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Un milliard perdu par Tikiphone


Infographie réalisée d'après le rapport de la chambre territoriale des comptes "Société par actions simplifiée TIKIPHONE Exercices 2008 à 2012"
Infographie réalisée d'après le rapport de la chambre territoriale des comptes "Société par actions simplifiée TIKIPHONE Exercices 2008 à 2012"
PAPEETE, le 23 août 2016. Entre 2008 et 2012, la société Tikiphone, qui n'existe plus depuis trois ans, a réalisé des placements qui lui ont fait perdre "plus d’un milliard de Fcfp". C'est ce que révèle un rapport de la chambre territoriale des comptes sur la gestion de 2008 à 2012 de Tikiphone, alors filiale de l’Office des postes et télécommunications (OPT).

Les experts de la chambre territoriale des comptes (CTC) ont passé au peigne fin la gestion de la société Tikiphone de 2008 à 2012. Cette société était alors une filiale de l’Office des postes et télécommunications (OPT). Elle a cessé d’exister début 2013 pour devenir la société Vini, par absorption de deux autres filiales de l’OPT, Mana et TNS. La CTC a examiné notamment les investissements réalisés par la société.
"Profitant d’une structure financière confortable, l’entreprise n’a pas hésité à emprunter pour réaliser des placements, démarche sans rapport avec son objet social", note la chambre territoriale des comptes dans son rapport.

En 2005 et 2007, Tikiphone avait réalisé des placements qui avaient rapporté. Le premier placement, souscrit en 2005 auprès du Crédit Suisse pour 2, 387 milliards de Fcfp et arrivé à échéance, avait obtenu un rendement de 4,75 % la première année et de 8 % les cinq années suivantes, permettant un gain "significatif en produits financiers", de 1, 068 milliard de Fcpf au total. Les bons à moyen terme négociable BRED, datant de 2007, sont arrivés à terme en 2010, avec une performance de 14 %. Les fonds communs de placement « Vini Oblig » achetés auprès de PROMEPAR GESTION en 2010 ont été liquidés en 2012 avec un rendement de 3,98 %.

En revanche, ces belles performances n'ont pas été atteintes par les deux placements en produits structurés réalisés en 2007, l’un auprès du Crédit Suisse (« Magnetic Note »), arrivé à terme en 2012, l’autre auprès de la banque HSBC (« Binary Lock Maori Notes »), parvenu à échéance en 2013.

Ces "deux placements en instruments financiers structurés n’ont généré aucun gain, alors même que leur souscription a nécessité l’ouverture, puis le refinancement, de crédits bancaires, à un coût significatif : au total, Tikiphone a subi à ce titre une perte de plus d’un milliard de Fcfp", indique la CTC. Heureusement, ces fonds étaient garantis. "La chambre déplore que la société ait procédé à des emprunts en vue de placements, démarche sans rapport avec son objet social", met en avant le rapport de la CTC.

Pour rappel, l’objet de la société Tikiphone portait sur la construction et l’exploitation d’un service de téléphonie mobile.

DES REMUNERATIONS EN HAUSSE DE 50%
La gestion du personnel a aussi été passée à la moulinette des spécialistes. Entre 2008 et 2012, l’effectif moyen est passé de 110 agents à 149 soit une augmentation de 35 % en quatre ans. "La plus forte hausse concerne le nombre de cadres (+ 54 % en quatre ans)", met en avant la CTC. Pourtant, le président du conseil d’administration de l’OPT avait adressé un courrier à ses filiales en 2010 leur demandant "de maîtriser les charges de personnel, notamment en supprimant les recrutements « qui ne sont pas justifiés par un impératif de fonctionnement » et en limitant les recours aux contrats à durée déterminée".

Mais cette missive n'a pas été prise au pied de la lettre. "Loin de ces préconisations, la réalisation du budget 2011 a été marquée par la croissance du nombre des effectifs permanents (+14 agents au 31 décembre). En effectif moyen (CDD et CDI), le nombre est passé de 124 en 2010 à 141 en 2011, soit une augmentation de 17 agents", décrit la CTC. Celle-ci note d'ailleurs que "contrairement aux arguments fournis par la société en réponse aux observations provisoires, ni la création d’un réseau de distribution - finalement externalisé, ni l’internalisation de prestations externes - dont le coût est d’ailleurs en hausse - ne peuvent justifier l’augmentation des charges de personnel."

Cette hausse a d'ailleurs eu un impact sur les résultats comptables de Tikiphone, qui ont fléchi en raison notamment de l'écart croissant entre les produits et les charges. "La société ne s’est notamment guère préoccupée de l’évolution de ses dépenses de personnel : si les effectifs ont augmenté de 35 % en quatre ans, les rémunérations ont connu une croissance encore plus rapide, avec 50 % de hausse", met en avant la CTC.
Au moment de la fusion en 2013, la société Tikiphone employait 154 salariés et son chiffre d’affaires s’établissait à 9,5 milliards de Fcfp.

18.6 millions de Fcfp pour un prestataire en trois ans

La chambre territoriale des comptes a aussi regardé le travail fourni par les consultants à Tikiphone. "Certaines dépenses se révèlent non justifiées", commente la CTC qui a constaté que "certaines prestations n’ont répondu que partiellement, voire pas du tout, à la commande." Tikiphone s'acquittait pourtant des factures.
Entre 2008 et 2010, Tikiphone a fait notamment appel aux services d'un consultant, soit directement, soit par le biais de sa société pour des missions commerciales, d’organisation, de stratégie, de plan d’action et de contenus audiovisuels.
Les prestations ont coûté 18, 6 millions de Fcfp à Tikiphone. Une somme "disproportionnée au regard des diligences engagées par le consultant sur la période concernée par les conventions". Les documents rendus par ce prestataire "s’apparentent le plus souvent à des prises de notes, parfois à des inventaires d’idées convenues relatives à la stratégie de la société et répétées d’un livrable à l’autre", a constaté la CTC.

Rédigé par Mélanie Thomas le Mardi 23 Août 2016 à 18:30 | Lu 4456 fois