau où la discussion n’avait plus aucun sens. Il est même agacé, ne m’apprécie plus car je lui fais état du transport scolaire à Moorea. Aujourd’hui, ça s’est empiré et je ne sais pas quelle solution il va proposer. J’ai dit aux salariés, samedi dernier, d’aller sur ce qui est juste et c’est ce qu’ils ont fait ce lundi matin.
Sur les bus vétustes, le ministre est au courant, je lui en ai déjà parlé. Comment se fait-il que les bus réformés peuvent encore circuler en plus pour le transport scolaire ? Alors du coup, ce sont réparations sur réparations. La semaine dernière un bus a même perdu une de ses roues, cela fait vraiment peur.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 12 Janvier 2026 à 19:55 | Lu 164 fois