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“Un collectif qui perfuse” : l’opposition étrille une urgence sans péril


Tahiti, le 19 mars 2026 - “Il n’y avait pas péril en la demeure.” Pour Tapura et Ahip, le collectif budgétaire adopté ce jeudi en commission à l’assemblée ne relève pas de l’urgence invoquée par le gouvernement mais de l’affichage. Derrière la réponse aux tensions internationales, les élus dénoncent un texte qui colmate sans réformer, en puisant largement dans les réserves du Pays.
 

D’emblée, ce jeudi, Tepuaraurii Teriitahi (Tapura) et Nuihau Laurey (Ahip) ont balayé l’argument de l’urgence pour faire face aux répercussions du conflit au Moyen-Orient, avancé par le gouvernement la veille pour justifier son collectif budgétaire. Adopté ce jeudi après-midi en commission des Finances en moins d’une heure, le texte sera examiné mercredi prochain en séance plénière à Tarahoi. Mais pour l’opposition, rien ne justifiait une telle précipitation. “Ça pouvait attendre deux semaines”, insiste l’élue Tapura, rappelant l’ouverture imminente de la session administrative. Même réserve du côté de Nuihau Laurey : “Ça ne nécessitait pas une session extraordinaire”.
 
Si l’objectif d’amortir la hausse des prix de l’énergie est compris, c’est la philosophie du collectif qui est critiquée. “C’est un collectif qui perfuse”, résume Tepuaraurii Teriitahi, dénonçant un texte qui “sert de pansement” sans préparer l’avenir. Une analyse partagée par Nuihau Laurey, pour qui le gouvernement cède une fois de plus à la facilité : “On repousse les réformes chaque fois à plus tard.”
 
Le recours au fonds de régulation du prix des hydrocarbures (FRPH) illustre ce paradoxe politique. Longtemps décrié par le Tavini, qui envisageait sa suppression, le dispositif apparaît aujourd’hui finalement bien pratique. “On voit aujourd’hui l’utilité du FRPH (…) on est bien content de pouvoir faire tampon”, souligne Tepuaraurii Teriitahi. Mais pour l’opposition, cette dépendance confirme surtout l’absence d’évolution du modèle.
 
“Un tiers des réserves dilapidées”
 
L’exemple d’Air Tahiti Nui cristallise les critiques. Le gouvernement justifie l’octroi de 2,4 milliards à la compagnie par la hausse du prix du kérosène, tandis que Tepuaraurii Teriitahi explique qu’il s’agit d’une “subvention d’équilibre qui était déjà prévue et qu’on essaie de masquer derrière les événements internationaux”.  Même son de cloche pour Nuihau Laurey qui rappelle lui aussi “une perfusion constante du Pays” pour camoufler les difficultés structurelles de la compagnie au tiare. Au-delà, c’est tout le logiciel économique du Pays qui est pointé du doigt. FRPH, OPT, assurance maladie : autant de chantiers identifiés, mais sans avancée notable. “Entre ce qu’il faut faire (…) et la réalité de l’action, il y a quand même un monde”, regrette l’élu Ahip.
 
Reste enfin la question des réserves, largement mobilisées pour financer ce collectif. Si leur utilisation n’est pas contestée sur le principe, leur orientation fait débat. “Un tiers des réserves (…) dilapidées”, alerte Nuihau Laurey, qui rappelle au passage que ce matelas, aujourd’hui estimé à 43 milliards, n’est “pas dû à une bonne gestion, mais à l’inflation qui a rempli les caisses du Pays”. De son côté, Tepuaraurii Teriitahi regrette que ces réserves servent de “pansement” mais ne “rapportent rien”, faute d’investissement.
 
À quelques jours de l’examen du texte en séance plénière à Tarahoi, l’opposition promet de hausser le ton. Car derrière l’urgence affichée, elle voit surtout un collectif sans souffle, qui temporise plus qu’il ne transforme. D’autant que comme l’a souligné Nuihau Laurey, “on va entrer dans les sénatoriales, dans les élections législatives l’année prochaine, et finalement, le temps de la réforme est déjà passé pour le gouvernement”.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 19 Mars 2026 à 14:42 | Lu 709 fois