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Ukraine: les civils pris au piège à Marioupol, l'étau se resserre autour de Kiev


Sega VOLSKII / AFP
Sega VOLSKII / AFP
Kiev, Ukraine | AFP | dimanche 06/03/2022 - La population était prise au piège dimanche dans le port assiégé de Marioupol, dans le sud de l'Ukraine, où une deuxième tentative d'évacuation humanitaire a échoué, et dans la région de Kiev où l'armée russe resserre son étau, forçant les civils à fuir pour rejoindre les plus de 1,5 million de réfugiés déjà hors des frontières.

Au 11e jour de l'invasion russe de l'Ukraine, alors que les images de destructions rappellent celles d'Alep pendant la guerre en Syrie ou de Grozny lors de celle de Tchétchénie, le Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés Filippo Grandi a estimé qu'il s'agissait de "la crise des réfugiés la plus rapide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale".

Pour la deuxième journée consécutive, la population a dû renoncer à quitter la ville portuaire de Marioupol, sur la mer d'Azov, qui vit un "blocus humanitaire", selon son maire Vadim Boïtchenko.

"Au milieu de scènes dévastatrices de souffrances humaines, une deuxième tentative aujourd'hui de commencer à évacuer quelque 200.000 personnes de la ville a été interrompue", a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Celle-ci devait permettre une évacuation jusqu'à Zaporojie, à environ trois heures de route. Mais "nous n'avons pas pu emprunter le couloir humanitaire en raison des bombardements russes", a dit la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Vereshchuk.

Le président russe Vladimir Poutine a mis l'échec des évacuations sur le compte des "nationalistes ukrainiens", qui selon lui, ont empêché celle programmée samedi de Marioupol et de Volnovakha, une ville proche.

Au final, très peu de personnes ont pu quitter Marioupol. Mais une famille qui a rejoint samedi Dnipro (centre) a raconté, sous couvert d'anonymat, être restée à l’abri dans une cave "sept jours sans chauffage, électricité, internet", manquant d'eau et de nourriture. Sur la route, a-t-elle témoigné, "il y avait des cadavres partout, des Russes et des Ukrainiens".

La chute de Marioupol serait un tournant dans l'invasion russe, lancée le 24 février.

Elle permettrait la jonction entre les troupes russes en provenance de la Crimée annexée, qui ont déjà pris les ports clés de Berdiansk et de Kherson, et celles du Donbass. Ces forces consolidées pourraient ensuite remonter vers le centre et le nord de l'Ukraine.

Et sur la mer Noire, c'est désormais Odessa qui préoccupe le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui accuse la Russie de "se préparer à bombarder" ce port de près d'un million d'habitants proche de la frontière moldave.

Kiev en ligne de mire 

Dans le même temps, les soldats russes se rapprochent de Kiev.

D'intenses combats ont eu lieu dans la périphérie de la capitale, selon l'administration régionale ukrainienne, notamment autour de la route menant vers Jytomyr (150 km à l'ouest de Kiev), ainsi qu'à Tcherniguiv (150 km au nord de la capitale), pilonnée depuis plusieurs jours par l'aviation russe.

Dans les faubourgs ouest de Kiev, à Irpine, "du matin au soir, tous les bâtiments voisins ont été touchés, un tank est entré. C'était effrayant, nous avons eu peur. Avant cela, nous ne pensions pas que nous allions partir", a témoigné Tetiana Vozniuchenko, 52 ans.

A 200 km au sud-ouest de la capitale, l'aéroport de Vinnytsia a été "complètement détruit" par des frappes russes, selon M. Zelensky. En matinée, Moscou avait annoncé avoir détruit l'aérodrome militaire de Starokonstantinov, à 130 km au nord-est.

Quant à Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine à 50 km de la frontière russe (est), elle restait la cible d'intenses bombardements qui ont touché une tour de télévision, selon le gouverneur régional Oleg Synegubov.

"Le plan de l'ennemi est d'encercler les villes clés" et "de créer une catastrophe humanitaire", a estimé sur Facebook le secrétaire du Conseil de sécurité ukrainien Oleksiy Danilov. Les Russes essaient maintenant de bloquer l'accès ukrainien à la mer Noire et à celle d'Azov, a-t-il ajouté. 

L'exode se poursuit 

Face à l'aggravation de la situation, l'exode s'intensifie. "Plus de 1,5 million de réfugiés venant d'Ukraine ont traversé (la frontière) vers les pays voisins en 10 jours", a indiqué M. Grandi, qui s'attend à ce que le flot augmente encore au fil des jours à venir.

Dans les gares des villes ukrainiennes menacées par l'armée russe, la cohue régnait, femmes et enfants cherchant à partir après des adieux déchirants avec leurs maris et pères restant pour se battre.

"Nous envoyons nos femmes et nos enfants à Lviv, peut-être plus loin, et nous restons ici (...) C'est une situation horrible", a confié à Dnipro Andrey Kyrytchenko, un maçon de 40 ans.

Le président russe Vladimir Poutine a nié dimanche "que son armée prenne des civils pour cible", lors d'un entretien avec son homologue français Emmanuel Macron.

Mais l'Organisation mondiale de la santé (OMS) "a authentifié plusieurs attaques contre des soins de santé en Ukraine, faisant plusieurs morts et des blessés", a affirmé le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Moscou avait évoqué mercredi la mort de 498 soldats russes et 2.870 morts côté ukrainien. Kiev fait état dimanche de plus de 11.000 soldats russes tués, sans révéler ses propres pertes militaires. Des chiffres impossibles à vérifier de manière indépendante.

Pour sa part, l'ONU a confirmé la mort de 351 civils et plus de 700 blessés, un bilan qui est "sans doute bien plus élevé car les vérifications sont en cours".

Efforts diplomatiques 

Sur le front diplomatique, les efforts se poursuivent sans succès à ce stade, avant un nouveau round de négociations entre Russes et Ukrainiens prévu lundi.

Après le bombardement le 4 mars de la centrale nucléaire de Zaporojie, la plus grande d'Ukraine et d'Europe, qui a fait craindre une catastrophe et fait monter d'un cran l'inquiétude des pays occidentaux, le président russe a assuré à son homologue français qu'il n'était "pas dans son intention" d'attaquer les centrales nucléaires ukrainiennes. Celles de Zaporojie et de Tchernobyl sont occupées par les forces russes.

Mais lors de cet échange, M. Macron a trouvé le président russe "très déterminé à atteindre ses objectifs", dont "ce qu'il appelle la +dénazification+ et la neutralisation de l'Ukraine", ainsi que la reconnaissance de l'indépendance de la Crimée et du Donbass, a indiqué la présidence française.

M. Poutine a déjà prévenu que si l'Ukraine ne se pliait pas à ces exigences, elle pourrait perdre son "statut d'Etat". 

Le Kremlin multiplie aussi les messages aux Occidentaux.

M. Poutine a prévenu samedi que la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine - demandée par Kiev mais refusée par l'Otan - serait considérée "comme une participation au conflit armé".

Le ministère de la Défense russe a mis en garde dimanche les pays voisins de l'Ukraine contre l'accueil d'avions de combat de Kiev qui seraient ensuite utilisés contre les forces de Moscou, mettant nommément en cause la Roumanie. Cela pourrait être considéré "comme une implication de ces pays dans un conflit armé", a dit son porte-parole Igor Konachenkov.

Effets de la guerre en Russie 

En Russie, le Kremlin continue d'imposer le silence. Au moins 2.500 personnes manifestant contre l'intervention militaire en Ukraine ont été arrêtées dimanche dans une cinquantaine de villes de Russie, a indiqué l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations.

La BBC a indiqué que sa chaîne télévisée d'information internationale, BBC World News, avait cessé d'émettre dans ce pays après le tour de vis radical des autorités russes contre les médias.

Mais les effets de la guerre et des sanctions commencent à atteindre la classe moyenne russe.

Les entreprises étrangères continuent massivement de quitter la Russie. Dernière en date: American Express a annoncé dimanche la suspension de ses opérations en Russie, emboîtant le pas aux géants américains des cartes bancaires Visa et Mastercard.

Les cartes American Express émises dans le monde entier ne fonctionneront plus chez les commerçants ou distributeurs de billets en Russie et les cartes émises en Russie par des banques russes ne fonctionneront plus hors du pays.

Le système de paiement PayPal a lui aussi suspendu ses services en Russie.

Le rouble s'est effondré après l'instauration des sanctions internationales contre Moscou et certaines des plus grandes banques russes ont été coupées du système interbancaire international Swift. 

Les autorités russes craignent désormais l'apparition d'un marché noir alimentaire. Des chaînes de supermarché ont imposé des restrictions sur les quantités vendues à chaque individu.

le Dimanche 6 Mars 2022 à 12:39 | Lu 131 fois